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Cérémonie d'adieu à Isao Takahata au musée Ghibli
Par Fabrice | Vu 1666 fois.
Publié le 15 Mai 2018 à 13h21
 



C’est aujourd’hui 15 mai, au musée Ghibli, que se sont réunis avec Hayao Miyazaki, le producteur Toshio Suzuki, le compositeur Joe Hisaishi ou encore le fils Takahata, le public et de grands noms de l’animation, pour dire un dernier adieu à Isao Takahata, disparu le 5 avril dernier.



Intégralité du discours de Hayao Miyazaki à la cérémonie


« Je ne suis pas très sûr de l’origine de son surnom, Paku-san. En tout cas, ce n’était pas quelqu’un du matin et c’était toujours le dernier à arriver. Quand il a commencé à travailler à Tôei Dôga (Ndt : ancien nom de Toei Animation), il arrivait en courant à la dernière minute. Une fois qu’il avait pointé, il pouvait enfin mordre dans le morceau de pain qu’il avait apporté pour le petit déjeuner et boire un peu d’eau directement au robinet. « Paku Paku » (Ndt : onomatopée japonaise de la mastication), le bruit qu’il faisait en mangeant est peut-être à l’origine de son surnom.





Excusez-moi, ce n’est pas un véritable éloge funèbre, mais j’ai écrit quelques mots sur Isao Takahata que j’aimerai vous lire.
J'ai toujours pensé que Paku-san vivrait jusqu'à 95 ans. Mais il est parti et je me rends compte qu’il ne me reste plus beaucoup de temps à moi non plus. Il y a 9 ans, nous avons reçu un appel de son docteur qui nous commandait :
« Si vous êtes ses amis, obligez-le à arrêter de fumer. » Il était très sérieux, et j’avais peur qu’il se fâche. Avec Suzuki-san, nous nous sommes assis à une table avec lui, et on lui a répété ce conseil. C’est la première fois que je m’adressais à lui avec autant de sérieux. Je lui ai dit : « S’il te plait, Paku-san, arrête de fumer. » Puis Suzuki a ajouté : « S’il te plait, comme ça tu pourras continuer à travailler. »
On s’attendait à des tonnes d’excuses et d’objections de sa part, mais il nous a remercié et il l'a fait. Il a vraiment arrêté les cigarettes. J’ai même fait exprès de fumer à côté de lui pour le tester et il m’a dit :
« Ça sent bon, mais ça ne me donne plus envie de reprendre. » Il était bien plus fort que moi. Je pensais vraiment qu’il vivrait jusqu’à 95 ans.


On s’est rencontré en 1963 en attendant le bus. Il avait 27 ans et moi 22. C’était un soir pluvieux et je le revois s’approchant de moi : « J’ai entendu dire que vous aviez rendez-vous avec Takuo Segawa ? » J’ai immédiatement vu en lui une personne calme et intelligente. Je venais de rencontrer Isao Takahata, surnommé Paku-san. Je m’en souviens parfaitement, même si c’était il y a 55 ans.
M. Segawa était le fondateur de Tarôza, une troupe de marionnettistes et j’étais chargé de lui demander une conférence pour notre société.


Plus tard, on s’est revus en travaillant chez Tôei Dôga. Il avait été élu vice-président du syndicat et moi, j’étais le secrétaire général. C’était une période difficile car on avait beaucoup de pression. Mais on passait des heures à discuter, on parlait surtout du travail, pendant toute la nuit. On n’était jamais satisfait de nos travaux, on rêvait d’aller plus loin, de nous dépasser, de créer quelque chose dont on serait fiers. On ne savait pas comment s’y prendre.


Paku-san, tu étais si doué. Je suis heureux d’avoir pu rencontrer un homme aussi unique.
A cette époque, j'étais un nouveau venu dans l'équipe de Yasuo Ôtsuka. J'ai été aussi chanceux de rencontrer Ôtsuka-san que Paku-san. C'est Ôtsuka-san qui m'a donné goût à l’animation. Un jour Ôtsuka-san m'a montré un document confidentiel. C'était une demande de sa part à la société pour qu’on confie la mise en scène d’un long métrage à Isao Takahata alors qu’il serait directeur de l’animation. À cette époque, à Tôei Dôga, on utilisait le terme
enshutsu (metteur en scène) et non kantoku pour le poste de réalisateur. Paku-san et Ôtsuka-san associés, c’était un sentiment euphorique, comme si la lumière du soleil avait subitement éclairé la pièce.





Et ce jour est venu. La décision fut prise que Horus, prince du soleil, le dixième long métrage du studio serait réalisé par le couple Ôtsuka/Takahata. Un soir, Ôtsuka-san m’a convié chez lui. Paku-san était là également dans cette maison louée non loin de la société. Ôtsuka-san était assis devant un chabudai (table basse japonaise). Paku-san s’est immédiatement allongé par terre comme il le faisait dans le bureau du syndicat de la société. Je fis de même. Lorsque Mme Ôtsuka a apporté le thé, je me suis levé en hâte, mais Paku-san est resté allongé en disant : « merci ». C'est à cause de ce genre de mauvaises manières que la popularité de Paku-san n’était pas très bonne auprès des collaboratrices féminines. Mais d’après lui, un problème d’articulation à la hanche l’empêchait de s’asseoir correctement.
Ôtsuka-san a déclaré :
« Les opportunités pour de tels longs métrages ne se présenteront pas souvent. Il y aura beaucoup de difficultés, la période de production sera longue, et nous nous exposons à de nombreux problèmes, mais nous allons nous accrocher. »
Ce n’était pas une réunion de travail mais plutôt une déclaration de rébellion. Pour ma part, je n’y étais pas opposé. De toute façon, je n'étais qu'un animateur débutant, même pas encore arrivé au poste d’animateur clé. Ôtsuka-san et Paku-san semblaient avoir mieux compris que moi la difficulté de la situation.


La production de ce dixième long métrage a débuté mais elle fut difficile. Les collaborateurs n'étaient pas préparés à ces changements. L'avancement du travail était en retard, si bien que le projet était devenu un problème pour l'ensemble du studio. Mais la ténacité de Paku-san était surhumaine. La direction a pleurée et menacée Ôtsuka-san pour qu’il trouve une issue à cette situation. Mais Ôtsuka-san a bien résisté.
Je travaillais moi-même pendant les week-ends d’été sans air conditionnée à dessiner les croquis pour les décors sur des feuilles grand format. Les accords avec le syndicat de la société ne permettaient pas le travail le week-end. Mais je m'en fichais, je ne pointais tout simplement pas du week-end. J’ai beaucoup appris de cette production.


Après avoir fini de visionner la version préliminaire du film, je ne pouvais plus bouger. J’étais stupéfait par la surprise. Avec les pressions de la société, j’avais connaissance du litige existant pour la scène de « La forêt du doute ». Mais Paku-san fut tenace, il a négocié et passé des accords avec la direction concernant le nombre de plans, le nombre de sakuga par plan et le nombre de jours de travail nécessaires.
Bien sûr, ces compromis n’étaient pas tenables. Et à chaque fois que l’un d’eux était rompu, il a dû écrire une lettre d'excuse à la direction. Je me demande combien de ce genre de lettre il a pu rédiger.
De mon côté, j'étais complètement absorbé par mon propre travail et je ne pouvais pas l'aider dans ce combat difficile. Ôtsuka-san, lui, résistait aux menaces et aux pleurs de la société tout en essayant de venir à bout de la montagne de plans qui s’accumulait devant lui.
Enfin, j’ai vu la scène de l’héroïne Hilda dans
« La forêt du doute » pour la première fois. Les sakuga étaient de notre grand senpai Yasuji Mori. Quelles expressions impressionnantes, quelle vivacité dans le dessin et quelle douceur ! Pour la première fois, j'ai compris ce que Paku-san voulait créer. Et il était arrivé jusqu’au bout.
Yasuji Mori a également accompli un travail sans précédent. Ôtsuka-san et moi l'avons soutenu.


C’est en 2000, 30 ans après la sortie de Horus, que Paku-san a suggéré de réunir l’équipe du film. Responsables du studio de l’époque, cadres, petits chefs piégés entre la direction du studio et nous, directeurs de production, dessinateurs, décorateurs, traceurs, coloristes, techniciens, personnel de la prise de vue, du son et du montage, beaucoup sont venues. Il y avait aussi quelques nostalgiques de Xerox, qui n’existe plus à présent, ainsi que des gens de pouvoirs de cette époque qui ont déclaré : « qu’est-ce qu’on s’est bien amusé à ce moment là. »
Le film n’a jamais été un succès financier, mais plus personne ne s'en souciait.


Paku-san, nous avons pleinement vécu cette époque. Paku-san, le chemin que tu nous as montré sans fléchir était aussi le nôtre. Merci Paku-san. Je n’oublierai jamais celui qui m’a appelé à cet arrêt de bus après la pluie il y a 55 ans. »
















Sources : Huffingtonpost.jp (discours) - Natalie.mu (photos)

Le studio Ghibli rend hommage à Isao Takahata sur son site officiel
Par Fabrice | Vu 773 fois.
Publié le 13 Mai 2018 à 12h20
 



Ce 10 mai, le studio Ghibli, par l’entremise de son porte-parole Shinsuke Nonaka, a rendu hommage à Isao Takahata sur son site officiel.
Nous vous proposons la traduction française de ce texte.



Le réalisateur Isao Takahata est décédé le jeudi 5 avril dernier à 01 h 19. La cause du décès est un cancer du poumon. Il avait 82 ans. Inutile de rappeler que M. Takahata était l'une des trois principales figures du studio Ghibli et qu’il y a supervisé cinq longs métrages. Outres ses œuvres, il y a aussi prodigué des conseils appuyés par son intelligence et son éducation. Il a énormément apporté, il était un pilier spirituel de Ghibli.


Inutile de rappeler que M. Takahata s’est engagé sur la voie de l’animation bien avant que Ghibli puisse être créé, et son histoire a duré près de 60 ans. Sans Takahata-san, l'animation du Japon et du monde aurait été très différente de celle que nous connaissons maintenant.
Avec
Horus, prince du soleil, il a été capable de composer une histoire profondément dramatique avec l'animation, en mettant en lumière un thème contemporain et une description psychologique.
Avec la série
Heidi, il a relevé le défi de représenter la vie quotidienne avec l'animation, et il a construit un monde impressionnant et reconnaissable tout au long d’une année (Ndt : anticipant celle des futurs cycles annuels des Sekai Meisaku Gekijô, ou World Masterpiece Theater (Les œuvres classiques du monde entier) de Nippon Animation, la période de diffusion de la série TV Heidi s’est étendue sur un an, quasiment jour pour jour, au Japon).
Les deux œuvres sont des essais sans précédent et leur impact est incommensurable.
Il a poursuivit la représentation d'un réalisme appuyé avec
Le tombeau des lucioles.
En outre, son apport créatif et technologique en matière de production, comme sur l’étape du
layout, était également innovant.
Quand la nouvelle de sa mort a été rapportée, j'ai vu que non seulement le Japon, mais aussi les principaux médias du monde entier, publiaient des articles détaillés parlant de ses réalisations. A cet instant, j’ai ressenti la grandeur de Takahata.


Sa connaissance de la musique et des arts était profonde, il avait des connaissances qui allaient bien au-delà du simple passe-temps. Quant à la peinture, ses connaissances étaient suffisantes pour pouvoir écrire un livre comme Ichimai no E kara (D'un tableau, Iwanami Shoten).
C'était aussi un épicurien qui poursuivait avec passion les sujets qu’il aimait.
Il a aussi accordé une grande importance à la paix et à la démocratie en s’impliquant activement pour l’association
Kyûjyô no Kai (Ndt : association fondée par différents intellectuels japonais pour le respect du chapitre 9 de la Constitution japonaise qui prévoit le renoncement du pays à la guerre).
Son dernier livre,
Kimi ga Sensô wo Hosshinainaraba (Si vous ne voulez pas la guerre, Iwanami Shoten), met en lumière les idées pacifiques de Takahata.


M. Takahata explorait les choses en profondeur en pensant à tout. Bien qu'il soit une personne tout à fait logique, il était aussi une personne énergique, et était souvent submergé par cette énergie.


J’aurais voulu entendre plus d'histoires de sa part. Le sentiment que j'ai perdu une personne sans équivalent augmente de jour en jour.


Une cérémonie d’adieu publique à Isao Takahata aura lieu au musée Ghibli de Mitaka le mardi 15 mai prochain.



Source : Site officiel du studio Ghibli
Informations sur la cérémonie d'adieu à Isao Takahata
Page française de l'association Kyûjyô no Kai

Adieu Monsieur Takahata (1935-2018)
Par Fabrice | Vu 523 fois.
Publié le 05 Avril 2018 à 23h35
 


Isao Takahata, le maître de l’animation japonaise et cofondateur du studio Ghibli, est décédé ce jeudi 5 avril 2018 à 1 h 19 du matin à l'hôpital de l'école de médecine de Teikyô University (Tôkyô) d’un cancer du poumon. Il avait 82 ans.
Il nous laisse des chefs-d'œuvre comme Le tombeau des lucioles, Souvenirs goutte à goutte, Pompoko ou Le conte de la princesse Kaguya
Selon des proches, Isao Takahata avait été hospitalisé l’été dernier et avait fait depuis plusieurs allers retours à l’hôpital. En novembre 2017, il avait maigri et rencontrait des difficultés pour marcher sans aide. En temps normal, Isao Takahata donnait toujours l'impression d'un enfant avec des yeux brillants de curiosité, mais ces derniers mois, il était si fatigué qu'il semblait être une personne différente (ceux qui ont visionner le making-of du film Mary et la fleur de la sorcière avaient malheureusement pu s’en rendre compte).

L'annonce de sa disparition a rapidement été confirmée par Kiyofumi Nakajima, le nouveau président du studio Ghibli, sur le site officiel du studio.
Les funérailles d’Isao Takahata, strictement familiales, auront lieu lundi matin. Cependant, le studio Ghibli organisera le 15 mai prochain, à l’initiative de Toshio Suzuki et en concertation avec Hayao Miyazaki, une cérémonie d'adieu publique qui devrait avoir lieu au musée Ghibli, à Tôkyô.



Sources : Site officiel du studio Ghibli - Headlines.yahoo.co.jp - Liberation.fr - Ghibli no Sekai (vidéo)

« Le théâtre des courts métrages Ponoc », nouveau projet du studio Ponoc
Par Fabrice | Vu 504 fois.
Publié le 27 Mars 2018 à 12h37
 



Ponoc Tanpen Gekijô (Le théâtre des courts métrages Ponoc) est le nouveau projet de films omnibus du studio Ponoc.
Le premier titre, Chiisana Eiyû - Kani to Tamago to Tômei Ningen (Petits héros - Crabes, œuf et homme invisible), sera composé de 3 courts métrages réalisés par les anciens du studio Ghibli, Hiromasa Yonebayashi, Yoshiyuki Momose et Akihiko Yamashita.

    

Kanini to Kanino (Kanini et Kanino) : Les aventures fantastiques de deux crabes frère et sœur.
Réalisation : Hiromasa Yonebayashi (Souvenirs de Marnie) pour qui se sera la première histoire originale.
Durée : 15 minutes

Samurai Egg : La touchante histoire d’amour entre une mère et son enfant.
Réalisation : Yoshiyuki Momose (Ghiblies - Episode 2)
Durée : 15 minutes

Tômei Ningen (L’homme invisible) : Le combat solitaire d'un « homme invisible ».
Réalisation : Akihiko Yamashita (court métrage Les souris sumo)
Durée : 14 minutes

Musique : Yasutaka Nakata et Takatsugu Muramatsu
Production : Yoshiaki Nishimura
Le film sortira au Japon le 24 août 2018.



Source : compte Twitter du studio Ponoc

Joe Hisaishi de retour en France pour 2 concerts en février 2019 !
Par Fabrice | Vu 624 fois.
Publié le 06 Mars 2018 à 16h35
 



Après le Palais des Congrès de Paris en 2017, Joe Hisaishi sera de retour en France pour 2 concerts les samedi 9 et dimanche 10 février 2019 à la Philharmonie de Paris.
Ces 2 concerts reviendront sur sa longue collaboration avec le maître de l’animation japonaise, Hayao Miyazaki, avec les musiques des films de Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke, Nausicaä de la Vallée du Vent, Le voyage de Chihiro, Le vent se lève...
A noter qu’une rencontre sera organisée avec le compositeur le dimanche 10 février 2019 à 15 h.

Places disponibles en abonnement dès le samedi 10 mars puis en place à l'unité à partir du 14 mai.


Source : Philharmoniedeparis.fr

Le court métrage 3D « Boro la chenille » enfin projeté au musée Ghibli en mars 2018 !
Par Fabrice | Vu 394 fois.
Publié le 09 Janvier 2018 à 17h41
 



Le court métrage exclusif 2D/3D Boro la chenille (Kemushi no Boro) réalisé par Hayao Miyazaki enfin projeté au musée Ghibli à partir du 21 mars 2018 !
Boro la chenille dont la projection était attendue depuis juillet 2017, fut ensuite « espérée » par Kôji Hoshino, le président du studio Ghibli, pour courant 2018.
Plus récemment, en décembre 2017, dans son émission radio Ghibli Asemamire, le producteur Toshio Suzuki avait laissé entendre à demi-mot que celui-ci était retourné en production, lui-même et Miyazaki peu satisfait du premier résultat.
Durée définitive du court métrage : 14 minutes 20 secondes.


Source : site officiel du musée Ghibli

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