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Ghiblies (2000 & 2002)

L'inspirateur du projet n'est autre que le regretté directeur de l'animation et réalisateur Yoshifumi Kondô. Il est l'auteur de petits strips en cinq cases (go-koma manga) parus dans le magazine Animage. Il s'agit d'une bande intitulée Nonaka-kun et centrée sur le personnage du même nom, un collaborateur du studio Ghibli. En effet, Shinsuke Nonaka est l'un des responsables du studio sur le plan administratif. C'est un des cadres en charge des licences et des contrats.

Le projet a démarré, semble-t-il, en 1999, comme une expérience au long cours qui s'est prolongée jusqu'à cette année et dont rien ne permet d'affirmer qu'elle ne trouvera pas d'autres formes concrètes à l'avenir. Le réalisateur, Yoshiyuki Momose, est l'un des deux metteurs en scène sur Mes voisins les Yamada. C'est un animateur chevronné, un collaborateur régulier de Isao Takahata aux postes du storyboard et du layout, notamment, et dans les années 1990, il a travaillé pendant des années sur les techniques d'animation infographiques au sein de Ghibli (depuis l'époque de la production de Si tu tends l'oreille, semblerait-il). Ghiblies est, en quelque sorte, une prolongation de l'expérience formelle qu'a constitué Mes voisins les Yamada.

   

Des techniques d'animations inhabituelles pour le studio Ghibli sont utilisées dans Ghiblies

Le studio en est arrivé à une situation où des projets peuvent être lancés en production, avant qu'on ait une idée précise du standard ou de la forme que prendra leur sortie (entre salles de cinéma, supports vidéo, télévision...), pour peu que Toshio Suzuki y voie un sens et une logique : c'est le cas sur Ghiblies, qui est ainsi devenu un « projet pour diffusion sur l'Internet », avant de rejoindre, pour le second épisode, la sortie en salles du Le Royaume des chats (autre projet dont la destinée a été fixée après le lancement de la production : au départ, il était aussi envisagé, éventuellement, comme un téléfilm).

Affiche de Ghiblies - Episode 2

Les liens de continuité entre le premier et le second épisode sont assez clairs, pour permettre de lire la forme de ce dernier comme un prolongement, le développement poussé plus avant, d'un certain nombre de motifs déjà présents dans la première mouture. En ce sens, il s'agit d'une sorte de work in progress, avec une dimension « organique ». Ce second épisode, qui mêle des expérimentations de directions très diverses en un court métrage des plus inhabituels, peut peut-être aussi être vu comme une sorte de pendant, par son aspect expérimental, au long métrage de Hiroyuki Morita, que certains pourront aisément taxer de formalisme, voire d'un certain maniérisme « dans le style de... ». Il semblerait que le souci d'éviter ce type d'ornière anime M. Suzuki, et son choix de consacrer autant de temps, d'efforts et de moyens pour produire ce qui peut appraître, au premier chef, comme une sorte de jeu gratuit et peut-etre sans grand retour immédiat... C'est aussi un projet qui implique de façon très importante la personnalité de Momose. Il semble manifester désormais la volonté de se confronter à la réalisation animée [ce qui n'était pas le cas antérieurement], et ce projet a sans doute aussi pour sens, au yeux de Suzuki, de lui permettre de faire davantage ses armes en la matière.

Les personnages de Ghiblies correspondent tous à des employés du studio, qui ont été croqués par Momose dans leur graphisme comme dans un certain nombre de leurs comportements. Le projet en prend du coup une certaine couleur de private joke, une dimension encore plus gratuite, peut-être, vu de l'extérieur, mais il semblerait que cela aussi fait partie du calcul de Suzuki, et d'abord par rapport à la structure que represente le studio en interne. Le personnage de Nonaka-kun, lui, est celui des bandes de Kondô. Un passage du second épisode, avec Nonaka comme personnage principal, rend d'ailleurs aussi un bel hommage, dans son atmosphère et son rendu, aux croquis de Kondô sur la série A jeter un regard en arrière, parus dans Animage.

Ghiblies - Episode 2

D'une durée de près de 25 minutes, Ghiblies - Episode 2 est plus abouti que le premier épisode, aussi bien graphiquement de scénaristiquement. On peut y voir différentes expressions artistiques, abordant de multiples formes d’animation, de narration, et le tout réussit, en quelques minutes, à rendre attachant des personnages pourtant à peine entrevus. Ghiblies - Episode 2 se décompose en 6 historiettes :

Historiette 1

Ghiblies - Episode 2 s’ouvre sur le traditionnel logo du studio, mais très vite Totoro cède la place à Nonakan, tapant à la machine. Alors qu’une réunion au sein du studio vient de se terminer, Oku, personnage au groin proéminent et à l’appétit fort développé, propose d’aller déjeuner à Nonakan. La belle Yukari se joint à eux dans leur recherche d’un restaurant.

 

La technique d’animation employée est celle de photos redessinées. Les personnages se meuvent avec fluidité, leurs expressions, bien que minimalistes, caractérisent fort bien les personnages.

Historiette 2

L'histoire se poursuit dans le restaurant trouvé par le trio. D’aspect sale, celui-ci est tenu par un patron s’appelant Toshi et ressemblant étrangement à Toshio Suzuki... La gargotte est réputée pour ses plats épicés : plus on mange épicé, moins le plat est cher ! Mieux, pour un curry de force 10, la patron offre 1 000 yens ! Mais pour avoir toutes ces remises, il faut manger le tout en moins de 20 minutes... Prudent, Nonakan choisit le force 3, Oku se laisse tenter par le force 5, mais la douce Yukari relève le défi et opte pour le plat tant redouté ! L’effet du curry rice ne tarde pas à se faire ressentir chez les deux hommes, mais Yukari tient tant bien que mal. Elle sort fièrement du restaurant, le billet de 1 000 yens en poche, sur l’air de No woman, no cry... jusqu’à littéralement exploser une fois dehors !

 

Les effets visuels tiennent ici le haut de l’affiche, ainsi la fumée du curry se transforme ici en une tête de mort, le curry prend vie sous la forme d’une lave en fusion inquiétante, les gouttes d’eau perlent en abondance sur le front de nos trois héros, les traînées de feu sont semblables à des flammes de dragons. Cet épisode hilarant est donc également une véritable gageure technique !

Historiette 3

Suit une sorte de clip psychédélique de jazz moderne, où nos trois héros se déhanchent sur des rythmes effrénés. La danse de Yukari est rythmée par la batterie, et la jeune femme se transforme peu à peu en robot. Puis Nonakan prend le relais, prenant sporadiquement l’aspect d’un squelette, sur le son sautillant d’une trompette et de percussions aigues. Enfin, Oku entame une danse inspirée du hip-hop, accompagné par le synthétiseur et le saxophone. Puis les trois se rejoignent, dans des déguisements divers et variés, et se trémoussent sensuellement sur le rythme de la musique.

 

On voit à travers ce bref passage musical une grande maîtrise de l’animation par ordinateur.

Historiette 4

Le quatrième épisode opte pour une animation plus classique, dans un univers connu du spectateur. Nonakan rentre en effet chez lui en prenant le train. Une jeune fille s’endort à côté de lui et met sa tête involontairement sur l’épaule du jeune homme. Intimidé et très troublé, Nonakan n’ose dire un mot, ni bouger, au point qu’il laisse passer sa station.

 

Le style et le ton employés ici se rapprochent de l’animation traditionnelle du studio. Hormis le visage de Nonakan, très stylisé, les autres personnages sont représentés de façon très réaliste.

Historiette 5

Le cinquième sketch est le plus long et raconte l’histoire du premier amour de Nonakan, Aï.

 

L’ensemble est d’un raffinement extrême et l’on regrette presque qu’il ne s’agisse que d’un court métrage. Il s’agit dans tous les cas d’un pur produit du studio Ghibli. L’histoire en elle-même, évoquant les atermoiements amoureux de 2 enfants n’est pas sans rappeler Si tu tends l'oreille, de même que les tons pastels sont un hommage évident aux croquis de Yoshifumi Kondô, A jeter un regard en arrière. La subtile mise en scène, alternant le présent et le passé, peut être vue comme un clin d’œil à Souvenirs goutte à goutte (clin d’œil semble-t-il confirmé par l'utilisation d'une musique déjà présente dans le film de Isao Takahata).

Historiette 6

L’ultime épisode met en scène les personnages sous une forme d’aliens, avec un nouveau protagoniste, Yonezawa, qui sort du studio pour se rendre à une réunion en plein-air avec la direction.

 

L’animation, minimaliste, n’est pas sans évoquer celle de Mes voisins les Yamada. On suppose que ce passage fourmille de détails drolatiques pour qui connaît parfaitement l’équipe du studio Ghibli, cependant, pour un spectateur lambda, l’intérêt est moindre et porte plus sur l’originalité du traitement graphique.


Sources : propos de Nimh sur le forum - Animeland hors-série n° 3
Dernière mise à jour : 04/04/2014

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