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Ronya, fille de brigand : Origines et propos sur la série

Origines du projet

Après deux longs métrages à la production chaotique, due au contrôle exercé par son père, Ronya, fille de brigand marque la première incursion dans le format de la série TV (26 x 26 minutes) pour Gorô Miyazaki. Pour ce projet, le réalisateur quitte pour la première fois de sa carrière le studio Ghibli pour le studio Polygon Pictures (Knights of Sidonia, Tron : La révolte). Il délaisse de surcroit l’animation dite « traditionnelle » pour une série TV hybride privilégiant l’animation 3D, mais laissant néanmoins une belle place aux décors peint à la main, à l'aquarelle.
Sanzoku no Musume Rônya est adapté du roman Ronja Rövardotter d’Astrid Lindgren, publié en France sous le titre Ronya, fille de brigand. Gorô Miyazaki a déclaré être un grand fan du roman original. Il voulait l’adapter depuis maintenant 6 ans et surtout rester le plus fidèle possible à l’histoire originale et aux dialogues.
Avec cette série, son souhait était de créer et d’apporter quelque chose de nouveau à l’animation développée par la génération précédant la sienne (son père en ligne de mire), tout en créant une série animée qui plairait aux enfants et qui lui rappellerait celles qu’il regardait quand il était petit.
La série a été produite et diffusée par la NHK. Hayao Miyazaki avait lui-même réalisé sa première série d’animation, Conan, le fils du futur, pour le compte du même diffuseur. 36 ans plus tard, c’est maintenant au tour du fils de faire de même.
C’est Toshio Suzuki qui conseilla à Gorô Miyazaki de travailler ailleurs, lui expliquant qu’il ne pourrait jamais échapper à l’influence de son père en restant au studio Ghibli. C’est encore Suzuki qui lui a conseillé de s’intéresser à l’animation 3D. Selon l’ancien producteur, Gorô Miyazaki ne travaille pas dans l’animation depuis le début de sa carrière, et n’est pas quelqu’un qui a des aprioris pour une technique particulière. Il restait donc assez ouvert et rien ne l’empêchait de choisir cette technique.
Une question se pose maintenant à Gorô Miyazaki : « est-ce qu’il pourra retravailler pour le studio Ghibli, sa série maintenant terminée ? ».
C’est que le réalisateur a estimé avoir déjà été « trahi » une première fois par Toshio Suzuki par le passé. Alors qu’il était encore directeur du musée Ghibli, c’est le producteur qui l’avait débauché pour réaliser le film Les contes de Terremer, en lui disant qu’après il pourrait retrouver son poste de directeur. Mais finalement, ce ne fut pas le cas.

Il est à souligner que beaucoup de médias ont trop facilement relié et impliqué le studio Ghibli à la série Ronya, fille de brigand. Ce qui n’est pas le cas. En effet, si on observe le générique de la série, on trouve le studio simplement mentionné à un poste « d’aide à la production ». Tout juste peut-on aussi trouver le nom de Toshio Suzuki, crédité en tant que créateur de la calligraphie du titre de la série.
Cependant, il est vrai que, de par l’implication de son producteur historique, Toshio Suzuki, notamment dans la promotion de la série, le studio Ghibli a donné l’impression de faire plus que d’accompagner le projet.
Comme le met justement très bien en valeur Suzuki dans le documentaire The Kingdom of Dreams and Madness, le studio Ghibli accorde beaucoup d’importance et de valeur aux relations et amitiés développées dans le cadre du travail et collaborations passées. Il faut donc peut-être chercher une explication dans une volonté de soutenir le réalisateur Gorô Miyazaki, mais aussi le producteur Nobuo Kawakami, qui ont tous les deux débuté au studio Ghibli.

Quelques propos sur la série

Une grande partie des éléments d’informations et des questions-réponses sur la série Ronya, fille de brigand qui suivent, sont tirés de l’émission spéciale Comment Ronya est née, diffusée le 4 octobre 2014, sur la chaîne BS Premium (NHK). Elle proposaient durant 90 minutes un making-of en deux parties, en présence de Gorô Miyazaki (réalisateur), Nobuo Kawakami (producteur), Masami Nagasawa (doubleuse, notamment d’Umi Matsuzaki, personnage principal de La colline aux coquelicots), Aoi Teshima (interprète du générique de début), Mari Natsuki (interprète du générique de fin) et de Toshio Suzuki.

A propos de la naissance de Ronya dans la série

Le premier épisode de la série décrit minutieusement la naissance de la petite Ronya. Gorô Miyazaki prend le temps d’accompagner ce bébé qui ne parle pas encore. Pour Toshio Suzuki, cet épisode lui rappelle son expérience en tant que grand-père avec son petit-fils. Le producteur a ajouté que, généralement, on ne donne pas autant d’importance à ce genre de moment dans un film ou une série TV. Il imagine que Gorô Miyazaki a intentionnellement insisté dessus.
Lorsque Gorô Miyazaki a lu le roman original, c’est justement cette scène qui l’a le plus intéressé. Il a lu le livre à peu près au même moment que la naissance de son fils. Quant au producteur Nobuo Kawakami, il vient tout juste d’être papa. Cette expérience le touche donc personnellement en ce moment même.
Gorô Miyazaki a tenu à souligner que l’histoire originale avait déjà cette dimension pédagogique.

Propos de Gorô Miyazaki, Nobuo Kawakami et Toshio Suzuki

« J’ai déjà vu quelques épisodes de la série finalisés » explique Toshio Suzuki. « Je trouve le résultat bien meilleur que ce que j’avais imaginé. J’étais très étonné. »

A quel niveau technique se place la série ?

« C’est quelque part entre la série TV et le long métrage cinéma » répond Gorô Miyazaki.
« La série est plus proche du long métrage cinéma » statue ensuite Suzuki.

Hayao Miyazaki et la 3D

« Je n’ai encore jamais parlé de ça » explique Suzuki. « Il y avait une bande-annonce de Ronya, fille de brigand qui a circulé, et je l’ai amené à Hayao Miyazaki. Il est quelqu’un de très compliqué, et il a commencé par déclarer : « je ne veux pas regarder. » Il l’a finalement visionné discrètement, et subitement, ça l’a comme stimulé. Depuis, il a envie de se remettre au travail. Techniquement, c’est de la 3D qui ressemble à du cellulo, lui ai-je expliqué. Et il avait l’air agréablement surpris. »
La présentatrice à Gorô Miyazaki : « Qu’est-ce que vous en pensez ? »
« Ca me fait sincèrement plaisir » répond le réalisateur avec gène et étonnement. « Après La colline aux coquelicots, il m’a couvert de reproches. Et depuis, j’avais envie de pendre ma revanche. Si mon père a eu cette réaction, alors, çà me fait plaisir. »

Monsieur Suzuki, maintenant que vous avez vu le making-of, avez-vous des commentaires ?

« Ca fait maintenant un moment que je travaille dans le milieu du cinéma d’animation » explique Suzuki. « Depuis toujours, on entend dire qu’il est difficile de représenter l’eau et le feu. Maintenant que j’ai pu voir qu’on en est arrivé jusqu’à là, çà me fait réfléchir. »
« Utiliser des images de synthèses ne signifie pas forcement toujours proposer des choses intéressantes »
explique ensuite le producteur. « Il faut déjà avoir le sens du dessin. Si c’est quelqu’un qui a déjà un sens artistique, cette personne arrivera à faire quelque chose d’intéressant en utilisant l’outil informatique. »

Quelles sont les difficultés particulières en travaillant avec la 3D ?

« Au départ, je n’arrivais pas à mesurer à quel résultat je pouvais m’attendre avec cette technique en série TV » explique Gorô Miyazaki. Quand j’ai reçu les premiers tests, j’ai été assez surpris de ce qu’ils étaient arrivés à faire. En même temps, ça a un peu brisé ce que j’avais comme référence. Prenons un exemple, si j’écris quelque chose dans l’e-konte konte (le storyboard) et que cet élément n’apparait qu’une fois, ça peut représenter une semaine de travail pour l’équipe des graphistes 3D.
« Et le devis peut augmenter ! » déclare le producteur Nobuo Kawakami.
« Si tu dis ça, on ne fait jamais rien » le reprend Suzuki.


  

« Voici ce qu’on appelle un turnaround de Ronya » explique Gorô Miyazaki avant de pointer les ombres qui se forment sur le modèle 3D de Ronya. « Dans ce plan, son père la fait tournoyer à 360°. Ce genre de détail est difficile à réaliser en animation traditionnelle. »


Dans le making-of, en contrôlant le premier épisode, à quoi pensiez-vous en fixant l’écran ?

« J’avais tellement sommeil... » explique Gorô Miyazaki. « Et en même temps, je me suis dis que j’avais réussi à en arriver là. Et maintenant, il y a même cinq épisodes de finalisés. »

- Monsieur Suzuki, qu’est-ce que cela vous évoque ?
« Ils font des choses qu’ils aiment. » observe l’ancien producteur. « Ils œuvrent pour un travail-passion. Ils vont jusqu’au bout, même s’ils ne dorment pas. A présent, je vais voir si Gorô triomphe de son père. Lorsque la diffusion de Conan, fils du futur a commencée, il y avait juste 6 épisodes de finalisés sur les 26. Je suis curieux de voir si Gorô va pouvoir faire mieux que ça. »
« Ca va bien se passer »
le rassure le réalisateur. « Je suis en train de dessiner l’e-konte du dernier épisode. »
« De nos jours, je trouve qu’il y a de moins en moins de séries d’animation à l’attention des enfants »
reprend Suzuki « C’est très pertinent d’essayer de créer une série qui d’adresse aux plus jeunes. »
« Pourtant, il y a de tout dans cette série »
ajoute Gorô Miyazaki. « Je veux aussi que les adultes s’intéressent à cette série, que les parents la regardent avec leurs enfants. Si vous regardez cette série, j’en serai ravi. »
« Prends soin de toi et ne tombe pas malade »
conclu Suzuki.

A propos du producteur Nobuo Kawakami

Le nom du producteur de la série Ronya, fille de brigands n’évoque encore pas grand chose pour le public occidental. Ce qui n’est pas le cas au Japon. Nobuo Kawakami est sorti de l’université de Kyoto en 1990 (une des plus prestigieuses du Japon). En 1997, il crée la société de télécommunication et de médias Dwango, dont il est le président. Via sa filiale Niwango, le célèbre site de partage de vidéos japonais Nico Nico Dôga (surnommé « Niconico » ou « Nico-dô » par les japonais), c’est lui aussi.
Mais cet homme d’affaires touche à tout a également été formé au travail de producteur par Toshio Suzuki. Il débutera au poste de producteur (stagiaire !) fin 2010 sur le film La colline aux coquelicots et participera à la promotion du film via son célèbre site et en écrivant un journal de production pour le Yomiuri Online.
A cette époque, il avait avoué ne plus se rendre qu’une seule fois par semaine à sa propre entreprise, passant le reste de son temps au studio Ghibli.
On retrouve ensuite sa trace au poste de producteur sur le film Le vent se lève de Hayao Miyazaki, et tout récemment sur la série TV Ronya, fille de brigands de Gorô Miyazaki. On peut d’ailleurs l’apercevoir en conversation houleuse avec Miyazaki-fils, durant de ce qui semble être la période de pré-production de la série, dans le documentaire The Kingdom of Dreams and Madness. Le nom de sa société, Dwango, est d’ailleurs crédité au générique de fin du documentaire.
Début août 2014, suite à l’annonce de la « fermeture » du studio Ghibli, une rumeur un peu folle (et très rapidement démentie) avait couru que Dwango était prêt à racheter le studio.

A propos de la chanteuse Aoi Teshima (générique de début)

Avec la chanson Haru no sakebi (le cri du printemps), c’est la troisième fois que Gorô Miyazaki demande à Aoi Teshima de chanter un générique pour une des ses œuvres.
« J’ai bien songé à demander à quelqu’un d’autre » explique le réalisateur. « Mais finalement, il n’y a personne qui a ce type de voix. »
« Jusqu’à maintenant, l’image de ses chansons étaient plutôt sombre »
ajoute Toshio Suzuki. « Mais depuis Ronya, ça a changé. Je ne savais pas que c’était possible. J’aurai souhaité le savoir plus tôt. Je plaisante. C’est vraiment bien. »
« Avec cette chanson, je voulais aussi montrer que j’avais aussi un côté joyeux »
explique Teshima.

A propos d’Astrid Lindgren, auteur de l’œuvre originale

Ronya, fille de brigand est basé sur un roman de l’auteur suédoise pour enfants, Astrid Lindgren. Celle-ci est aussi connue pour sa série de romans Fifi Brindacier, que Hayao Miyazaki et Isao Takahata chercheront à adapter en série TV, sans succès, au tout début des années 70.
« Hayao Miyazaki a eu l’idée de tirer un film du roman Ronya pendant longtemps » dévoile Toshio Suzuki. « C’est une curieuse coïncidence que son fils réalise une série sur le sujet. Récemment, j’ai eu l’occasion de me replonger dans l’histoire originale et j’ai trouvé que Miyazaki avait beaucoup été influencé par ce roman. Il y a, par exemple, dans Le voyage de Chihiro, des personnages qui semblent tout droit sortis de Ronya. Ca devient un peu une histoire de famille. »


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