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Ronya, fille de brigands – Making-of

Pendant un an, une camera a suivi le réalisateur Gorô Miyazaki et le studio Polygon Pictures dans le processus de création de la série Ronya, fille de brigand. Intégré en deux parties à l'émission spéciale Comment Ronya est née, diffusée le 4 octobre 2014, soit une semaine avant les deux premiers épisodes de la série, ce making-of propose des images ayant pour but, dixit la présentation de l’émission, d’apprécier encore plus le travail réalisé sur la série lors de son visionnage.
Voici une adaptation française de son contenu.

Minami Azabu – Tôkyô – Eté 2013

  

Réunion importante concernant les sakuga (animation préliminaire) du premier épisode de la série Ronya, fille de brigand.
Lors de cette réunion, le réalisateur Gorô Miyazaki transmet ses intentions de mouvements pour les personnages. Comme les réactions du père de Ronya lorsqu'il prend sa fille, venant de naitre, entre ses mains.
Pour cette série, Gorô Miyazaki a quitté le studio Ghibli et s'est entouré de nouveaux collaborateurs au studio Polygon Pictures. Ce dernier est non seulement connu au Japon, mais aussi à travers le monde, pour des séries comme Knights of Sidonia ou Tron : La révolte, cette dernière réalisée en collaboration avec Disney.

  

Pour cette série, si l'équipe est entièrement nouvelle, la production l’est aussi. Historiquement, le studio Ghibli est un des principaux représentants et un grand défenseur de l'animation dite « traditionnelle », dessinée à la main sur cellulo. Mais sur Ronya, les personnages sont modélisés en 3 dimensions.
« J'ai un fort attachement pour l'animation traditionnelle » explique Gorô Miyazaki. « J'ai grandi avec. Mais en tant que réalisateur, je n'ai pas d'apriori pour une technique particulière. »

Les personnages

  

Katsuya Kondô est le character designer et une figure clef sur cette production. Il a été, entre autre, directeur de l'animation sur Kiki, la petite sorcière, Ponyo sur la falaise ou encore La colline aux coquelicots. C'est à nouveau son travail qui donne une direction artistique majeure à cette production.
Les dessins de Kondô seront à la base de tout. Ils seront scannés et serviront de référence aux modeleurs.

  

Comparée aux autres personnages, Ronya fait 1 mètre 20. A partir d'un gabarit générique de corps humain, on ajuste la longueur des bras et le volume du corps de ce modèle 3D sur la base des dessins de Kondô. On ajoute ensuite les cheveux et les vêtements. Une dernière étape importante : faire oublier l'aspect 3D en ajoutant un rendu cartoon à l'ensemble.

  

Vient ensuite l'étape du rigging, qui consiste à doter le modèle d’un squelette sommaire qui permettra par la suite de l’animer. Il s’agit d’une étape délicate, car si ces « points d'articulation » sont mals placés (ici, par exemple, l’épaule), les mouvements, au moment de l'animation, ne seront pas naturels. L’idée est de mettre ces articulations au plus proches de celles du corps humain. Aussi, l'équipe se réfère à des livres d'anatomie en permanence.

  

Au cours d'une réunion à propos des personnages, Katsuya Kondô souhaite que Birk, le fils du chef du groupe de bandits rival, soit physiquement plutôt un beau garçon, mais pas « mignon ». Kondô a remarqué que les joues du modèle actuel sont un peu trop hautes. Il les corrige en diminuant leur volume.
Entretemps, Gorô Miyazaki est arrivé.
« C'est vrai que c'est mieux ainsi. Imaginons que tu viennes à l'audition, ce n'est pas toi qui auras le rôle. Après ces corrections, on peut maintenant imaginer que Birk pourra un jour devenir un chef de bande crédible. »
Au total, 7 mois auront ainsi été nécessaires pour finaliser le modèle 3D de Birk.

Familier de l'animation traditionnelle, Gorô Miyazaki souhaite que le résultat de l’animation soit un bon mélange entre les 2 techniques.
« En comparaison avec l'animation 3D, avec la 2D, il y a une partie un peu flou » explique Gorô Miyazaki. « En animation traditionnelle, on peut exagérer autant qu'on le souhaite. En 3D, tout et calculé de manière précise. Ce n'est pas négatif, et avec cette série, je souhaite tirer avantage des spécificités de la 3D. »

Le storyboard

  

Un autre jour, Gorô Miyazaki travaille sur l'e-konte (le storyboard). Il dessine ses vignettes directement à la tablette graphique en suivant le scénario. Il doit découper 26 épisodes, ce qui correspond à plus de 6 000 plans, soit 9 heures de contenu. Il a souhaité dessiner lui-même chaque plan, un à un, pour témoigner du fort attachement qu’il voue au roman original.
« Ce qui compte dans la société actuelle, c'est d'être dans le groupe. On est obligé de faire comme les autres. Je n’aime pas ça du tout. Je veux que mes personnages soient à l’opposé de cela, qu’ils aient des désirs et qu’ils leurs soient fidèles. Autrement dit, des personnages difficiles si on les a comme voisins. »

Animatique et animation

  

Etape du leica reel (NDT : « animatique » étant le terme plutôt utilisé en Europe), qui consiste à mixer les vignettes de l'e-konte avec les dialogues (NDT : ce qui permet également à l’équipe d’avoir une première idée de la durée finale de l’épisode). C’est une étape ludique, car ce sont des collaborateurs de la série, et non des acteurs professionnels, qui doublent pour cela les personnages.

  

A partir de là, le travail d'animation commence sur la base de cette étape de production. Ce sont les animateurs qui prennent le relai. Leur travail consiste à donner vie aux personnages modélisés en fonction des indications de mise en scène de Gorô Miyazaki. Ils sont placés en situation dans des décors 3D, avant de se voir insuffler minutieusement des mouvements. Ceux du visage s'effectuent élément par élément. Par exemple, les lèvres bougent en fonction des dialogues. Pour les aider, les animateurs ont accès à une banque de visages dans laquelle chaque élément est accessible dans une position différente.

Régulièrement, des difficultés inhérentes au medium surgissent. Cette fois-ci, le souci est le sol dans l'enceinte du château de Mattis et de sa bande de brigands. Gorô Miyazaki souhaite que cet endroit soit un peu en pente. Mais pour les graphistes, animer un élément sur un terrain penché demande plus de temps.
Le réalisateur insiste : « c'est un château qui se trouve perché dans la montagne, ce n'est donc pas très réaliste si le terrain est plat. Je préfère que ce soit plus penché que çà. J'ai bien conscience de la difficulté technique. Mais si on surmonte ce genre d’obstacle, le plan n’en sera que plus riche. La finalité, c’est « est-ce que c'est convainquant au pas ? ». »
L’équipe décide d'essayer.

Décors et effets spéciaux

  

Gorô Miyazaki a accordé de l'importance à la forêt dans sa représentation. La plupart des décors forestiers sont réalisés à la main, à l'aquarelle (NDT : notez qu'ils sont parfois exécutés sur du papier de travail estampillé studio Ghibli) et décrivent les 4 saisons.
Pour un décor de cours d’eau, Gorô Miyazaki demande de ne pas avoir de pierres de la même couleur pour le lit de la rivière. « Dans la réalité, les couleurs sont plutôt dépareillées » explique-t-il à son équipe. « Je préfère que ce soit plus dissonant. Au final, le plan sera plus à son avantage. »
Pour un épisode, plus de 150 décors sont ainsi nécessaires.

  

« Pour avoir de la profondeur et de la complexité pour la forêt, il est très important d'avoir des arbres qui poussent de manière différente » explique le directeur artistique Sadaaki Honma. « Si on ne met l’accent sur ces détails, la forêt ne semblera pas riche. Je réfléchis aussi beaucoup à l’utilisation des couleurs, par exemple. »
Mais il existe aussi des décors qui nécessitent l’ajout d’effets spéciaux. Par exemple, pour la rivière sauvage que découvre Ronya pour la première fois de sa vie, l'eau et les éclaboussures ont été exécutées en numérique.

  

Voici un autre exemple d'association de décor fait à la main et d’images numériques. Ici, pour que l'eau coule naturellement comme dans la nature, le superviseur des effets spéciaux, Yôhei Tanaka, crée des dénivellations sur son décor 3D. Il ajoute une simulation de l'eau sur ce décor. L'eau coule comme dans la nature. Enfin il ajoute le décor peint à la main. Enfin, pour accentuer encore plus le mouvement, il ajoute des éclaboussures.
« On ne le voit pas, mais ce sont les roches sous l'eau qui orientent le mouvement de la rivière » explique Tanaka. « C'est ce à quoi je fais le plus attention. Ce que je veux, c'est d'abord mettre en valeur la nature, que la rivière existe comme un bon acteur secondaire. »
Unifier des éléments créés à la main et la 3D, c'est un des éléments du style Gorô Miyazaki.

Le doublage

  

« Je veux créer une série pour les enfants, à l'ambiance assez classique » explique Gorô Miyazaki à ses acteurs. « Merci de m'aider pour que cette œuvre soit réussie. »
En plus d’une dizaine d'acteurs réunis pour doubler les dix bandits de la bande à Mattis, sont présentent Haruka Shiraishi (Sora Matsuzaki dans La colline aux coquelicots) et Reika Uyama pour doubler, respectivement, Ronya et Birk. Pour Uyama, c’est la première fois que l'actrice double un garçon de manière régulière.
Plutôt que de l'affubler d'une voix mignonne, Gorô Miyazaki souhaite que le personnage de Ronya ressemble à un garçon manqué. Il cherche aussi le côté innocent du personnage qui ne connaît rien du monde.
« Je vais essayer de trouver une voix mignonne, mais en même temps un peu mature et masculine » explique Haruka Shiraishi, quant à son rôle. « Evidemment, c'est difficile, mais intéressant. Je veux que les enfants s'amusent avec Ronya. »
Par ailleurs, l'enregistrement de la musique a déjà commencé avant le doublage.

La chanson du générique de fin

  

C'est Satoshi Takebe, qui a déjà travaillé avec Gorô Miyazaki sur La colline aux coquelicots, qui est en charge de la musique sur la série. Ce jour là, Mari Natsuki, l'interprète du générique de fin, est venue surveiller le travail d'arrangement musical effectué sur le morceau.
Sa particularité est de commencer directement par le refrain. Takebe pense que c'est un peu brutal. En revanche, la chanteuse considère que commencer par le couplet crée un effet plus intéressant.
Les derniers ajustements sont effectués et Gorô Miyazaki est convaincu par le résultat.
« On sent la force » conclut-il. « J'ai obtenu quelque chose de magnifique. »

Avancement de la production

  

La production avance et le résultat s'apparente de plus en plus à quelque chose de diffusable.
Cependant, cette fois-ci, Gorô Miyazaki ne réalise pas un film, mais une série TV, composée de plusieurs épisodes. Aussi, différentes tâches s’empilent et le réalisateur doit contrôler toutes les étapes. Même s'il est de plus en plus rapide pour effectuer ces tâches, il y a tellement de choses à faire qu'il s'interroge sur la possibilité de tenir les délais.
Un problème apparait. Ce jour-là, le producteur Nobuo Kawakami est inquiet du retard pris sur le planning. S’ils continent ainsi, il ne pourront pas tenir les délais.
« Ce n'est même pas une question d’argent, mais de temps » explique le producteur.
Une des causes de ce retard est l’avancement du travail de Gorô Miyazaki sur l'e-konte. Si le réalisateur prend plus de temps, ils ne trouveront plus ensuite de solution pour combler leur retard. Et ce n'est pas seulement le réalisateur qui est en cause. A force de chercher la qualité, les décors et l'animation subissent également des retards.
Gorô Miyazaki effectue beaucoup de contrôle, tout en continuant l’e-konte entre ces tâches. Il tâtonne et ça lui prend du temps. Comme pour une scène importante de l’épisode 15, où Mattis, le père de Ronya, fort et gentil, dévoile son côté violent. Dans cette scène, Ronya va lui opposer un mélange de tristesse et de colère, des sentiments difficiles à décrire.
« Ce que je veux décrire, ce sont des rapport humains » explique le réalisateur. « Les thèmes importants de cette série sont la nature et l'humain. Même si Mattis et Ronya sont père et fille l’un pour l’autre, ce sont tout de même deux individus différents. Il y a le respect et l'amour qu'ils portent l'un à l'autre. Tout cela est nécessaire dans la relation entre les êtres humains. Je trouve que décrire ce genre de sentiment et de relation est nécessaire de nos jours. Le père et la fille sont deux individus distincts, c'est normal qu'ils soient différents. Mais quand ces deux individus ce seront rapprochés et compris, ça donnera un effet magnifique. »

  

Au cours d'une réunion, Gorô Miyazaki donne ses indications aux animateurs.
« Symboliquement, si on utilise une couleur, c'est une colère rouge pour Ronya » explique Gorô Miyazaki. « Pour Mattis, c'est une colère bleue comme un glaçon. On dit que la 3D est très appropriée pour décrire des scènes d’action, mais pas pour décrire des sentiments précis. C'est pour cette raison que je donne beaucoup d'indications à mon équipe. »
« Si on réussi cet épisode, il va rester dans l'histoire » ajoute Gorô Miyazaki.
- « Tu dis ça devant la camera » réagissant à ses propos l'un des ses collaborateurs. « Pourtant, je pense la même chose. »
- « Je vais rabattre le caquet de ceux qui se sont moqués de la 3D. » conclut le réalisateur.

  

Vient ensuite le jour de contrôle des plans de la scène. Gorô Miyazaki se concentre sur les visages des personnages. Ce qu'il veut faire passer sur celui de Ronya, c'est d'abord de la colère, puis une tristesse larvée. C'est un mélange de sentiments compliqués. Mais plutôt que de mélanger les deux, le réalisateur souhaite commencer par un visage en colère avant de progressivement passer à un visage triste.
Ces corrections sont minutieuses et demandent du temps. Il cherche ce qu'il peut obtenir avec un personnage en position debout et l'inclinaison de son visage. Il fait plusieurs essais. Au début, il fait changer la forme des sourcils et baisser la position de l'iris. La position du corps devient plus penchée en avant. Il fait effectuer les mêmes corrections pour le sentiment de tristesse.
Lors de son second contrôle, Gorô Miyazaki est satisfait du résultat. Il demande juste à ce que l'on dévoile un peu plus les dents de Ronya lorsqu'elle parle.
« Maintenant qu'on a pas mal avancé, à ce stade, la série ne m'appartient plus à moi seul, mais plutôt aux animateurs de Polygon Pictures » explique Gorô Miyazaki. « Ce n'est pas ma série, mais notre série. Et c'est mieux comme ça. »

Juillet 2014 – Vers la finalisation du premier épisode

  

Le planning est vraiment serré, mais Gorô Miyazaki reste tatillon. Sur un décor, il souhaite effacer une branche d'arbre pour que le personnage soit plus en valeur. Dans un autre, il veut alléger une lumière traversante, ou encore ajouter un éclairage à l'intérieur d'une pièce. Il note tous les détails qu'il a remarqué.
« Le premier épisode est important. On va donc le polir jusqu'au bout. »
Du coup, les collaborateurs de toutes les équipes ont travaillé ce week-end.
« J'ai commencé, je dois aller jusqu'au bout » explique le directeur artistique Kaichi Fukudome.

12 août 2014 – Ultime contrôle du premier épisode

  

Gorô Miyazaki fixe un écran avec attention. Ca fait maintenant 6 ans qu'il s'intéresse au roman original Ronya, fille de brigand, et 2 ans qu'il travaille avec une nouvelle équipe sur les images numériques de la série. Il est satisfait.
« Et voilà, ça fait un épisode de fini. Un sur 26... »
« C'est déjà bien » lui répond Nobuo Kawakami. « Ca veut dire qu'on peut y arriver. »


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