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La tortue rouge (2016)


Le long métrage La tortue rouge est une sorte d’arlésienne dans le milieu du cinéma d’animation international. Né sous l’impulsion de Hayao Miyazaki voici maintenant 8 ans (on commence discrètement à entendre parler du projet dès 2009), le film est réalisé par le néerlandais Michaël Dudok de Wit (Le moine et le poisson, Père et fille) dont ce sera le premier long métrage.
Ce projet marque aussi la toute première coproduction étrangère du studio Ghibli, notamment avec la France.

Histoire

A travers l'histoire d'un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d'oiseaux, La tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d'un être humain.

 

Création du film

C'est fin avril 2015 que le projet fait enfin sérieusement parler de lui, confirmant surtout que le film est bien en développement. Un extrait est présenté lors du Festival de Cannes, et une séance de work-in-progress est également proposée en juin, lors du Festival international du film d'animation d'Annecy 2015.

C’est surtout lors de cette rencontre publique que le projet se dévoile enfin.
« La genèse est assez incroyable » explique à cette occasion Michaël Dudok de Wit. « Tout a commencé par un mail du studio Ghibli qui avait deux questions. « On aime beaucoup votre court métrage Père et fille, est-ce que vous avez pensé le distribuer au Japon parce que ça nous intéresse ? » Et la seconde question était : « est-ce que vous voudriez faire un long métrage avec nous ? » Cela m'a évidemment plus que surpris car j'avais déjà rencontré brièvement Takahata à deux occasions. Je connaissais aussi Toshio Suzuki, mais il n'avait jamais été question de collaborer ensemble. J'ai rapidement compris qu'ils voulaient essayer d'initier un projet dont j'écrirai l'histoire et assurerai la réalisation en Europe. De leur côté, ils le produiraient avec Wild Bunch. »

Isao Takahata et Toshio Suzuki à l'accompagnement du projet

Alors que les maigres et précédentes informations sur le film suggéraient que l’instigateur de ce projet était Hayao Miyazaki, le réalisateur néerlandais laisse finalement entendre que c’était plutôt Isao Takahata et Toshio Suzuki qui le suivaient.
« J'ai alors commencé à beaucoup parler avec Suzuki, mais surtout Takahata. Et malgré nos grandes différences culturelles, nous étions d'une façon étonnante sur la même longueur d'ondes. »
Isao Takahata demande à Dudok de Wit de lui envoyer un premier synopsis. « Je n'avais à la base pas d'idée pour un long métrage, juste quelques thèmes. Et l'un d'eux tournait autour d'un naufragé sur une île déserte tropicale. »
Dudok de Wit commence par faire parvenir quelques dessins préparatoires au fusain du personnage principal ainsi qu’un synopsis au studio Ghibli. Il reçoit très vite l’accord pour écrire son scénario. Parallèlement à cela, il effectue un travail de repérage sur une petite île déserte des Seychelles qui va lui permettre notamment de filmer une tortue au moment de la ponte.
« Le studio Ghibli possède une culture très forte du cinéma d'auteur, respectant la vision artistique des réalisateurs, même en cas de désaccord. Au début, je leur posais beaucoup de questions pour savoir ce qu'ils pensaient. Ils ne répondaient pas. Mais un jour, Takahata m'a dit : « Tu veux vraiment avoir notre opinion ? » Et à partir de ce moment-là on a eu de vrais échanges, car leurs idées étaient très intéressantes. Je peux vous citer un exemple. Il y aura trois personnages dans le film : un homme, une femme et un enfant. Le personnage de la femme est un peu mystérieux, proche de la nature, et j'avais un peu de mal à le cerner. Un jour, Takahata m'a dit : « Tu sais, au Japon, les femmes sont plus fortes que les hommes. » Son interprète, qui était une femme, m'a traduit sa réponse en ajoutant : « c'est aussi mon opinion. »

Scénario et story-board

L'étape suivante consiste en l’écriture d’un scénario complet pendant plusieurs mois à l’aide d’une coscénariste, Pascale Ferran. Lors de la rencontre, le réalisateur a sciemment voulu ne pas trop s’étendre sur l’histoire réelle du film pour garder la surprise. Il confie néanmoins, qu’avec cette histoire de naufragés sur une île tropicale, il ne souhaite pas vouloir céder à l’image de carte postale de la vie paradisiaque sur une île déserte. « On a tous une vision idéalisée des îles tropicales avec des palmiers et le ciel bleu. Or c'est loin d'être le cas. Le ciel est souvent gris, il pleut, il y a des insectes. Et l'esprit du film est justement d'éviter cette vision de carte postale. »

En septembre 2015, le Chunichi Shinbun révèle dans ses pages que, pour les besoins du projet, le réalisateur néerlandais a dû louer une chambre à Koganei, près du studio Ghibli, et a passé 6 mois à la création du story-board du long métrage. Celui-ci, a principalement été contrôlé par Isao Takahata. Ce n’est seulement que lorsque ce document a été achevé que le réalisateur est revenu en France pour entrer en production.
Le quotidien japonais précise encore que le film sera sans dialogue.

Production

La direction artistique se précise ensuite et la production peut alors se mette en place.
L’animation sera produite à Angoulême par une équipe réduite de dessinateurs triés sur le volet pour une animation homogène. « Il y a très peu de cartoon, tout doit être réaliste. Et c'est sans doute ce qu'il y a de plus difficile à faire. J'ai tout de suite senti par exemple que les gens qui avaient travaillé sur L'illusionniste (de Sylvain Chomet, sorti en 2010) seraient de parfaits candidats. »
Seule quelques éléments comme la tortue ou le radeau seront animés en 3D avec un rendu traditionnel. « On a très vite été convaincus que ce serait beaucoup mieux car c'est un objet dur avec des mouvements prédictibles, et rendre compte des changements de perspective aurait été trop compliqué. On a donc choisi une 3D classique avec un look final 2D, ce qui fait que personne ne se rendra compte de la différence. »
Les décors seront dessinés au fusain, rehaussés eux aussi de numérique. « Je me suis aperçu qu'on avait tout de même plus de possibilités et de flexibilité avec le numérique. On peut faire des modifications sans avoir à gommer, donc sans aucune perte de qualité. Et comme certains assistants animateurs travaillaient tout de même à l'étranger, c'était absolument nécessaire. C'est vraiment quelque chose que j'ai l'intention d'explorer dans le futur, quand j'aurai un peu plus de temps. »




Tests d'animation extrait d'un sujet TV de la chaîne Arte consacré au Festival d'Annecy 2015.


Lors de ses vœux pour 2016, le site officiel du studio Ghibli a précisé que le film serait leur actualité principale cette année. La date de sortie japonaise est fixée au 17 septembre 2016, et celle de la France, au 29 juin 2016.
Le film, en Sélection Officielle (Un Certain Regard) à la 69ème édition du Festival de Cannes, a remporté le Prix Spécial « Un Certain Regard » à Cannes le 21 mai. Il fera en juin l’ouverture du Festival du film d’animation d’Annecy 2016.

Fiche technique

Titre : Reddo tâtoru – Aru shima no monogatari
(La tortue rouge (L'histoire d'une île) / The red turtle)
Réalisateur : Michaël Dudok de Wit
Scénario : Pascale Ferran et Michaël Dudok de Wit
Création graphique : Michaël Dudok de Wit
Direction de l'animation : Jean-Christophe Lie
Supervision des décors : Julien De Man
Compositing : Jean-Pierre Bouchet, Arnaud Bois
Musique originale : Laurent Perez Del Mar
Son : Piste Rouge
Montage : Céline Kélépikis
Production exécutive : Prima Linea
Production : Studio Ghibli et Wild Bunch, Why Not Productions, Belvision, Arte France Cinéma, CN4 Productions, Belvision
Producteur artistique : Isao Takahata
Durée prévue : 80 minutes
Date de sortie : 29 juin 2016 (France)
17 septembre 2016 (Japon)

Sources : Work-in-Progress du film La tortue rouge, proposé dans le cadre du Festival international du film d'animation d'Annecy 2015 - Chunichi Shinbun (septembre 2015) - site officiel du studio Ghibli (janvier 2016) - Catsuka.com - Wildbunch.biz - Latortuerouge-lefilm.com
Dernière mise à jour : 22/05/2016

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