Ghibli dans la BD occidentale :
R
Kenny Ruiz croque les héros qui l'ont marqué.
On s'amusera à reconnaître Marco alias Porco Rosso
mais aussi Gally de Gumn, le Gipsy ou encore Kanéda
d'Akira.
Traduction de son interview :
Le premier travail de Miyazaki que j'ai vu a été
Conan le fils du futur diffusé sur une chaîne
de télé locale andalouse. Quelques années plus tard,
j'ai obtenu d'occasion le film Nausicäa, traduit
en espagnol sous le nom Les Guerriers du vent, qui bien que
présenté dans une version courte, m'a beaucoup impressionné.
C'est depuis lors que je m'intéresse à ses créateurs.
Ce qui m'a touché c'est la simplicité de cet
artiste alors qu'il traite de sujets transcendants, sa sensibilité
aux détails humains et dramatiques. Ses histoires épiques
sont très humaines et ses histoires quotidiennes sont épiques,
il transmet le maximum avec le minimum.
Plus tard, je me suis intéressé aux autres films du studio
Ghibli mais spécialement à ceux dirigés par Miyazaki,
même si j'aime aussi Takahata, il ne délivre pas le
message vif et optimiste du maître Hayao.
Pour dire le film ;que je préfère, j'ai le cœur
divisé et jamais je ne pourrai me décider ; Kiki la
petite sorcière me fait toujours pleurer quand je le vois
car je m'y identifie beaucoup et son naturel me surprend chaque
fois un peu plus. Cependant, j'adore Porco Rosso pour
sa thématique, son esthétique et son romantisme et Le
voyage de Chihiro me paraît le plus imaginatif et innovant.
Tous sont fascinants !
Je suppose que je suis influencé par le travail de Miyazaki, ça
me semblerait plus évident à moi qu'à lui,
mais au final il n'y a que Miyazaki qui est Miyazaki.
Peluche Totoro dans Barcelona par Kenny Ruiz, Sola, Lucia et Mazi.
Paquet.
Version originale espagnole :
Lo primero que vi fue Conan, el niño del futuro en
una televisión local de Andalucía. Unos años mas
tarde, y por casualidad, conseguí le película de Nausicäa,
que en Español se tradujo por Guerreros del Viento,
y aunque era una versión cortada, me impresiono muchísimo,
desde entonces me interese en sus creadores.
Su sencillez para tratar temas trascendentales, su sensibilidad a los
detalles humanos y dramáticos, sus historias épicas son
muy humanas, y sus historias cotidianas son épicas, transmite lo
máximo con lo mínimo.
Si, pero especialmente en las que dirige Miyazaki, también me gusta
Takahata, pero no tiene el mensaje vivo y optimista del maestro Hayao.
Tengo el corazón dividido, y nunca consigo decidirme; Nicky,
La aprendiz de bruja, me hace llorar siempre que la veo, me siento
muy identificado y su naturalidad me sorprende cada vez mas, pero adoro
Porco Rosso por su tematica, su estetica, y su romanticismo,
y El viaje de Chihiro me parece la mas imaginativa e innovadora.
Todas son fascinantes.
Si, por supuesto, ojala pudiera parecerme mas a el, pero hay que solo
Miyazaki es Miyazaki...
Part 1/ Mafalda, Snoopy, Les Boondocks, Pim
Pam Poum, Fuku-chan, Calvin et Hobbes, Nancy, Nos
Voisins les Yamada, Hägar Dünor le viking, Garfield et
bien d'autres comic's strip sont-ils des incontournables parmi tes lectures
et ont-ils joués un rôle dans ton envie de dessiner des
bds au format court sur ton blog ?
Le Blog et ses strips quotidiens, c'est au minimum un rendez-vous par jour
avec les lecteurs. C'est au format court parce que d'abord comme j'ai un
boulot plein temps j'en ai peu (du temps). Ensuite le dessin est souvent
une bulle d'évasion qui se réalise assez vite. Enfin pour
ce média qui est le blog on a tout intérêt à faire
court et intense pour des raisons d'efficacité.
En France on est familiarisé avec les albums parce que ce sont ces
histoires complètes qui ont bercé notre enfance (Astérix, Tintin, Alix, Thorgal...)
Quand j'étais petit je lisais aussi beaucoup de magazines comme Pif
ou Picsou ou l'on retrouvait des histoires d'une page ou des strips. Gaston
Lagaffe, c'était pour moi THE album avec des strips. Sinon les
strips étaient toujours américains c'est vrai (Garfield, Calvin & Hobbes, Dilbert)
et je les retrouvais régulièrement aux coins des journaux
ou des revues. Depuis plus de dix ans en France les mangas ont pris la relève,
mais nous avons directement les livres complets et non pas la dizaine de
pages hebdo comme l'ont les japonais. Il y a fidélisation quand même
parce que le tome suivant est toujours attendu avec une grande impatience
(et qui est généralement récompensée assez rapidement)
!
Et puis j'ai découvert sur le net des séries de strips quotidiens
(comme General Protection Fault, commencés en 1998 et qui
continuent toujours aujourd'hui !! mais j'avoue que ça m'a lassé, ça
se répète beaucoup trop). Un site comme bulledair.com met
en avant la publication en ligne de séries de strips, qui de plus
se renouvellent, une très bonne initiative, qui marche !
Quand on m'a commandé un concept de strips en 3 cases (http://salon.p-nintendo.com/strips),
exercice difficile que je n'avais jamais réalisé, je me suis
naturellement tourné vers Garfield et Calvin & Hobbes. J'ai fait
un strip par semaine en un an et demi. J'ai arrêté parce que
je n'aimais plus ce que je faisais vivre aux personnages. Mais aussi pour
le principe de narration en trois cases que je trouvais trop contraignant.
Sur mon blog c'est le sujet qui impose le style graphique et sa durée,
et non le contraire. Mais tout est question d'esprit et de feeling, reprendre
du strip en 3 cases ne me déplairait pas (en photocopiant des pages
de cases au préalable alors ! )

Le format d'histoires dessinées en peu de cases ne semble pas
rencontrer un fort succès chez les éditeurs français,
contrairement aux Usa ou au Japon, alors qu'il fait fureur sur de nombreux
blogs de dessinateurs. Penses-tu qu'il s'agisse d'une question culturelle,
d'un manque de prépublication dans la presse quotidienne ou d'autres
raisons ?
Les strips ont la grande force de distribuer chaque jour un nouvel épisode,
même court, des aventures de personnages de fiction. Le public est
accro et en redemande. C'est le principe des séries télé.
Les blogs c'est le même concept, souvent couplé à de
l'autobiographie plus ou moins dissimulée. On devrait pouvoir retrouver
des strips dans tous les quotidiens français. Mais non. Ces quotidiens
doivent se dire qu'ils n'ont pas leur place dans leur ligne éditoriale.
En même temps il faut trouver le dessinateur qui sache s'adapter aux
genres et à l'actualité (Faisan, encore que là c’était
de l'illustration, Sempé de même, les dessins dans le Canard
Enchaîné, que de la politique en somme !). Ou bien qui sache
créer un univers qui rallie le plus de monde. Comme c'est difficile,
c'est souvent qu'on retrouve découpés en strips les histoires
qui ont bien marché en album (Le Chat, Titeuf, Léonard...).
Qui était eux-mêmes souvent des strips à la base !...
On n’exploite pas assez la multitude de créations disponibles à destination
d'une publication en strips. Alors est-ce que les auteurs sont mauvais ?
Pas adaptés à un format psychorigide antédiluvien ?
Le meilleur exemple populaire de strips à succès actuellement
c'est Frantico, qui a réussi à captiver les internautes pendant
six mois au moyen d'un strip d'une page par jour, et de passer à la
publication journaux à raison d'une ou quelques pages par diffusion,
puis ensuite le recueil. Pour tout ça, chapeau ! Dans ce sens il
est à prévoir que le "phénomène blog" va
servir à faire émerger des auteurs vers la publication d'albums
et de rédaction de strips dans les journaux. C'est déjà le
cas aujourd'hui.
Part 2/ Peux-tu nous parler de ton rapport avec les films du studio
Ghibli (comment as-tu découvert, qui, quoi, quand, où ?).
Emu, amusé, captivé tout seul ou en famille, as-tu
un souvenir marquant et magique lié au visionnage d'un Ghibli?
Je suis un grand passionné de cinéma d'animation. J'essaie
de voir un maximum de courts et de longs métrages, surtout pendant
les festivals. En fait c'est un peu comme si j'étais "élevé au
Festival d'Annecy", ce dernier m'ayant permit de découvrir beaucoup
de films de tous formats, genre et pays. C'est très enrichissant.
Le genre "animation" synthétise beaucoup de choses essentielles.
Alors je suis grand amateur des films de Aardman, de Folimage, de Bill
Plympton, de Frédéric Back, de Florence Miailhe, de Paul Driessen,
d'Alexander Petrov, de George Schwiztgebel, de Jan SVANKMAJER, de Paul Grimault, Kuzco
(oui c'est un film mais je me devais de le placer quelque part celui-là !),
tous ces genres et graphismes font la vraie richesse de l'animation ! Je
ne vais bien sûr pas oublier nos amis Hayao Miyasaki et Isao Takahata,
dont les films figurent en haute place dans mon esprit et mon coeur. Le
problème maintenant c'est presque qu'ils y figureraient en trop haute
marche et qu'ils auraient tendance à me faire oublier un peu tous
les autres. Et ça, c'est mal ! (rires)
Je ne fais pas parti de ceux qui ont découvert leurs films en Festival
il y a dix ans ou en dvd pirate chez le revendeur japanime du coin. Non,
moi je fais parti de la "seconde génération" (la
troisième étant ceux qui ont découvert les films de
Ghibli au cinéma), ceux qui ont découvert leurs premiers Ghibli à la
télé. C'est ainsi qu'après avoir vu Porco Rosso en
VHS en Français puis en VO sur Canal +, j'ai vu Mon Voisin Totoro sur
canal en mai 1998. De même j'ai vu Le Tombeau des lucioles en
mai 1999. Je me souviens même que j'avais cherché à voir Le
Tombeau des Lucioles au cinéma, mais sa sortie était
toujours repoussée ! 1996, 97... pour ne finalement pas sortir dans
ma petite ville !

Princesse Mononoké était alors sorti au Japon depuis
quelques temps et mon intérêt soudain pour les films de Ghibli
m'invite à redécouvrir mes anciens Animeland pour y retrouver
les articles consacrés au film de Miyazaki. Comme beaucoup, j'attends
alors de longs mois la sortie du film en France qui a lieu enfin le 12 janvier
2000, avec une distribution nationale. Je vais voir le film en VO dans une
petite salle baroque de province. Et déguste l'oeuvre.
C'est d'ailleurs dans Animeland que je remarque la sortie en dvd d'un film à l'époque
encore inédit en France : Mes Voisins les Yamada. Je commande.
j'attends. j'attends. Et découvre enfin le film de Takahata. Une
claque. Quelque part j'ai jamais vu ça. Formellement. Narrativement.
On adhère aux personnages comme si on avait suivi une série
de strips et qu'on les aime avec le temps. Tout ça en un film de
deux heures. Sans parler des ruptures de ton, des messages on ne peut plus
intelligent amenés dans le film. C'est fun, c'est beau, c'est drôle,
et surtout c'est réfléchi et sincère. Pierre blanche.
C'est aussi l'époque où je vais pour la première fois à Annecy.
Et où je découvre les Ghiblies 1 au milieu de centaines
de spectateurs totalement enjoués à la diffusion inédite
de ces petites bulles de plaisir. Je n'ai d'ailleurs jamais revu ces films
et n'en ai qu'un vague souvenir ! Merci à Buta-connection d'héberger
des images de ce programme court pour raviver les souvenirs !
Mon dernier grand moment Ghibli, sans compter les distributions cinéma
que l'on connaît, fut de recevoir tous les dvd japonais des films
de Miyazaki, Takahata et Kondô. J'avais travaillé tout l'été 2003
(celui de la canicule) en chambre froide, un travail de manufacture contraignant.
Je me fredonnais en tête les musiques des films pour passer le temps
et me dire que grâce à ce travail ils seraient bientôt
miens ! Lorsque j'ai reçu les films ce fut une orgie de Ghibli !
Et en fait c'est là que je me suis rendu compte que je préférais
vraiment les films de Takahata. Si les films de Miyazaki stimulent ma corde
sensible (je pleure sur la musique de fin de Chihiro en lisant les sous-titres
!), je suis bien plus réceptif à la façon de faire
de Takahata. Pour moi, revenir à un réalisme par le biais
de l'animation je trouve ça très fort ! Je relisais votre
interview de Takahata qui disait qu'il trouvait dangereux à long
terme les films voulant à tout prix vous plonger dans l'imaginaire.
Je comprends bien ce qu'il veut dire. Personnellement je suis de moins en
moins intéressé par ce type de films, il me faut autre chose
pour y adhérer totalement. C'est cette intelligence, qui n'a rien à voir
toutefois avec de l'intellectualisme, qui m'interpelle aujourd'hui. Balancer
du rêve en masse et en continu au peuple c'est une attitude qui n'est
pas vraiment saine.

Franco-canadien, j'ai découvert il y a plusieurs années les
films de Frédéric Back et j'ai été très
touché d'apprendre que Takahata admire lui aussi ses films. Je me
suis procuré le dvd de la rencontre ente les deux auteurs qui est
assez émouvante. Enfin grâce à Buta-connection j'ai
pu assister à la projection en avant-première de Pompoko en
français le 1er septembre 2005, en présence de Takahata. Quand
tout le monde s'est levé à la fin de la projection c'était
particulièrement émouvant. Je pouvais enfin remercier Takahata
du bonheur qu'il m'a donné à voir ses films. Mon rêve
serait de rencontrer Takahata et Back en personne, mais j'avoue que je ne
saurais trop quoi leur dire. J'ai pu remercier Takahata en tant que spectateur
et correspondre une fois avec Frédéric Back. C'est déjà énorme.
Pour terminer, j'ai un énorme coup de coeur pour Mimi wo sumaseba,
dont je me passe l'intro et la séquence "orchestre" de temps
en temps. De même pour Ghiblies 2, que pour le coup je regarde
régulièrement, montre à un maximum de gens que j'aime,
et qui me rebooste le moral et la motivation. D'ailleurs le temps de répondre à ces
questions j'ai eu le temps de me les remater ! :-)

© Buta Connection |