Les Totoro-dédicaces
Nathalie Bodin
L'auteur :
Nathalie Bodin est née à Angers en 1973. Après
son Bac Arts plastiques, elle suit les cours de communication des Beaux-Arts
d'Angers, et aspire déjà à l'époque
à dessiner pour les enfants. En 1996, elle est nominée au
concours d'auteur-illustrateur d'Hasselt, en Belgique. Un
an plus tard elle croise la route de Yoann à l'atelier angevin,
La Boîte qui fait Beuh.Celui-ci la persuade d'exploiter
ses talents graphiques en se lançant dans la BD. Elle dessine alors
son premier album, « Gus le Menteur » sur un scénario
d'Éric Omond (déjà scénariste de Toto
l'Ornithorynque) qui paraît en 1999 aux éditions
Delcourt. Nathalie Bodin se lance ensuite en solo avec Ourachima
le Brave, un conte aux couleurs pastelles et aux accents orientaux,
paru en 2002, également chez Delcourt. En matière de bande
dessinée, les auteurs qu'elle affectionne sont Plessix, Loisel
et Prado. Quel bon goût !
Skilafé :
- Gus le menteur, scénario d'Eric Omond, Delcourt,
1999
- Ourachima le brave, Delcourt, 2002
La rencontre :
Pendant toute la semaine qui suit ma rencontre avec Philippe Sternis,
je lis et relis le nom des auteurs qui seront présents à
son festival, pour déterminer qui je peux aller embêter avec
ma lubie totoresque. Il faut que j'aime le travail de la personne
évidemment, mais aussi, gland sur le camphrier, j'apprécie
lorsque je sens des connections possibles entre la bd que je veux faire
dédicacer, et l'univers de Miyazaki. C'est pas systématique
mais j'aime bien quand ça arrive. Et là, coup de chance
! En effet, en furetant dans une librairie Versaillaise, je découvre
Ourachima le brave, de Nathalie Bodin. Un album très
coloré avec de splendides planches en couleurs directes. Après
avoir lu quelques pages, je découvre la protagoniste de l'histoire
qui porte le prénom de Satsuki, comme la grande sœur de Mei
dans Mon voisin Totoro ! Ni une ni deux, (ni trois ou quatre
d'ailleurs, c'est nul comme expression...) je me procure
la bd et rentre heureux dans les transports en communs. Oui heureux !
Si si, je vous jure, il a bien existé une personne heureuse dans
les transports en commun à Paris...
Samedi 11 octobre 2003. J'arrive dès le matin au festival de Melun,
avec mon ami Mathieu fraîchement débarqué de Burdigala.
Il s'y connaît probablement autant en bande dessinée que
moi en bifidus actif, mais par amitié, il accepte de m'accompagner.
Très vite, on comprend que l'on est arrivé beaucoup trop
tôt, car si le hall est ouvert, il n'y a encore aucun auteur présent.
Du coup, on s'installe dans la file d'attente de Vallès
car je veux me faire dédicacer Les Maîtres de l'orge,
la célèbre BD cosignée Jean Van Hamme. En attendant,
on fait passer le temps en jouant à une espèce de Shifumi
improvisé, à base de kaméhaméha,
de kikoho et de Makankosapo. C'est quand même plus sympa qu'un
« pierre-ciseau-feuille » classique...
Peu à peu, les locaux se remplissent et je confie donc la super
mission à Mathieu d'aller voir André
Geerts pour qu'il me dédicace un Jojo. Cette
BD est un véritable petit bijou de poésie et de tendresse,
et j'ai toujours pensé que dans une république idéale,
elle devrait être remboursée par la sécurité
sociale. Mathieu accepte cette mission, et ce n'est donc pas cette
fois-ci que j'aurai chance de rencontrer moi-même ce fabuleux
auteur... Cependant, comme le but est aussi de rester le moins longtemps
possible au festival pour ne pas trop embêter mon pote, je n'ai
pas vraiment le choix. Je dois déléguer, même si ça
ne me plait pas beaucoup, car cela signifie privilégier l'obtention
de la dédicace à tout prix, au détriment de la rencontre
humaine. Bref, tout le contraire de ma démarche...
Quoi qu'il en soit, Mathieu reviendra avec ce joli dessin :
Je me suis retrouvé dans le même état que Jojo
en recevant cette jolie dédicace : )
De mon côté, je rencontre Francis Vallès, et comme
j'ai coutume de le faire, je lui expose mon envie :
- ... si vous pouviez me faire un petit totoro avec Margritt...
- Un quoi ?!
- Euh, un totoro... Vous ne connaissez pas ?
Hé bien non, il ne connaît pas. Mais tout le monde ne peut
pas connaître Totoro ! A bien y réfléchir,
il est encore relativement méconnu du grand public après
tout, car le film n'a jamais bénéficié de la
promotion faite autour de Mononoke, Laputa ou Chihiro.
Ce n'est donc pas si surprenant. Mais à la gauche de Vallès,
une dame s'indigne.
- Quoi ?! Tu ne connais pas « Mon voisin Totoro » ?! Mais
il faut à tout prix que tu regardes ce film, c'est une vraie
merveille.
Cette femme, c'est Marie-Paule
Alluard, l'une des coloristes les plus réputées
du 9e art! Elle explique à Vallès qu'il s'agit
là d'un très beau dessin animé, très
poétique. Pour illustrer son propos, je sors de mon sac à
dos le art book que Tonkam avait fait paraître il y a quelques années.
- Vous voyez, c'est ça un totoro. Il y'en a un petit,
un moyen et un gros. Alors, z'êtes d'accord pour m'en
dessiner un ?
- Oui oui, bien sûr.
Je suis son premier totoro et aussi son premier Maîtres de
l'orge en format intégrale de poche. Le papier est
bon marché et l'inquiétude me gagne quant à
la mise en couleur de Madame Alluard. Va-t-elle parvenir à mettre
la couleur sur du papier qui boit l'encre et la peinture ?!! Va-t-elle
pouvoir donner la pleine mesure de son talent sur du papier tout juste
bon à dépanner en cas de pénurie water closienne
?!! Le suspens est insoutenable mais le dénouement est en ma faveur.
Jugez plutôt :
Qui veut prendre la place du chibi totoro ?
Poli-gentil-ravi, je remercie les deux auteurs et m'en retourne
errer dans le festival en fredonnant. « Auprès de ma blonde,
qu'il fait bon, fait bon, fait bon... ».
Je n'ai maintenant plus qu'à trouver Nathalie Bodin,
l'auteur pour lequel je suis venu jusqu'à Melun. Hasard
de vie, elle se trouve juste à côté de Philippe Sternis,
l'organisateur du festival rencontré la semaine précédente,
à Buc. Pendant que je m'installe, nos regards se croisent
mais il ne semble pas me reconnaître. Je suis assez surpris de constater
la longueur de la file de personnes qui attendent devant lui, c'est
une vraie star en fait cet homme-là...
Je salue mademoiselle Bodin et lui donne ma BD. Ce qui me frappe en premier
(aïeuh), c'est qu'elle est d'une extrême
douceur, aussi bien dans ses gestes que dans sa façon de parler.
Et lorsque j'évoque Totoro, ses yeux s'illuminent.
Elle m'explique qu'elle aime toute l'œuvre de Miyazaki
mais qu'elle a un penchant particulier pour ce personnage là.
Elle est donc ravie de dessiner sa Satsuki avec un totoro. Et moi donc
?...
Je lui propose de feuilleter l'art book pour qu'elle s'imprègne
bien du personnage avant de le dessiner, et je suis assez amusé
de la voir découvrir ce livre. Comme une enfant, elle s'émerveille
littéralement à chaque page tournée.
- On le trouve encore ce livre ?
Je lui explique qu'il est épuisé chez l'éditeur
et que le seul moyen de le trouver est encore de tomber sur un exemplaire
d'occasion. Elle paraît déçue mais se lance
dans le dessin.
Comme il n'y a encore personne qui attend derrière moi, elle
m'annonce qu'elle va me faire un joli dessin. J'espère
que tu n'es pas pressé, me demande t-elle. « Oh ben
non ! » Y a bien Mathieu qui m'attend, mais dans un cas pareil,
je serais capable de renoncer à un rendez-vous galant avec Monica
Bellucci, alors Mathieu...
Elle en est encore au stade du crayonné lorsque Philippe Sternis
passe derrière elle. Il regarde le dessin de Totoro, puis me regarde
moi et s'exclame :
- Ah mais c'est toi !!! Je te reconnais. C'est toi le gars
aux totoros ?!!
- Mais euh je...
- Mais on va t'interdire de festival toi !!! Et on drague les jolies
filles en plus ?! Non mais elle est belle la jeunesse tiens...
Il va sans dire, que tous les gens regroupés aux alentours se retournèrent
alors comme un seul homme pour apercevoir la cible des quolibets de monsieur
bougon. Et la cible, malheureusement, c'était moi...
Il faut savoir que j'ai un léger problème de mal-être
dès que je suis mis en avant, ou que je me sens exposé devant
un important groupe de personnes. Un problème de timidité
qui depuis toujours, m'a posé quelques menus problèmes,
que ce soit dans ma scolarité (Argh les exposés !), ou dans
ma vie sociale (Argh, tous ces gens!). Alors là évidemment
je suis pas à la fête.
- BRRRRRROOOOOOOOOOAAAAAAARRRRRRRRRR !!!!!!!!!
Le voici maintenant en pleine imitation du cri du totoro. Non mais je
vous jure!... Ce qui est le plus amusant dans ce brouhaha sans nom,
c'est que Nathalie Bodin, elle, reste imperturbable et continue
son dessin. Sternis s'en aperçoit et lui suggère de
m'envoyer bouler.
- Grumble, lui fais pas son dessin si tu veux pas !
La réponse de la dessinatrice est sans appel :
- Mais moi j'aime bien dessiner des ti totoros !!!
Elle dit ça d'une voix de petite fille qu'on embête,
un peu boudeuse, et je trouve ça trop mignon. L'énergumène
Sternis est vaincu et s'en retourne à sa place où
la « horde sauvage » l'attend pour obtenir un dessin.
Nathalie continue le dessin avec un feutre couleur terre de Sienne, et
s'excuse au moins 3 fois d'être lente. Ce qu'elle
ne comprend pas, c'est que même si elle mettait 6 jours pour
donner naissance à un totoro, je serai toujours le plus heureux
des hommes !
- Papa, papa, regarde ce qu'elle dessine la dame.
- Oui, c'est un totoro, Zorglub (je ne me souviens plus du nom du
gamin alors j'ai mis Zorglub. C'est joli Zorglub, non ?).
- Wah, ça veut dire que c'est elle qu'a fait Totoro
?
- Non, Zorglub, c'est le monsieur qui lui a demandé d'en
dessiner un.
- Pourquoi il lui a demandé un totoro si c'est pas elle qui
fait Totoro, papa ?...
J'échange un sourire avec le père qui tient Gus
le menteur d'une main, et Zorglub le questionneur de l'autre.
- Il a l'air de bien connaître Totoro votre fils.
- Oui, c'est un dessin animé qu'il aime beaucoup, hein
Zorglub ?
- Wé, les Chatbus c'est trop bien, quand ça court
ça fait foussshhhhhh...
Le gosse me fait rire et je me dis que c'est une journée
super sympa. En fait, je n'ai croisé que des gens sympathiques
et souriants et je me demande où sont passés les grizmines
qui peuplent notre quotidien. Ce jour-là, ils ne sont pas à
Melun en tout cas...
Pendant qu'elle termine la dédicace, entre chacune de ses
excuses (« désolée, je suis lente »), nous parlons
un peu de choses et d'autres : son parcours artistique, sa rencontre
avec Yoann et Omond, Delcourt...
Et pis c'est fini et le résultat m'enchante...
La dédicace :
Comment il est trop joli ce totoro !!!!
C'est le plus beau dessin que l'on m'ait fait ! Même
aujourd'hui où la galerie totoresque s'est largement
étoffée, j'ai toujours le même amour pour celui-ci.
Je la remercie chaleureusement et prend congé d'elle pour
retrouver Mathieu afin de reprendre la route. Il est environ 16h30, et
dans le train du retour, je me fais la promesse d'offrir à
Nathalie Bodin le artbook de Mon voisin Totoro lors de notre
prochaine rencontre...
Y a quelqu'un
pour m'en vendre un ?!

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