Les Totoro-dédicaces
Aurélia Aurita
L'auteur :
« Je suis née en 1980 dans les Hauts-de-Seine (92). Je
dessine depuis toute petite. Ma maman, pharmacienne de métier,
me laissait au rayon BD quand elle faisait les courses à Euromarché.
Peut-être pour la remercier de cela, je me suis inscrite, bac en
poche, dans une faculté de pharmacie pour y étudier la
galénique et la chimie thérapeutique. Je suis actuellement
en 6ème année et je connais par cœur 150 noms de
plantes de la flore indigène française ainsi que 15 façons
de couler les suppositoires. Mais s'il n'y avait que cela dans ma morne
existence je ne serais pas là, à la raconter, sur un site
de BD. En 2001, il se trouve que j'ai gagné le "Prix du meilleur
scénario" aux Alph'art de la BD scolaire à Angoulême.
J'avais participé à ce concours dans le cadre de mon école
de dessin, où j'ai suivi une formation de deux ans, parallèlement à mes études
sérieuses. Depuis, le champagne coule à flots dans ma vie
et on peut me voir dans les soirées parisiennes, au bras de quelque
auteur à la mode, dégustant un salami sur des tranches
de brioche. Je peux ainsi dire en toute sérénité que
la BD a changé ma vie, mais que j'ai su rester simple devant le
tourbillon des frivolités de ma nouvelle vie d'artiste. »
Source : http://www.bdselection.com
Skellafé :
- Angora, Le Neuvième Monde, 2003
- Japon,
Casterman, coll. Ecritures, 2005
- Fraise et chocolat, Les
Impressions nouvelles, 2006
La rencontre :
Dimanche 19 mars 2006.
Certains voient dans le salon du livre de Paris
une manifestation commerciale de type «salon de l’agriculture»,
Chirac en moins. Peu importe, moi j’aime y être. J’aime
flâner dans les allées entre les stands d’éditeurs
Goliath et les mini David souvent inconnus. Pour faire de jolies rencontres,
je n’ai pas encore trouvé mieux que le hasard des pas. C’est
précisément ce qui se produit ce dimanche là, alors
que j’aborde l’espace Wallonie-Bruxelles en compagnie de
mon amie la Luciole (© Antoon Krings).
Un joli brin de fille est
en train de dédicacer sa bande dessinée intitulée Fraise et chocolat.
Si ce n’est son nom, je reconnais immédiatement
le graphisme de la jeune femme ; elle est en effet l’auteur d’un
chapitre du collectif Japon paru chez Casterman à l’initiative
de Frédéric Boilet. Frédéric Boilet que je
découvre par ailleurs en personnage central de ce livre. Il est
l’amoureux passionné, le « french lover » du
soleil levant qui peuple les pages de ce récit intimiste. Et me
voilà conquis en quelques pages, décidé à attendre
pour un petit crobar et un échange souriant.
La luciole part en
vadrouille en contrées littéraires, me laissant seul avec
la préface de Joann Sfar. On y apprend que son ami Frédéric
a un zizi et qu’il s’en sert. Bon. Et les filles ça
fait caca et ça ne sent pas la rose mais plutôt le chocolat.
Si si, lisez le livre…
Allez hop, c’est à mon tour.
J’explique à Aurélia que j’étais sûr
que son amoureux était Frédéric Boilet. Une intuition
comme ça, à la lecture de sa nouvelle pour Casterman… Elle
me demande si je le connais. Pas vraiment non, je lui ai écris
un mail il y a deux ans pour qu’il réponde à mes
questions pour Buta-connection puisqu’il est fan du Tombeau
des lucioles. Trop de travail à l’époque, et si je n’ai
pas repris contact c’est parce que ça n’a sûrement
pas changé.
Pour qu’elle comprenne ce qu’est Buta,
je lui sors la petite carte de visite.
- C’est un site francophone
sur le studio Ghibli et je m’occupe d’une section où les
auteurs de bd me parlent de leur passion pour ces films. Vous même,
vous connaissez ?
- Je n’aime pas tous les films de Miyazaki et
d’une manière générale, je suis plus sensible
au travail de Takahata. Le tombeau des lucioles bien sûr mais aussi
Mes voisins les Yamada et…
Tout à coup, sans préambule,
un homme se place à mes côtés et apostrophe la jeune
auteur !
- Vous êtes chinoise vous ? Vous savez que le sexe est
interdit en chine ?
- Oh oui, c’est même puni par la peine
de mort !
- Je me suis toujours demandé comment les asiatiques
font pour se reproduire ! Et vot’ bouquin là, c’est
du sexe ?
- Oui du sexe, et il y a aussi beaucoup d’amour…
De
mon côté, j’ignore totalement comme elle fait pour
rester aussi sereine en face d’un tel spécimen… Je
lui fais remarquer l’incongruité de la situation une fois
le bonhomme parti.
- Sympa les salons non ? Tu tombes sur de drôles
de gens… Je te parle de dessins animés et sans transition,
un mec limite agressif arrive et te tient des propos complètement
cons…
Je me dis que pour les auteurs, il faut être bien
armé pour nous affronter nous lecteurs.
Tandis que je réponds à Ceïba
au téléphone, sans que je lui aie demandé, Aurélia
décide de me faire un totoro en se servant du dessin de ma carte.
Initiative qui me va droit au cœur.
Pharmacienne de formation,
je me demande comment elle a appris le dessin. Plus ou moins autodidacte,
elle m’informe qu’elle a quand même pris quelques cours
par le passé. En tous cas, son trait épuré et tout
en courbes apparaît tout de suite reconnaissable et me plait beaucoup.
Elle me demande si j’aime le travail de Frédéric
Boilet. Evidemment, non seulement je suis amateur de son travail personnel
plein de sensibilité, mais également, je pense qu’il
faut le remercier pour son travail autour de la promotion du manga. A
une époque où c’était vraiment nécessaire
en France, il a contribué à montrer que le manga ne se
résumait pas à du Shonen avec des speedlines dans tous
les sens, mais au contraire, qu’il existait plein de genres. Plus
tard, avec la manga il a même prouvé qu’il pouvait
y avoir des démarches d’auteur derrière certaines œuvres.
Aurélia me tend ensuite le dessin et me dit qu’elle ira
jeter un œil sur le site. Tandis que, ravi, je la remercie pour
prendre congé d’elle, je remarque Ceïba qui sans mot
dire, nous observait bienveillante…


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