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Introduction Scénographie Interview

Exposition Mondes et Merveilles du dessin animé
Grimault, Takahata, Miyazaki

Interview de Xavier kawa-topor

Buta-Connection : Le rapport entre l’œuvre de Grimault d’une part et les celles de Miyazaki et Takahata d’autre part est connu de nombreux fans. Cependant, il est encore rare que des expositions sur l’animation soient organisées. Comment l’idée vous est venue, à M. Pagliano, M. Nguyen et vous-même, d’organiser cette exposition ?

Cette exposition est née d'une convergence d'idées. D'une part, il m'a toujours semblé qu'exposer le cinéma d'animation était un moyen privilégié de contribuer à sa reconnaissance en tant qu'art en rendant ses fondements esthétiques et techniques intelligibles. D'autre part, le travail que nous avons mené Ilan Nguyen et moi-même au Forum des Images, au cours des trois festivals "Nouvelles Images du Japon", notamment autour de TAKAHATA Isao et MIYAZAKI Hayao, demandait à être poursuivi, complété, mis en perspective. Un des sujets cruciaux était évidemment cette filiation entre Paul Grimault et les auteurs du studio Ghibli. Pour en avoir discuté à plusieurs reprises avec Jean-Pierre Pagliano, spécialiste incontournable de Paul Grimault, il nous a semblé qu'une exposition pourrait être le moyen idéal de mettre en lumière cette "filiation": comment elle s'est opérée et ce qu'elle met en jeu, à savoir une certaine idée - et la plus haute idée ! - du dessin animé en tant qu'art. Une conception du dessin animé dans laquelle la question du réalisme et du merveilleux est abordée de façon radicalement différente de la production disneyenne.
Parallèlement, j'ai pris en 2005 la direction de l'Abbaye de Fontevraud, centre culturel de rencontre, dans laquelle nous avons mis en place un cycle de grandes expositions sur le merveilleux dans la société contemporaine, initié en 2007 avec l'exposition du grand historien Jacques Le Goff intitulée "Héros et Merveilles du Moyen Age". Il m'a semblé que notre projet autour de Grimault, Takahata et Miyazaki, s'inscrivait parfaitement dans ce thème.

BC : L’exposition ne se contente pas d’une juxtaposition superficielle des œuvres, comme ce fut un peu le cas dans l’exposition Miyazaki-Moebius à la Monnaie de Paris, mais propose au contraire de démontrer une vision commune de l’animation dans son rapport au réel et dans l’engagement politique. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce qui rassemblent et différencient ces trois réalisateurs ?

L'exposition s'attache à montrer que les trois réalisateurs ont avant tout chacun leur propre personnalité artistique et leur propre vision du monde. Ils ont produits trois univers très personnels et incomparables. Néanmoins, ce qui les rapproche peut-être, c'est notamment une certaine conscience politique du monde : l'exposition fait ainsi référence aux affinités de Paul Grimault avec le Groupe Octobre, son amitié avec Jacques Prévert, elle évoque également le passé syndical de Takahata et Miyazaki à leurs débuts comme autant de points de départ à leurs engagements respectifs contre le totalitarisme, la guerre ou pour la protection de la nature bien sûr. Mais au-delà, on peut considérer que ces trois auteurs sont proches dans l'intention qui est la leur : leurs films ne proposent pas une fuite de la réalité vers un univers "merveilleux" auquel ils inciteraient à croire. Au contraire, le dessin animé est avec eux un éveil au monde : "le monde est une merveille" selon les mots de Jacques Prévert et l'homme en est responsable. Il s'agit d'un regard engagé et engageant. La beauté du monde s'exprime cependant selon des modalités totalement différentes chez les trois réalisateurs. Peut-être Takahata s'attache-t-il davantage à la valeur du "vivre ensemble" là où Miyazaki sonde prioritairement les rêves d'enfance...

BC : L’exposition semble avoir été pensée pour l’abbaye de Fontevraud. Comment avez-vous conçu la scénographie ?

L'exposition a été mise en scène par François Payet, scénographe, spécialement pour l'abbaye de Fontevraud. Celui-ci a cherché une correspondance entre les espaces de l'abbaye et le propos de l'exposition. Il a ainsi exploré deux dimensions : la verticalité en prolongeant le grand escalier renaissance par un échafaudage qui conduit les visiteurs dans le domaine "aérien" de la charpente du grand dortoir : un espace inédit et assez magique. Ensuite, la scénographie s'étend en profondeur sur près de 1000 m2, dans une succession d'arches qui mènent le visiteur depuis l'atelier de Paul Grimault jusqu'au studio Ghibli, en passant par les coulisses d'un château où l'on découvre les croquis et études réalisés par Takahata, Otsuka et leurs compagnons de Tôei animation, à partir de la projection de "La bergère et le ramoneur", première version du long métrage de Grimault sortie au Japon dans les années 1950.

BC : L’exposition sera visible en 2009 sur le terrain Héloïse à Argenteuil. L’exposition restera-t-elle identique dans sa présentation ? Est-il prévu d’autres villes par la suite ?

L'exposition sera présentée à partir du 12 février à Argenteuil selon une scénographie fidèle à celle de Fontevraud avec quelques aménagements indispensables et surtout des images supplémentaires inédites du dernier film de Miyazaki Hayao : "Ponyo sur la falaise". A partir de juin, l'exposition pourrait être présentée à la demande d'autres villes françaises et ce jusqu'à la fin 2009.

BC : L’exposition a-t-elle rencontré le succès escompté ?

Environ 70 000 personnes ont visité cette exposition, ce qui est un franc succès !

BC : L’abbaye de Fontevraud est un lieu historique très fort où reposent Richard Cœur de Lion et Aliénor d’Aquitaine. Depuis votre arrivée à l’abbaye, le lieu semble également se tourner clairement vers des expositions et des évènements culturels autour de l’animation. Quels sont vos futurs projets concernant l’abbaye ?

L'Abbaye a mis en place un programme d'accueil d'artistes en résidence :elle a notamment accueilli de grands artistes comme Michel Ocelot, Florence Miailhe, Gianluigi Toccafondo. Elle organise également des Grands ateliers d'art graphique, comme celui animé par Takahata en 2007, collabore régulièrement avec le festival de La Rochelle et le Festival Premiers Plans à Angers auquel elle s'associe cette année pour la venue de Jean-François Laguionie (L'Île de Black Mor) et de Christian Volckman (Renaissance). Par ailleurs, elle organise des débats comme celui auquel Marc du Pontavice (Oggy et les cafards) a participé en décembre 2009. De nouvelles expositions sont également en projet pour la fin 2009

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