Festival Nouvelles
Images du Japon 2001
Interview de Xavier Kawa-Topor
Xavier Kawa-Topor a dirigé la programmation dédiée
au jeune public du Forum des Images.. C’est, en grande partie
grâce à lui que le Festival Nouvelles Images du Japon
a vu le jour.
Il a également participé comme directeur artistique à la
production des Contes de l’Horloge magique, un programme de trois
courts métrages de Ladislas Starewitch.
Mr Kawa-Topor a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à quelques
questions sur l’organisation et le rôle du Forum des images,
mais aussi sur sa passion pour le Studio Ghibli et l’animation japonaise.
Le Forum des Images :
Vous avez une formation de médiéviste et d’archéologue.
Comment êtes-vous devenu délégué à l’action éducative
au Forum des Images ? En quoi cela consiste-t-il concrètement ?
Je ne me considère pas comme un spécialiste d’une discipline
particulière mais davantage comme un dilettante mu par la curiosité.
J’ai effectivement fait des études d’histoire médiévale
mais également de sciences économiques et de sciences politiques
tout en me passionnant pour le patrimoine, le théâtre, le cinéma… J’ai
eu la chance, à 25 ans, de prendre la direction du Centre Européen
d’Art et de Civilisation Médiévale à Conques,
site majeur de l’art roman. Là, j’ai pu notamment initier
un festival de cinéma en collaboration avec la Cinémathèque
de Toulouse axé sur la représentation du Moyen Age dans le
7ème art et un pôle expérimental d’éducation
artistique. Ma deuxième chance a été d’être
recruté par Michel Reilhac, alors directeur de la Vidéothèque
de Paris (futur Forum des Images) qui a lui aussi un parcours transdisciplinaire.
Comment est venue l’idée du festival Nouvelles Images
du Japon?
Elle est venue, en 1998, d’une discussion avec Michel Reilhac. Je
souhaitais mettre en place des ateliers de lecture d’image pour les
adolescents en partant, pour une fois, non de la culture cinéphilique établie
mais des pratiques culturelles des jeunes. J’ai présenté à Michel
Reilhac deux idées : le fantastique et l’animation japonaise.
Nous avons choisi la seconde voie. Ensuite, un contact téléphonique
avec Yvan West-Laurence (Animeland), des rencontres opportunes avec Didier
Kiner (cinéma de Fontenay-sous-Bois), Hiroshi Maeda (professeur à l’ENSAD)
et enfin Ilan Nguyen ont donné du corps à ce projet.
La nécessité de faire connaître l’animation japonaise
au public traditionnel du cinéma est apparue comme une priorité et… un
beau challenge. L’évènement est devenu un festival en
décembre 1999, suite au succès surprise de la première édition
Bien que vous ayez quitté récemment le Forum des Images,
savez vous s’il y aura un Festival Nouvelles Images du Japon en 2007,
et si oui, sur quel thème ?
Je quitte effectivement le Forum des Images pour prendre la direction de
l’abbaye royale de Fontevraud – Centre Culturel de Rencontre.
Entre temps, le Forum des Images ferme pour travaux et rouvrira début
2007 avec de nouveaux projets. Il est trop tôt pour savoir sous quelle
forme exacte la programmation de cinéma d’animation trouvera
sa place au Forum des images.
L’aventure Nouvelles Images du Japon 2001
Avez-vous rencontrez des difficultés dans l’élaboration
du projet ?
Oui, bien sûr. Monter un festival est toujours un travail exténuant
mais aussi euphorisant. En 2001, nous avions placé la barre très
haut en projetant une invitation à Hayao Miyazaki et une rétrospective
inédite en France des films du studio Ghibli.
Comment avez-vous obtenu la venue de Miyazaki, pourtant si réticent à apparaître
en public, ainsi que des copies d’œuvres alors encore inédites ?
Il serait trop long d’aborder tous les détails du travail
de persuasion qu’il a fallu mener au Japon comme en France. Je crois
que le facteur de réussite essentiel est la complicité nouée
par le Forum des Images d’une part avec le studio Ghibli et d’autre
part avec BuenaVista International. De part et d’autre, la venue de
Miyazaki à Paris pour le lancement du « Voyage de Chihiro » est
apparue comme indispensable. Le Festival Nouvelles Images du Japon s’est
alors imposé comme le meilleur cadre pour présenter
de façon raisonnée et argumentée l’œuvre
de Miyazaki et de Takahata au public et aux professionnels. La clef de la
réussite a été sans conteste la précieuse connivence
qui existe entre Ilan Nguyen et moi-même.
Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Oui et non. Ilan et moi nous attendions à faire l’évènement.
Mais le Forum des Images, en tant qu’institution, n’était
pas tout à fait préparé à une telle affluence.
Et ce tout à fait légitimement puisque personne, en 2001,
dans le domaine du cinéma, n’avait vraiment conscience de l’aura
de Miyazaki auprès du public jeune.
Est-ce que selon vous, ce festival a joué un rôle dans le
succès du Studio Ghibli en France ?
Oui, sans conteste, le festival a joué son rôle. Il a eu une
répercussion énorme dans la presse et a suscité un
très fort « bouche à oreille » dans
la profession du cinéma et auprès des réseaux de l’enseignement.
Encore aujourd’hui, la réputation du festival est vive. Nous
sommes sollicités, Ilan et moi-même, partout en France et de
part le monde pour des projets autour du studio Ghibli. Il faut également
souligné que la première récompense remise en Occident à Miyazaki
pour l’ensemble de son œuvre a été décernée
en 2001 par le Ministère de la Culture et la Ville de Paris au Forum
des Images.
Vous et Ghibli :
Comment avez-vous connu le Studio Ghibli ?
Le premier film que j’ai vu est « Le Tombeau des Lucioles ». Il
s’est d’emblée imposé à moi comme un chef
d’œuvre. Mais j’ai longtemps été l’otage
de mes émotions et il n’y a que depuis très peu de
temps que je peux voir ce film de façon distanciée. Ensuite « Mon
Voisin Totoro » : une deuxième révélation.
Une jubilation de spectateur. C’est en faisant le lien entre ses deux
films que j’ai pris conscience de l’existence du studio Ghibli
qui était pour moi alors une énigme. Comment un même
studio pouvait-il produire la même année deux films d’une
telle portée ? Ilan Nguyen m’a ensuite guidé dans
la découverte des œuvres du studio et de son histoire. La venue
de Takahata au Forum des Images en 1999 a donné une toute autre dimension
encore à ma perception de Ghibli. La force et la richesse de cette
personnalité ont exercées une influence déterminante
sur ma motivation personnelle à approfondir ma connaissance de l’animation
japonaise.
Etes-vous plutôt Miyazaki ou Takahata ?
Je ne crois pas que les deux personnalités s’opposent. Il
s’agit pour moi de deux créateurs exceptionnels dont les œuvres
respectives me passionnent. Ma sensibilité propre penche plus vers
Takahata, sans doute aussi parce que je connais davantage l’homme
et qu’il trace un sillage dans lequel chacun peu s’inscrire, à la
différence peut être de Miyazaki qui, comme tout « génie » est
inimitable.
Quel est votre Ghibli préféré ?
Aujourd’hui : « Pompoko » pour Takahata et « Porco
Rosso » pour Miyazaki.
Interview réalisée par Ceiba et Xavier le 14/12/2005

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