Fan-fiction
Umi
Ce jour-là, le vent soufflait, tandis que l'aube émergeait à travers
la brume. Elle courait à perdre haleine à travers les champs,
les herbes folles s'agrippant et s'emmêlant dans ses cheveux...
Le vieux de la chaudière le lui avait dit, la brume ne présageait
rien de bon, et les étoiles ne semblaient rien vouloir augurer
d’heureux « Apparition, disparition… la
lumière dans la nuit » avait-il murmuré.
Toutes les créatures de ce coté du tunnel, ne songent sans doute
qu’au travail accompli pensait-elle, sans réellement comprendre
pourquoi. La vieille femme le lui avait pourtant expliqué. Les dieux,
les esprits, le devoir et le travail. Tout semblait si bien s’imbriquer,
si logiquement s’enchaîner, qu’il était difficile de
voir où et comment était né son sentiment de lassitude.
Que la brume
et les étoiles s’opposent au bon déroulement des
choses, c’est heureux, pensa-t-elle.
Il fallait courir vite, et porter le message qu’on lui avait remis.
Cette affaire était de la plus haute importance, et Yubaba tirerait
sans doute d’autres richesses du message qu’elle portait
aux Bains. D’autres
Dieux viendraient, d’autres clients paieraient, d’autres âmes
viendraient se perdre, cherchant du travail, beaucoup resteraient en
espérant
un jour rejoindre la mer, peut-être la ville. Peu réaliseraient
ce rêve.
Perdue entre
sa cadence effrénée et ses pensées, elle ne remarqua
pas l’ombre qui s’étendait sur l’herbe humide.
Elle n’avait
pas entendu les bourrasques remuer les bosquets et les bouquets d’arbres,
ni le murmure de l’eau au loin. Lorsque enfin, elle sentie une
formidable présence elle stoppa sa course et se retourna. Dans
l’aube qui émergeait à peine,
entre la pâleur des étoiles et la brume diffuse, se dressait
un dragon blanc, fier et majestueux. La lumière de la lune encore
vivace et les premières et timides lueurs de l’aube glissaient
sur ses écailles
comme l’eau des rivières sur les rochers. Elle n’eut
pas peur. Elle eu simplement l’impression que les prédictions
du vieux Kamajii, celles de la brume et des étoiles, se réalisaient
avec l’apparition
de cette créature, magnifique et singulière, qui ne brillait
que sous la lumière argentée et dans la nuit la plus sombre.
L’espace
d’un instant, la lune se voila et le reflet des écailles
disparu, laissant place à la pénombre du petit matin. Elle
se frotta les yeux, et lorsqu’elle les rouvrit le dragon avait
disparu. Un jeune garçon
se tenait maintenant devant elle, avec la même contenance sérieuse
et le même regard perçant. « Connais-tu Yubaba,
la vieille des bains ? » lui demanda-t-il. Elle hésita.
Elle était
porteuse d’un message urgent pour Yubaba, et la sorcière
ne lui pardonnerait sûrement pas de divulguer ainsi de précieuses
indications à un étranger,
doté d’étranges pouvoirs de surcroît. Mais
elle se ravisa. La brume qui ne voulait pas se lever, les étoiles
qui ne voulaient pas s’éteindre et le jour qui ne voulait
pas poindre, la prédiction
du vieux Kamajii et l’apparition d’un dragon blanc… peut-être
tous ces signes lui étaient-ils destinés. Peut-être, était-ce
la fin prochaine de cette lassitude, de ce désir de départ
qu’elle
souhaitait si ardemment.
« Que
lui veux-tu ? », répondit-elle sur le même
ton impérieux.
Toisant le jeune dragon, elle songeait à son rôle dans cette
curieuse matinée, il serait peut-être l’instrument
de sa fuite.
« Je
souhaite apprendre l’art et la technique de la magie et de la sorcellerie.
Je sais que Yubaba est une sorcière redoutable, et qu’à la
tête des bains, son pouvoir est grand. Je ne sais comment rentrer
chez moi et puisque je n’ai plus rien à perdre, je souhaite
devenir sorcier.
-Je vais te conduire petit dragon. Mais avec Yubaba, rien
n’est
certain. Il peut être dangereux de vouloir la trouver.
-Je n’ai
pas peur, et je souhaite parler à la Vieille
des Bains. »
Amusée autant qu’intriguée, elle mena le dragon
le long du chemin menant aux Bains. Le sentier était bordé d’un
ruisseau, considérablement grossi par les pluies. Tout en pressant
le pas, elle jetait un œil au reflet du garçon dans l’eau
ridée par la brise. Il lui semblait parfois revoir le si beau
dragon qui lui était apparu. Elle perçu la force de ce
mystérieux personnage et sentait parfois son souffle rauque et
puissant dans l’air humide. Le jour consentait enfin à se
lever, dissipant la brume à travers les premiers rayons du soleil.
Ils arrivèrent
enfin aux Bains. L’imposante construction semblait pareille à une
ancienne montagne, immuable et sans âge. Elle frémit à l’idée
de devenir elle-même une partie immuable des Bains, emmurée pour
toujours dans ses secrets. Il fallait agir vite et finement. Se décider.
Le dragon serait sa monnaie d’échange. Il intéresserait
Yubaba. Elle l’embaucherait aux Bains, en ferait son éminence
grise. Et la laisserait partir. Elle trouverait le moyen. Il fallait sacrifier
le dragon. Etait-ce si terrible puisque lui-même le voulait ?
Yubaba était
occupée avec des rouleaux de parchemins, qui semblaient très
anciens, et très précieux. Lorsqu’elle entra, accompagnée
du dragon, Yubaba leva la tête, en cachant hâtivement les
parchemins derrière elle.
« Qui
est ce garçon et que fait-il ici ? » demanda-t-elle
en plissant les yeux. « Depuis quand te permets-tu d’introduire
ici des étrangers ?
- Yubaba, ce garçon désirait vous voir. Il
possède un don précieux. Il a le pouvoir de se métamorphoser
en dragon. »
Que le jeune garçon ait prévu, ou
non, de révéler
cela à Yubaba n’avait plus d’importance. Le regard
de la vieille femme se mit à briller.
« Vraiment ?
C’est là un don rare. Et que veux-tu de moi jeune dragon ? »
Le garçon se mit à parler. Il raconta comment, depuis
bien longtemps déjà, il errait sans pouvoir se rappeler
d’où il
venait, ni comment y retourner. Il lui dit qu’il voulait se consacrer à la
sorcellerie.
« Fort
bien, dit Yubaba, laisse moi seule un instant avec ma servante, nous
avons à parler,
puis nous verrons ton affaire. ». Une fois le dragon sorti,
Yubaba la regarda avec intérêt. « Il est puissant,
et donc aussi utile que dangereux. Il faudra le contrôler. Et de
manière
sûre. » Plissant les yeux, elle ajouta : « Tu
es maligne. Tu ne l’as pas amené ici par mégarde,
et je suppose que ta prise a un prix. Tu feras avaler au dragon ce sort
sur lequel je travaille depuis des jours. Trouve un moyen, il te fera
confiance. Il est méfiant, je le sens. Mais il t’est redevable.
Une fois cette mission accomplie, je te donnerai ce que tu désires. »
La
liberté était
proche, et fraîche comme le matin qui se levait sur les Bains.
Elle emmena le dragon sur la plus haute terrasse du bâtiment. L’air
si doux les invitait à l’envol. Elle sorti de la poche de
son tablier un gâteau, volé à la hâte dans
les cuisines, qu’elle tendit au garçon. Sans la quitter
des yeux, il le prit, et se tournant vers l’horizon. Elle cru lire
dans son regard une infinie tristesse mêlée à la
plus profonde résolution. Il savait, savait que la moindre bouchée
le lierait sans doute pour toujours à ce monde, aux Bains, au
service maudit de la redoutable Yubaba. Puis brusquement, il mordit à pleines
dents dans le gâteau, qui contenait le sortilège préparé par
la sorcière.
Contre le ciel si bleu, le dragon était si blanc. Il venait de
s’enchaîner à cet endroit, mais elle ne voyait plus
que son apparence si libre. La lumière du jour radieuse irisa
ses écailles, coulant à nouveau le long de cette peau rocailleuse,
comme les millions de reflets du soleil sur la surface de la mer. Eblouie,
elle cru lire un nom sur cette lumière iridescente, qu’elle
prononça, lentement et à voix haute. Hypnotisée,
elle su instantanément que le pacte était scellé,
le dragon emprisonné, et que Yubaba avait rempli sa part du marché.
Plus
tard dans la matinée, elle sentit la chaleur de ce même soleil
sous ses pas. La brise toujours présente, la suivait le long du
quai. Jetant un dernier regard sur les Bains, elle se prit à faire
un voeu pour le dragon, qui l’avait libérée. Lorsqu’elle
monta dans le train, qui l’emmènerait loin d’ici, elle
aperçu le dragon blanc très haut dans le ciel et pressentit
pour lui aussi, l’augure de la brume et des étoiles, qui le
délivrerait à son tour.
Umi

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