accueil studio films mangas galeries download bonus produits

"Le courage de l'esprit"
Chapitre 12 : Une situation délicate

Menu

Une douzaine d'heures plus tard, Chihiro était parée pour le voyage ; elle s'était changée, et s'était munie d'un sac à dos avec des provisions. Elle tremblait encore un peu sur ses jambes, mais elle était sur pied, et contente de l'être. Linca l'aida à s'habiller et s'assura qu'elle avait mangé.

"Bon," dit Chihiro une fois prête, "alors c'est quoi ce sort ?"

"Disons que c'est un sort super-adhésif, et anti-fatigue."

"Un sort comment ?" Chihiro n'avait pas l'air très convaincue.

"Je vais faire en sorte que les paumes de tes mains deviennent collantes quand tu diras 'Poisse', et non-collantes quand tu diras "Dé-poisse'. Comme ça tu ne tomberas pas du train. Je vais également sur-amplifier tes forces, pour que tes muscles tiennent le coup pendant les heures où tu devras rester accrochée au train."

"Bon, d'accord," dit Chihiro, "envoie la magie." Linca posa la paume de sa main aux doigts effilés sur la tête de Chihiro.

"J'en appelle aux puissances de la terre où je réside. Octroyez à cette mortelle le pouvoir que je souhaite lui conférer." Il y eut un éclair et Chihiro vacilla légèrement, mais elle ne ressentit aucune différence. Linca sourit avec jubilation.

"Essaye, maintenant." dit-elle, sur un ton engageant. Chihiro attrapa la main de Linca et dit "Poisse!" Elle essaya de retirer sa main mais n'y arriva pas, comme si les deux membres avaient fusionné. Linca se pencha en arrière, Chihiro fit de même. Sa main était toujours fermement collée.

"Très bien, je suis impressionnée." dit Chihiro. "Dé-poisse!". Aussitôt sa main glissa de celle de Linca. Elle serait carrément tombée sur le dos si Linca ne l'avait pas retenue.

"Surtout, n'oublie pas ces deux ordres. Ce serait gênant si tu restais collée à ce train jusqu'à la fin de la semaine."

Chihiro se mit à rire, mais s'arrêta d'un coup en entendant :

"Mais qu'est-ce qui se passe ici ?" Lin se tenait à la porte, les bras croisés. Elle s'avança à grandes enjambées dans la pièce, le doigt pointé vers Linca.

"J'avais bien dit à Haku qu'il ne fallait pas te faire confiance! Un lutin comme toi n'a pas de bon sens. Chihiro ne devrait même pas avoir quitté son lit." Le doigt se pointa sur Chihiro.

"Et toi, tu as été aux portes de la mort toute la semaine, tu ne devrais pas être déjà debout. Voilà que je te trouve habillée et équipée pour on ne sait quel voyage, et tu ne nous as même pas mis au courant, moi et Kamaji! Apparemment, les humains deviennent stupides avec l'âge!" Chihiro se sentit vraiment coupable. Lin, en la grondant ainsi, avait tout d'une grande soeur.

"Il faut que je parte d'ici, Lin," dit-elle simplement. "Je ne peux pas retourner dans le monde des humains, et je ne le ferai pas." Lin soupira.

"Nous ne voulons pas qu'il t'arrive quelque chose, c'est tout... Tu es une mortelle et tu es si frêle. Alors, c'est elle qui t'a ramenée ici." dit-elle, d'un ton mauvais, à l'intention de Linca. "Tu n'es pas arrivée par hasard ; même si nous sommes contents de te voir, il faudrait que tu repartes."

Chihiro croisa les bras. Maintenant il était temps pour la petite soeur de se défendre, et de mettre le choses au point.

"Lin, je sais que tu prends soin de moi, mais tu ne peux pas savoir ce qui est bien pour moi. Moi, je le sais, et Linca le sait aussi. Elle a vu à quel point les choses allaient mal pour moi, dans le monde des humains. A quel point je me détestais, à quel point je détestais ma vie. Durant la semaine que j'ai passé ici, j'ai peut-être été malade, mais je me suis sentie libre, et j'ai réalisé que ma place était dans ce monde. Je ne suis pas du tout disposée à faire une croix là-dessus! Linca m'a rendu un grand service, elle a agi comme une vraie amie. Pour ce qui est d'être frêle, oui je suis mortelle, oui je peux mourir plus facilement que vous, oui je vais mourir dans une soixantaine d'années, plus ou moins. Mais quand même, je suis forte, je ne suis pas trop bête, et j'ai un sale caractère qui vaut bien le tien, par moments. Je vais faire un petit voyage pas loin, je te promets que je serai tout à fait raisonnable, et que je ne ferai rien de stupide, comme par exemple, me faire tuer." Lin leva les sourcils.

"Et Haku ? Il sera blanc de rage quand il découvrira que tu es partie."

"Linca pensait que je devrais lui laisser un mot ; je ne le ferai pas, parce que tu lui diras toi. Je ne te demande pas de lui mentir pour moi, Lin." Le soulagement fut visible sur le visage de la jeune femme.

"Je préfère ça. On ne peut pas dire que j'étais joyeuse à l'idée des supplices qui m'attendaient," murmura Lin. Chihiro se mit à rire.

"Arrête un peu, Lin! Il n'est pas si méchant..." Lin et Linca échangèrent un regard. Lin grimaça.

"Il est très puissant," dit-elle entre ses dents. Chihiro avait du mal à en croire ses oreilles.

"Ah oui ?" dit-elle avec un large sourire. "Vous n'allez pas me dire que vous avez peur de lui ?" Lin prit un air un peu penaud et murmura :

"Un peu quand même. Tu as vu comment il est devenu, tu as vu la facilité, la désinvolture avec laquelle il manie la magie. Imagine ce qu'il peut faire quand il se concentre."

"Il m'a envoyée dans ton monde, sous une apparence humaine, pour veiller sur toi." dit Linca, "il faut un pouvoir immense pour faire ça!"

"Si tu avais un peu de bon sens, tu n'irais pas contre sa volonté." Lin se tordit les mains.

"Enfin, pour l'amour du ciel! Vous deux, vous en parlez comme s'il était un seigneur des ténèbres, alors qu'il a seulement la capacité de déclencher le chaos."

"Tu devrais quand même te méfier un peu plus de lui." Lin paraissait vraiment inquiète ; Chihiro soupira.

"Je suis la première à reconnaître qu'il a changé, mais son pouvoir ne m'inquiète pas, moi. Je vois toujours en lui le garçon que j'ai connu, et quand je pense à lui, je me dis qu'il est comme une rivière, qui peut causer de grands dommages quand elle est en crue, et peut même tuer. Cependant, pourquoi devrait-on se tracasser de la crue d'une rivière, lorsque le ciel est au beau fixe ?"

"Ooh!" dit Linca sur un ton légèrement moqueur, "ça c'était profond, ma fille!" Chihiro leur sourit à toutes les deux.

"C'est quelqu'un de bien, mais bon, là il se met sur mon chemin. Alors, je pars m'offrir un peu d'aventure, toute seule." Elle serra Lin puis Linca dans ses bras.

"Dites-lui que je suis partie en pleine forme, et que je serai de retour dans une semaine environ." Lin soupira:

"Tu sais, quand il aura entendu ça, il ne va pas rester planté là. Tu l'auras tout de suite sur tes talons."

"Je n'en attends pas moins de lui..." répondit Chihiro, souriant d'un air rêveur.

Elle hissa son sac sur ses épaules, et laissa les deux esprits dans la pièce. En fermant la porte, elle entendit Lin qui volait dans les plumes de Linca

"De toutes les idées stupides à lui mettre dans la tête, celle-là c'était la plus débile! Tu es complètement irresponsable..." Chihiro gloussa, en douce, avant de s'engager dans le couloir.


"C'était de qui, déjà, cette idée ?" se dit Chihiro alors qu'elle attendait debout sur le quai. Deux ombres allaient et venaient silencieusement. Ca lui donnait la chair de poule, même maintenant. Le train approcha, martelant la voie. Lorsqu'il commença à ralentir, Chihiro sauta du quai et courut en sens inverse, le long de la voie. Lorsque le train la croisa, elle se retourna pour le rattraper, et lorsqu'il s'arrêta, elle saisit le disque du tampon et se hissa sur celui-ci. Elle s'installa aussi confortablement que possible avant de poser ses mains sur le tampon et de murmurer "Poisse." Comme elle prononçait ce mot, le train démarra.

"Et c'est parti." marmonna-t-elle. "On verra bien si c'était un coup de génie de Linca, ou alors, une idée complètement idiote." Le train prit de la vitesse et elle sentit une traction dans ses bras, mais elle ne bougea pas. Les vibrations se propageaient dans son corps, jusqu'à sa tête. Elle n'ignorait pas qu'après des heures cela finirait par faire vraiment mal. Elle regarda de côté et vit défiler la prairie, masse verte et floue. Elle frissonna : la journée était fraîche, et le vent produit par le train carrément froid. Lorsqu'elle sentit une goutte tomber sur sa tête, elle regarda le ciel. Des nuages de tempête s'accumulaient et menaçaient d'engouffrer le soleil.

"Merveilleux," pensa-t-elle, "dans à peu près une heure, la situation sera tout-à-fait inconfortable." Elle ne se trompait pas.


Environ trois heures plus tard, elle était sur le point d'abandonner. Elle se sentait toute faible et malade. Cependant, en soi, le voyage ne manquait pas d'intérêt ; très curieusement, certains des lieux où le train s'était arrêté ne semblaient pas exister pleinement dans ce monde-ci. Les quais étaient transparents, ou disparaissaient complètement lorsque la rame les quittait.

La pluie, qui se déversait depuis des heures, avait une teinte brune. Chihiro était trempée jusqu'aux os, et elle avait froid, si froid. Ses mains, collées au tampon, étaient devenues bleuâtres. Elle avait depuis longtemps cessé de frissonner. Elle soupçonna que le sort anti-fatigue de Linca avait cessé de faire son effet.

"D'accord, maintenant c'est officiel," marmonna-t-elle, "cette idée était complètement idiote."


Le train approchait du Fond de l'Etang. Chihiro était maintenant totalement engourdie. Ses pensées avaient nettement ralenti, contrairement au train qui lui ne ralentissait pas... Chihiro réalisa que s'il n'y avait aucun voyageur pour monter ou descendre à cette station, la rame ne s'arrêterait pas. Elle poussa des jurons qui auraient fait rougir Linca, puis murmura : "Dé-poisse," et ses mains se libérèrent, mais après être restées tant d'heures dans la même position, elles semblaient inertes. Non sans peine, elle se força à fermer les deux poings. Puis elle leva les yeux, et sauta.

Le choc avec la voie fut sévère, mais elle roula sur elle-même et se releva sans autre dommage que des bleus et quelques coupures. Elle avait mal partout, et ressentait une faiblesse inattendue qu'elle attribua à la Pâle-Vie. Quoi qu'il en soit, elle était arrivée. Un peu plus loin, elle pouvait distinguer l'horloge du quai, recouverte de mousse. Elle perçut un mouvement.

"Sans-Visage!" Elle appela, et courut en clopinant vers l'esprit sombre et indistinct, au visage masqué. L'esprit tenait quelque chose dans ses bras ; une couverture. Il glissa vers elle et la mit sur ses épaules. Le léger sourire qu'elle crut voir sur le masque, était-il vraiment là, ou était-ce dans son imagination ?

"Ca fait plaisir de te revoir!" s'exclama-t-elle en le serrant dans ses bras ; la sensation était bizarre, c'était comme enlacer un linge humide rempli de gélatine.

"Euh" fit-il en réponse.

"Je suis contente que tu sois resté, tu dois te plaire ici."

"Euh, euh" fit-il sans équivoque, avec deux inclinations de la tête. Il posa une main sur son dos, et la guida sur le chemin.

Après avoir marché une courte distance, elle dit :

"Comment ça se fait que tu puisses me pousser, alors que la pluie te traverse ?"

"Euh, euh, euh, euh." Le son était bizarre, un genre de rire peut-être, façon Sans-Visage. Elle leva les yeux vers le masque ; oui, pas de doute, il souriait. Ils arrivèrent à la petite chaumière. Chihiro ne fut surprise outre mesure en constatant que sa couverture était toujours complètement sèche. Zéniba attendait devant sa porte. Elle était toujours la copie conforme de sa soeur jumelle. Jusqu'à la robe bleue à fanfreluches qu'elles portaient toutes les deux, et à leur façon d'arranger en chignon leurs cheveux blancs. La seule différence, chez Zéniba, était dans la douceur de ses grands yeux en soucoupes, et l'aura de bonté qu'elle dégageait.

"Oh Chihiro!" s'exclama-t-elle d'une voix roucoulante en prenant la jeune fille mouillée dans ses bras. "Oh ma pauvre petite, entre vite." Elle la fit s'asseoir sur une chaise confortable, devant la table. Chihiro se mit à grelotter.

"Qu'aimerais-tu boire ? Après avoir bu bien chaud, tu iras tout droit au lit. Nous parlerons demain matin. Alors que désires-tu, hein ? Du thé ? Ou peut-être quelque chose de plus fort, maintenant que tu es une grande fille ?" En frissonnant, Chihiro se sourit à elle-même.

"Vous n'auriez pas du café, Grand-mère ?"

Menu

© Buta Connection