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"Le courage de l'esprit"
Chapitre 16 : Suspendue dans le vide

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Chihiro prêta son concours à la décoration. Comme contremaître, Lin était loin d'être commode ! Chihiro se surprit à riposter sèchement à ses ordres cinglants ; mais chaque fois qu'elle se rebiffait, Lin se contentait de sourire. Au bout d'environ une heure, Lin mit fin à son travail.

« Tu es encore convalescente, ménage-toi.

- Je vais bien, répondit-elle du haut de l'échelle. Elle voulait finir d'accrocher les lanternes.

- Descends ! Ou je vais chercher Haku pour qu'il te décroche et te donne la fessée. Chihiro rit.

- Pour ça, faudra d'abord qu'il m'attrape ! Elle descendit toutefois de l'échelle.

- Qui sait ? Ça m'aurait peut-être plu, dit-elle en pouffant. Lin eut un sourire pincé.

- Va jouer maintenant, j'ai du travail.

- Mais je suis sensée faire quoi, au juste ? dit-elle plaintivement.

- Tu n'as qu'à visiter. Cette maison est immense, même moi je n'en connais pas tous les recoins. »

Chihiro s'éloigna en soupirant.

Elle se retrouva bientôt toute excitée : elle avait toute la maison de bains pour elle et plein de pièces à explorer. Elle se dirigea vers la partie supérieure de la vieille aile ouest ; il s'agissait d'un endroit désaffecté où très peu de gens venaient encore. C'était la zone idéale pour son humeur aventureuse. Toutefois, à sa grande contrariété, la plupart des pièces s'avérèrent soit fermées à clé, soit vides. Elle découvrit des salles délabrées, au sol recouvert d'une épaisse couche de poussière, et trouva nombre de vieux coffres moisis où gisaient quelques vêtements et linges gâtés. Après une heure d'errance sans but, Chihiro commença à s'ennuyer. Elle était sur le point de faire demi-tour. C'est alors qu'elle tomba en arrêt devant une porte de bois blanc à laquelle elle n'avait pas prêté attention en parcourant les mornes corridors de l'étage. Elle l'ouvrit.

La salle était blanche, d'un blanc éblouissant. Même les lattes du plancher étaient peintes en blanc. Son regard fut immédiatement attiré par le seul point de couleur de la pièce. Au milieu du sol, reposant en croix l'un sur l'autre, se trouvaient deux piques à cheveux, noirs laqués. Ils étaient annelés d'une fine bande dorée située à environ un pouce de leur extrémité la plus épaisse, et sur cette bande, des roses rouges étaient peintes. Chihiro s'approcha des piques et les saisit délicatement, avec précaution. Ils étaient magnifiques ; les roses semblaient si réelles qu'elle pouvait presque en sentir le parfum.

« Non ! couina subitement la petite voix dans sa tête. N'y touche pas, ils sont... »

La voix se tut ; Chihiro fronça les sourcils : cette voix, qu'elle avait toujours prise pour une simple émanation de son esprit un peu malade, semblait à présent ne pas lui appartenir. Il faudrait qu'elle en parle à Kamaji ou à Haku.

La pièce était ensorcelée, elle le savait maintenant. Elle le sentait, de manière certaine, même si elle ne pouvait rien voir. Une sensation de froid la faisait frissonner. Il y avait aussi cette fragrance dans l'air, presque métallique. Les piques à cheveux étaient ensorcelés, eux aussi ; ils tintaient dans ses doigts, et leur poids était devenu anormal. Elle les examina de plus près. Il y avait une jointure nette au milieu de la bande dorée, sur chacun d'eux. Elle glissa une des piques dans sa ceinture, puis tira l’autre des deux bouts, en sens opposés. Une fine lame cruellement effilée jaillit de la partie inférieure du pique ; la partie supérieure servait de poignée.

« Les épines de la rose. » dit une voix féminine, profonde et gutturale.

Saisie d'appréhension, Chihiro hésita à se retourner. La magie craquelait dans l'air, sauvage et indomptée, semblable à de l'électricité statique mais bien plus impressionnante. Lorsqu’elle se retourna enfin, elle ne vit que les murs blancs.

« Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.

- Personne et tout le monde, dit la voix.

- Ce n'est pas une réponse. Chihiro détestait les énigmes.

- Si tu veux de meilleures réponses, pose de meilleures questions. La voix rit, et ce rire emplit Chihiro d’un étrange sentiment fait de terreur et d’euphorie .

- D'accord, dit-elle, raffermissant sa voix ; pourquoi m'avoir donné ça ?

- Tu en auras besoin ; le dragon a raison, tu es incapable de te défendre. Demande-lui de t'en donner les moyens. Tes piques te protégeront quand tu en auras le plus besoin. Ils peuvent blesser les mortels tout autant que les esprits.

- Merci, dit-elle avec raideur, acceptant ainsi ce présent qui, à vrai dire, était magnifique. Elle remit la lame dans son fourreau, et le pique rejoignit son jumeau, dans sa ceinture.

- Je les ai fabriqués spécialement pour toi, ma fille. Le Transcendant a besoin de protection. Ton dragon le sait, même s'il en ignore la raison. Son instinct semble être plus vif que jamais.
Chihiro tenta d'assimiler ces paroles ; il lui semblait que sa tête lui tournait.

- Je ne suis pas sûre... que dois-je faire ? Pourquoi suis-je revenue ? Est-ce que c'est seulement une coïncidence, ou y a-t-il une raison à cela ?

- De la philosophie maintenant ! Bah ! Tu veux savoir si nous ne sommes qu'un accident cosmique ? Vaine spéculation, perte de temps ! Contente-toi d'être toi-même et tout ira bien.

- Pourquoi m'appelez-vous « ma fille » et « le Transcendant » ?

- C'est ce que tu es ; tu appartiens à deux mondes, tu transcendes l'un et l'autre. Et tu es ma fille car tu appartiens à la nature, malgré les efforts de tes semblables pour t'en éloigner.

Cela fut dit sur un ton légèrement amusé. Avec plus de gravité, la voix reprit :

- J'ai deux messages à te confier. Chihiro inclina la tête. Tout d'abord, dis au dragon qu'il a une nouvelle mission : il doit t'apprendre à te défendre. Ensuite, dis à cette sorcière qui vit dans les marais d'arrêter d'interférer dans mes affaires. Elle va me compliquer la tâche si elle continue.

- Interférer dans vos affaires ? Zéniba ne se mêle pas des affaires des autres !

- Parle-lui du talisman que tu as pris en toute confiance. C'est plus calme sans la voix, n'est-ce pas ?

- La voix ? C'était moi, c'était juste une voix dans ma tête, comme vous. La voix de femme rit de nouveau.

- Non ma fille, je suis réelle. J'ai juste choisi de ne pas me montrer à toi pour l'instant. Riant toujours, elle ajouta : lui, il te cherche en ce moment, il sent la magie, ainsi que ta présence en ces lieux. Transmets-lui mon message, et parle à la sorcière quand tu la verras. La voix prit un ton plus affectueux.

- Tu as traversé des moments difficiles en venant ici, et les choses ne seront pas faciles maintenant que tu es revenue. Aies confiance en toi et en tes amis, et tu ne t’éloigneras pas de ton but. »

Chihiro sentit s'éloigner cet être dont la présence l'avait comme remplie. Un tel sentiment de tristesse et de vide l'envahit qu'elle en pleura presque. Soudain, la porte blanche s'ouvrit avec un bruit sec. Avant même de le voir, elle sut que c'était lui.

« C'est sa magie, pensa-t-elle, c'est curieux comme elle me paraît familière maintenant. Elle laisse comme un parfum dans l'air, un peu plus léger et plus doux que celui de la plupart des autres esprits. »

Il s'avança lentement et prudemment dans la pièce, un pas après l'autre. Il avait son poignard dans la main, la lame pointant vers le bas, prêt à servir. Répartissant son poids comme s'il pensait que le sol ne pourrait pas le supporter, il ne s'était avancé que de quelques pas, et semblait ne pas vouloir aller plus loin.

« Chihiro, dit-il d'une voix très nette et très calme. Marche doucement vers moi, ne cours pas, ne fais que marcher.

- Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi as-tu si peur ? Les yeux verts auraient pu la plaquer au sol par leur intensité. L’effroi s'y lisait clairement.

- Contente-toi de faire ce que je te dis, ordonna-t-il, sur le ton d'un professionnel à l'oeuvre. Elle haussa les épaules et se dirigea vers lui.

- D'accord, mais je ne vois pas... Il lui saisit les mains et la tira brusquement à travers la porte. Surprise, elle poussa un cri bref. Lorsque elle se retrouva dans le couloir, il ne la lâcha pas, mais l'entoura de son bras et l'attira à lui. Puis il lui caressa la joue et lissa ses cheveux. Il respirait de façon rapide et saccadée, comme s'il avait couru une longue distance. Ses yeux étaient dilatés par une vive émotion.

- Haku, murmura-t-elle, qu'est-ce qui ne va pas ? Il secoua la tête, incapable de parler. Elle lança un regard, par-dessus de son épaule, vers la porte ouverte. Au-delà de celle-ci, il n'y avait plus rien, juste le ciel. Elle avait dû donner sur un balcon, car des restes de balustrade rouillée saillaient toujours du mur, mais le sol était tombé depuis longtemps dans un précipice vertigineux, profond d'une trentaine de mètres.

- Mais il y avait une pièce, j'y ai marché, une femme me parlait ! Haku déglutit et retrouva finalement sa voix.

- Chihiro, tu marchais dans les airs. Linca t'a vue comme ça. Quand je suis entré, c'était encore le cas, tu n'avais rien sous tes pieds, le vide. Il reprenait peu à peu son calme. En revanche, il ne voulait toujours pas la lâcher. Chihiro décida de s'en accommoder, car maintenant, elle ne tenait plus tellement sur ses jambes.

- Elle avait un message pour toi, dit-elle timidement à Haku, elle disait que je devais apprendre à me défendre. Les yeux de Haku se durcirent.

- C'était une leçon, pour me montrer à quel point il est facile de te berner. Les humains ne savent pas discerner les illusions. Il serra les poings. Elle, blottie contre lui, sentit alors se tendre les muscles de ses bras et de son torse. Brusquement, il s'écarta d'elle et cria vers le ciel :

- Plutôt cruel, comme leçon ! Puis il soupira, et posa à nouveau son regard sur elle.

- Un instant, j'ai cru que c'était Yubaba qui s'était abaissée à... Mais non, elle n'oserait pas faire ça, je le sais. Il semblait vraiment secoué. Elle se rapprocha de lui et posa une main sur son bras ; la tension qu'elle y ressentit la troubla un peu.

- Haku, je te demande pardon, je ne t'apporte que des ennuis. Je me rends compte que je suis un fardeau pour toi. Il posa sa main sur la sienne, ses yeux brûlaient d'un feu vert.

- Tu n'es pas un fardeau pour moi, ne dis pas de bêtises, répliqua-t-il d'un ton brusque. Je remercie chaque jour les anciens d'avoir permis ton retour. C'est juste que tu es si naïve, si confiante. Et moi, je ne peux pas te surveiller tout le temps...

- Haku, l'interrompit-elle doucement. Ne dis pas ça... Tu n'es pas responsable de moi...

- Mais si, je le suis ! Protesta-t-il. Je t'ai sauvé la vie autrefois, et parce que j'ai fait cela, je suis devenu responsable de toi. »

Chihiro soupira : de toute évidence, elle ne réussirait pas le convaincre, mais elle ne pouvait l'abandonner à son désarroi, dont le spectacle la peinait. Elle changea de tactique.

« Puisque c'est comme ça, eh bien apprends-moi à me défendre toute seule ! » A ces mots, elle saisit le poignard que Haku portait à la ceinture, le dégaina, et le tint dans sa paume. « Je n'ai aucune idée de la manière dont ça s'utilise, mais en gros je sais que le bout pointu entre dans l'autre personne. » Voyant qu'elle était parvenue à lui arracher un léger sourire, elle poursuivit : « Apprends-moi et tu n'auras plus à me surveiller autant. D'ailleurs, je me passerais très bien d'être surveillée, en fait, ou alors juste un tout petit peu. »

Il sourit alors franchement et récupéra le poignard, puis le replaça dans sa ceinture, d'un geste dont l'aisance révélait un certain entraînement.

« T'apprendre à te battre faisait partie de mes projets. Je voyais ça pour plus tard, mais puisqu'on m'en donne l'ordre, nous commencerons demain. Ainsi, tu en sauras déjà un peu avant de retourner dans le monde des humains. Nous pourrons continuer à ton retour. »

Chihiro inclina la tête.

« Alors là, très bonne idée, je serai ravie d'apprendre quelques trucs avant de repartir dans ce monde que je ne porte pas dans mon coeur. » Rien que d'y penser, elle était épouvantée.

« Chihiro, dit-il doucement, regarde-moi. Elle le regarda et, soudain, plus rien n'eut d'importance pour elle, hormis l'expression de ces yeux magnifiques.

- Je ne te le dirai qu'une seule et unique fois : si tu as besoin de moi, je viendrai te chercher. Que tu sois dans ce monde ou dans l'autre, je viendrai te chercher. L'émotion coupa le souffle à Chihiro.

- Promis ? Sa voix n'était plus qu'un chuchotement.

- Je te le promets, répondit-il.

L'instant d'après, elle était dans ses bras. Il la serra fort contre lui, tandis qu'elle se calait sous son menton, sa tête reposant sur son torse.

- Crois-moi, je ne veux pas que tu partes mais c'est la meilleure chose à faire.
Elle fit oui de la tête, sans se décoller de son torse, et le laissa la tenir ainsi un moment, avant de se dégager tout doucement.

- Je te crois, dit-elle d'une voix qui tremblait un peu. Son parfum l'embaumait encore ; elle sentait vaciller ses genoux. Inspirant profondément, elle tenta désespérément de reprendre ses esprits.

- Ce que tu m'as promis, je te le promets aussi : je sortirais même de ma propre tombe si tu avais besoin de moi. Il sourit, et tout inquiétude disparut de son visage.

- Ca, tu en serais bien capable, dit-il.

- T'chi ?

Se retournant, Chihiro vit Linca, qui poussa un soupir de soulagement, puis se mit tout de suite à hurler :

« Espèce d'idiote, tu es vraiment complètement folle ! J'ai failli m'évanouir de peur en te voyant marcher dans le vide. Dis-moi, où as-tu appris à voler ? Parce que tu n'avais pas l'air d'avoir peur de tomber.

- Linca, dit Chihiro en levant les mains, c'était une illusion, je ne voyais pas l'abîme sous mes pieds.

- Maintenant je comprends Haku ! Tu ferais mieux de rentrer chez toi ! Comme un enfant apeuré, Linca se ceignit de ses bras. Ses lèvres bleues tremblaient.

- Oh Linca ! s'écria Chihiro, avant de prendre son amie dans ses bras. Je ne voulais pas t'effrayer. Je viens juste de m'excuser auprès de Haku. Elle regarda par-dessus son épaule mais il était parti. Elle soupira. Linca poussa quelques sanglots, renifla, mais retrouva très vite son état normal.

- Ne me fais plus jamais ça T'chi. Je n'ai jamais eu de soeur avant toi, je ne veux pas te perdre maintenant.

- De soeur ? Chihiro en fut déconcertée. Linca se tordit nerveusement les mains.

- Eh bien, étant donné que tu vas être liée à ce monde, je pensais que peut-être... Ben... Tu sais, je pourrais être ta soeur... Tu sais, quand ce sera terminé. Ainsi, tu pourrais avoir une famille ici comme dans le monde humain. Emue, Chihiro répondit en bégayant :

- Je... J'en serai très honorée. Linca se mit à sautiller sur la pointe des pieds.

- C'est merveilleux ! dit-elle, battant des mains. Et maintenant, veux-tu un conseil de soeur ?

- Cela dépend du conseil, dit Chihiro.

- Roule une pelle à ce dragon, vas-y quoi, mets fin à ses souffrances !

- Mais enfin Linca, tu délires ou quoi ?

- Il meurt d'envie de t'embrasser, je peux voir ça dans ses yeux. Ah, mais je parie que tu le vois juste comme un ami. Tu n'as vraiment aucune confiance en toi ! Est-ce qu'il t'est déjà arrivé de penser que tu pouvais l'intéresser ? C'était pareil à l'université ! Les hommes étaient à tes pieds et tu ne t'en rendais même pas compte.

- La ferme Linca ! répondit en riant Chihiro. Tu dis vraiment des bêtises, et cette fois tu n'es même pas saoule.

- Sérieusement, quand tu reviendras, il tentera quelque chose, note bien ce que je te dis.

- Arrête de me taquiner... »


Haku regarda les deux femmes s'éloigner vers l'ascenseur ; leurs voix devinrent indistinctes. Cette femme-esprit ne manquait pas de finesse... ou bien était-ce lui ? Avait-il donc été si transparent ? Depuis qu'elle lui avait ramené Chihiro, il était dans un état d'agitation extrême. Chihiro était devenue si belle, plus belle encore dans la réalité que dans les fantasmes de son imagination ; et c'était une beauté d'un autre monde, celle d'un être éphémère, une humaine. Une humaine têtue, opiniâtre, mais fragile. Son histoire, il ne l'avait pas encore entendue. Il avait décidé d'attendre, sans rien demander, qu'elle soit prête à la lui raconter. Cependant, il avait deviné qu'elle avait été malheureuse. Maintenant, elle semblait être redevenue elle-même et il n'avait pas l'intention de lui compliquer les choses. Néanmoins, au cours de ces derniers jours, il avait inventé des raisons pour la voir, et envisagé tous les prétextes possibles pour pouvoir la toucher. Comme celui qu'il avait trouvé la veille, lorsqu'il avait fait mine de ramener une mèche de cheveux derrière son oreille ; il avait pu, ainsi, laisser courir ses doigts le long de sa joue, dont la peau était d'une douceur extrême.

La nuit, ses rêves le tourmentaient encore, mais les visions de Chihiro pleurant dans le noir avaient cédé la place à d'autres évocations, et la torture qu'il subissait était d'un genre tout différent. Il avait fait un rêve où il la voyait d'abord assise dans son bureau, penchée sur un livre. Lorsqu'elle l'avait vu entrer, elle s'était levée et l'avait gratifié d'un baiser ; après quoi... elle lui avait raconté toute sa journée par le menu. Lui, tout ce qu'il voulait, c'était la prendre dans ses bras, mais il l'avait quand même écoutée raconter sans fin sa journée. Dans un autre rêve, il l'avait trouvée endormie sur cette même chaise dans son bureau, et il l'avait soulevée dans ses bras et portée jusqu'au lit. Il y en avait beaucoup d'autres ; certains montraient les charmes délicats de la vie domestique, d'autres montraient d'autres charmes, auxquels il était inconvenant même de penser - mais il y pensait néanmoins. Il se mit à humer l'air encore empreint du parfum de Chihiro et en savoura la fragrance persistante.

« Je suis vraiment nul, » se dit-il en soupirant, seul parmi les ombres du corridor.

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