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"Le courage de l'esprit"
Chapitre 40 : On n'est jamais mieux que
chez soi - bis

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Linca l'attendait de pied ferme dans l'ascenseur, qu'elle avait bloqué à l'étage de Haku. Chihiro fut pour ainsi dire broyée dans ses bras, puis traînée jusqu'à sa chambre où Lin faisait les cent pas.

« Nous exigeons de tout savoir ! Sous peine d'être chatouillée pendant des heures ! » cria Linca. Chihiro posa un regard attendri sur sa sœur ; elle avait vraiment un charme, cette femme-esprit, avec ses yeux blancs si étranges. Son visage avait pris une teinte bleue intense, et elle paraissait très agitée ; Lin, de son côté, fronçait les sourcils et pinçait ses lèvres généreuses ; au fond de ses doux yeux marron, il y avait un mélange presque comique d'irritation et d'inquiétude.

« Ha ! ha ! Vous me faites bien rire, répliqua Chihiro, sardonique. Inutile de tenter de m'intimider. Sa Majesté, là-haut, vient d'essayer, et lui, c'est un expert, comparé à vous ; alors vos petites menaces, elles me font rigoler. De plus, vous n'oserez rien me faire, maintenant que je suis sous la protection personnelle d'un dragon. » Lin fronça les sourcils de plus belle et Linca ouvrit de grands yeux. Les deux femmes-esprits échangèrent un regard.

« Ca veut dire... Ca veut dire ce que je pense ? » bégaya Linca. Chihiro soupira. La nouvelle ne tarderait pas à faire le tour de la maison de bains... mais quelle importance, maintenant ? De toute façon, Haku ne garderait pas la chose secrète ; au contraire, il s'empresserait de parader, sa conquête au bras, dans tout le bâtiment — si elle le laissait faire.

« Il m'a demandé de lui laisser une chance, et il a été très persuasif, alors j'ai finalement accepté. »

Linca en eut le souffle coupé ; l'instant d'après, elle se mit à sautiller sur ses orteils, et battit des mains ; d'une voix suraiguë, elle couina :

« ENFIN ! J'ai enfin réussi à te trouver un amant !

— Eh, elle a dit qu'elle allait lui donner une chance, pas qu'elle allait lui sauter dessus », coupa Lin, l'air plus inquiet que jamais. Elle balaya une mèche folle de son visage mince et très beau. La grâce insouciante qu'elle mit dans ce geste frappa Chihiro. Lin avait dû être quelqu'un d'important, à un moment de son existence ; elle était grande, sculpturale, et sa beauté avait quelque chose de sévère. Chihiro l'imagina vêtue d'habits somptueux, dans une pièce richement décorée. Le tableau lui parut vraisemblable. Ce kimono de travail qu'elle portait avait quelque chose d'incongru... Chihiro cligna des yeux pour revenir à la réalité et rattrapa le fil de la conversation, qui maintenant tournait presque à la dispute.

« Non franchement ! criait Linca. Tu crois vraiment que le beau dragon ne la veut pas dans son lit ? Moi je te dis que ça ne prendra pas deux semaines. Notre sœur est superbe, et il n'a tout simplement pas la volonté pour résister à ses charmes.

— Si tu as raison, ce dont je doute sérieusement... il serait peut-être prudent d'aller lui parler, au dragon.

— Ohé ! cria Chihiro en agitant les mains. L'humaine est toujours là ! » Irritée, et un peu peinée, elle leur lança un regard furieux. « Lin, laisse Haku tranquille. Il n'apprécierait pas que tu ailles lui parler de ces choses, et moi non plus. Je suis une grande fille, et je t'assure qu'il ne fera rien d'inconvenant. Linca, laisse un peu tomber l'opération Jambes-En-l'Air que tu mènes pour moi. C'est très gentil de ta part, et je sais que tu veux seulement que je sois heureuse ; mais ta mission est déjà accomplie. Je n'ai besoin d'aide dans aucun domaine de ma vie, surtout ma vie amoureuse. » Lin grommela et Linca fit la moue. Chihiro se sentit soudain à bout de patience. Elle était fatiguée et avait envie d'être seule ; la quiétude de la maison souterraine de Haku lui manquait. Avec une brusquerie involontaire, elle cria presque : « Bon, maintenant, je suggère que vous deux, vous retourniez à vos occupations. »

Lin parut vexée, mais Linca reconnut les symptômes d'un épuisement émotionnel total.

« Alors là, ça c'est pas mal ! fit-elle avec un petit rire sarcastique. Et dire que pour son bien nous venons de puiser dans sa réserve de chocolat ! » Elle lança une grosse tablette à Chihiro et en tendit une autre à Lin dont le visage s'égaya instantanément.

« Je vous ai déjà dit d'arrêter de me voler mon chocolat, grommela Chihiro.

— Nous n'avons fait qu'anticiper ton besoin ; vois-tu, nous avons décidé te donner un cours d'éducation spirito-sexuelle, et nous avons estimé que cela impliquait une importante consommation de chocolat. » Chihiro se mit à rire, et sa fatigue persistante parut s'estomper un peu. Elle déballa le chocolat.

« Dans ce cas, je crois que je vais avoir besoin de mon pudding aussi », dit-elle. Linca tira une couverture du lit, s'empara de quelques oreillers, et les trois sœurs s'étalèrent pour bavarder.



« Laissez-moi remettre un peu d'ordre dans tout ça », dit Chihiro après avoir écouté ses sœurs pendant un bon moment. « Donc, les femmes-esprits liées ne deviennent enceintes que si elles le souhaitent, et elles n'ont pas besoin d'avoir des rapports pour être enceintes. » Les esprits firent un signe de tête affirmatif. « Les femmes-esprits non liées, comme vous deux, ne sont fertiles qu'un printemps sur deux, et doivent avoir des rapports pour être enceintes. » Nouveau signe de tête affirmatif. « Mais vous ne devenez enceintes que si vous le voulez ; à moins que quelqu'un ne vous jette un sort de fertilité.

— C'est une des pires vacheries qu'on puisse nous faire, mais ça arrive parfois, marmonna Linca.

— C'est un peu comme un viol, commenta Lin posément. Et c'est traité comme tel. Les Maîtres de Justice du peuple des ombres peuvent infliger des châtiments terribles à ceux qui perpètrent ce crime.

— Bien, dit Chihiro pour s'écarter de ce sujet déplaisant qui affectait visiblement Lin, les esprits masculins liés sont fertiles tout le temps, comme les hommes mortels ; mais de même que les femmes-esprits, ils contrôlent leur fertilité, sauf un printemps sur deux. » Chihiro réfléchit un instant, les sourcils froncés. « Dites donc, j'ai comme l'impression qu'un printemps sur deux, vous devez vous taper une assez belle orgie par ici...

— C'est nécessaire, dit Lin. La plupart des esprits sont tellement égocentriques et insensibles qu'ils ne se reproduiraient pas du tout, sans cette pulsion instinctive régulière. Les femmes-esprits non liées doivent souvent se résigner à de longues périodes d'abstinence, surtout si elles ne vivent pas en couple.

— C'est un peu comme passer des vacances toute seule, dit Linca. Au début, on s'ennuie et on se sent seule, mais on s'y fait au bout de trois mois. » Avec un sourire, elle ajouta : « Mais on n'est obligées de se résigner, en fait. Une chose qui est sûre et garantie, c'est que les mâles se sentent un peu seuls quand ils n'ont pas de femelle, exactement comme nous dans l'autre sens. On peut ramasser un tas de mâles solitaires si on veut, et ils sont tellement reconnaissants que c'en est presque écœurant... » Lin roula les yeux.

« Linca, tu parles d'une chose sacrée. Le moment de l'acte sexuel est celui où l'on contemple le sens de son existence.

— Ouais, eh bien, pour moi c'est surtout le moment où je m'envoie en l'air. C'est censé être un plaisir et un jeu. Les gens qui pensent le contraire sont complètement coincés. » Chihiro sourit et décida de venir au secours de Lin.

« Bon, si vous voulez bien me laisser finir... » Les deux esprits se tournèrent vers elle. « Quand vous tombez enceintes, ou plutôt, quand le moment favorable de l'année est arrivé et que vous souhaitez être enceintes... » L'effort de concentration la fit grimacer. « Vous portez en vous l'essence de l'enfant, mais vous ne le portez pas physiquement comme les humains. Quand l'enfant est prêt, vous le sentez et vous lui donnez naissance par un genre de sort de téléportation. Lorsqu'il parvient à ce stade d'existence, l'enfant prend forme avec l'aide de ses parents, ou de son unique parent.

— By Jove ! Elle a compris ! » s'exclama Linca avec son meilleur accent anglais. Chihiro fit la moue.

« Et vous dites que mon système reproducteur est bizarre ! Le vôtre est tellement compliqué qu'on s'y retrouve à peine. C'est étonnant que vous arriviez tant soit peu à vous reproduire.

— Nous n'avons pas besoin de faire beaucoup d'enfants, précisa Lin, nous sommes immortels et donc nous n'avons pas besoin de remplacer nos générations constamment, comme le font les humains. Quelques-uns d'entre nous meurent par l'action humaine, ou tués par d'autres esprits, ou simplement parce qu'ils sont fatigués de vivre. » Chihiro inclina la tête, tentant d'assimiler tout cela.

« Je crois qu'il va falloir que je fasse attention. Je suis humaine, et moi, je ne peux pas tout simplement me désactiver la matrice.

— Toute personne disposant d'un certain pouvoir pourra t'arranger ça, dit Linca. Zéniba par exemple pourra te rendre stérile en attendant que tu sois prête à engendrer. Un peu comme si tu prenais la pilule, minauda-t-elle.

— C'est quoi la pilule ? » demanda Lin. Linca se mit à rire, tandis que Chihiro s'éclaircissait la gorge.

« Eh bien, dit Chihiro, c'est une affaire d'hormones.

— De quoi ? D'hormones ? C'est la première fois que tu en parles, fit Lin, perplexe.

— Je vais me chercher du chocolat, dit Linca. Ca pourrait prendre un moment. »


Deux semaines passèrent. Yubaba ne revint pas, et personne ne parut s'en soucier. Dans la maison de bains, tout allait comme sur des roulettes. Les journées de Chihiro consistaient en grasses matinées suivies de petits coups de main à Lin, Linca et Kamaji. Elle s'était mise, également, à déchiffrer les comptes de Yubaba, dont la lisibilité n'avait rien à envier aux langages les plus exotiques. Manifestement, Yubaba n'avait aucune notion des mathématiques même les plus élémentaires.

Elle passa, aussi, un certain temps avec Haku.

En sa présence, elle se sentait toujours assez nerveuse. Ses pensées devenaient confuses, elle n'arrivait presque plus à réfléchir. Il l'avait encore embrassée plusieurs fois, tout à fait convenablement d'ailleurs, mais chaque fois elle s'était sentie maladroite et peu sûre d'elle. Il s'était pourtant montré un parfait gentleman et n'avait jamais dépassé la mesure. Quand elle se bloquait, il lui caressait les cheveux et lui murmurait des paroles tendres. Il semblait avoir une patience infinie à son égard ; petit à petit, elle apprenait à lui faire confiance, et à se faire confiance. Depuis peu, il lui dérobait des baisers, et elle ressentait de petits frissons de surprise plutôt agréables.

Après beaucoup d'hésitations, elle avait finalement décidé d'écrire une lettre à ses parents.

Elle s'assit au petit bureau de sa chambre, le dos à la fenêtre du balcon, laissant les rayons du soleil lui réchauffer le dos.

Par quoi commencer ? se dit-elle.

« Chère Maman et Cher Papa,

Je suis très heureuse dans le monde des esprits, vous me manquez.

Je vous embrasse,

Chihiro

PS : Je suis désolée d'avoir poignardé cet homme à l'hôpital. Au fait, je vis avec un puissant esprit de rivière qui chamboule complètement ma vie. »

Elle rit, puis soupira et prit un stylo.

Chère Maman et Cher Papa,

Vous ne me croirez probablement pas, mais je me trouve dans le monde des esprits. Je m'excuse si je vous ai causé du souci ou des ennuis. Je suis heureuse et en bonne santé. N'oubliez pas que vous pouvez venir me voir si vous le souhaitez.

Il y a quelqu'un que j'aimerais vous présenter.

Je vous enverrai une autre lettre dans un mois.

Je vous embrasse,

Chihiro

« Petite mais gentille, ta lettre », murmura à son oreille une voix grave et mâle, qui la fit sursauter. « Un peu comme toi, en fait. » Elle tourna la tête ; ainsi, une fois de plus, il venait de s'approcher en douce et de la surprendre. Avant qu'elle ait pu protester, il posa sa bouche à l'endroit où la nuque de la jeune femme rejoignait son épaule.

« Je sais que tu n'aimes pas qu'on arrive subrepticement dans ton dos, mais je ne peux pas m'en empêcher, tu comprends, c'est tellement facile », dit-il, le visage contre son cou. Il se mit à promener ses lèvres jusqu'à sa gorge, la faisant frissonner. Il s'arrêta pour jeter un coup d'œil à la lettre, et sourit.

« Alors comme ça tu veux me présenter à tes parents ? On dirait que l'affaire devient sérieuse », dit-il ; elle répliqua par un coup de coude à l'estomac. Décidément, il y avait une chose qui ne changeait pas : il passait toujours son temps à la taquiner.

Elle plia la lettre, la mit dans une enveloppe, et inscrivit l'adresse — non sans mal ; écrire n'est pas chose aisée lorsqu'un dragon vous mordille le cou. Elle lui fourra la lettre dans les mains.

« Maintenant arrête ! Tiens ta promesse, envoie cette lettre. » Il poussa un grand soupir théâtral, et se leva. Après avoir posé l'enveloppe sur la paume de sa main, il la fixa, les yeux plissés. Elle se décolora progressivement jusqu'à devenir transparente, et disparut complètement. Haku se mit à haleter puis il tituba. Horrifiée, Chihiro se précipita à son côté.

« Haku ! s'écria-t-elle. Qu'est-ce qui ne va pas ? » Elle approcha une chaise et l'aida à s'asseoir.

« Oh rien », dit-il d'un air las, en se laissant tomber sur la chaise. « Juste un peu vidé. J'oublie, chaque fois, ce qu'il faut dépenser comme énergie, pour affecter l'ordre des choses dans un monde où la magie, telle que nous la concevons, n'existe pas. » Il ferma les yeux. Elle se redressa, posa ses mains sur ses hanches et le regarda sévèrement.

« Tu devrais faire plus attention ! Je ne veux plus que tu t'épuises à cause de moi, tu l'as déjà fait trop souvent. Je n'écrirai plus de lettres. » Il ouvrit l'un de ses yeux verts et la regarda.

« Ne dis pas de bêtises, marmonna-t-il. Tu dois garder un contact avec tes parents ; si tu n'écris pas, je le ferai. » Il tendit son bras vers elle et dit, changeant de ton : « Allez, arrête de me regarder comme ça et viens là.

— Non, je ne suis pas contente, je n'ai pas fini, grommela-t-elle.

— Crois-moi, je suis assez puni comme ça. Maintenant viens là. Je promets de ne plus rien faire de gentil pour toi. » Indulgente, Chihiro sourit et vint se couler sur ses genoux. Elle posa la tête sur son épaule. Il l'enveloppa alors de ses bras, et poussa un soupir.

« Petite Chihiro, tu es difficile, tu t'en rends compte ?

— Voui », répondit-elle. Il se mit à rire tout bas. Elle prit plaisir à écouter ce rire qui résonnait, tel une musique agréable, dans sa poitrine virile.

« Tu as de la chance que j'aime ton côté têtu », dit-il plaisamment, avant d'embrasser le sommet de sa tête.

« Je t'aime aussi. » Les mots lui échappèrent de la bouche avant même qu'elle réalise ce qu'elle disait. Elle avait répondu spontanément, avec son cœur, sans que cela passe par sa conscience.

Haku parut tout à coup se figer. Elle sentit ses muscles se tendre dans son torse, ses bras et ses jambes. Il se pencha pour regarder en face le visage de sa compagne.

« Qu'est-ce que tu as dit ? » fit-il dans un souffle, l'air réellement stupéfait. Chihiro, rouge de confusion, colla sa figure contre le cou de son dragon.

« Tu m'as entendu », marmonna-t-elle. Se redressant, il lui prit le visage entre ses paumes et l'obligea doucement à le regarder.

« Redis-le. S'il te plaît, je voudrais que tu le dises en me regardant. » Il y avait tant de passion et de sincérité dans son expression qu'elle en eut le cœur presque brisé. Comment aurait-elle pu lui refuser quoi que ce soit ?

« Je t'aime, Haku, je t'aime depuis mon enfance. » Un moment, il la regarda sans rien dire ; ses yeux de jade fixés sur elle semblaient lire jusqu'au tréfonds de son cœur. Puis il l'embrassa, avec une fougue violente, implacable, la serrant à l'écraser, pétrissant sa chevelure dans ses mains. Jamais il ne l'avait embrassée de cette manière. Elle lança un bras autour de son cou, et de l'autre main elle lui caressa la joue, sentant jouer sous ses doigts les muscles de son visage. La violence de son baiser, loin de s'atténuer, ne fit que croître à mesure qu'elle y répondait. Il lui mordait les lèvres, encore et encore, si fort qu'elles devaient être en sang ; il semblait avide de la posséder tout entière, corps et âme. Lorsque enfin ils se séparèrent, Chihiro porta la main à sa bouche et fut surprise de la trouver intacte. Elle avait vaguement conscience, pourtant, que quelque chose n'allait pas. Elle fronça les sourcils, reprenant peu à peu ses esprits, et finit par réaliser : elle avait les joues mouillées de larmes, mais elle ne pleurait pas.

« Haku ? » souffla-t-elle en le regardant stupéfaite. « Qu'est-ce qu'il y a ? » Le dragon cilla ; d'autres larmes s'échappèrent des ses yeux et dévalèrent ses joues. Incapable de trouver ses mots, il serra sa compagne dans ses bras.

« Ca va, tout va bien, tout est parfait », murmura-t-il seulement. Il caressa ses cheveux un moment, puis il effleura du nez sa joue, et parcourut des lèvres sa mâchoire, de l'oreille jusqu'au menton. « Tu es à la maison, avec moi, et rien ne pourra nous séparer. » Chihiro se redressa et lui caressa le visage, essuyant délicatement les larmes du bout des doigts.

« Il ne faut pas qu'on se fasse des promesses qu'on ne pourra pas tenir », chuchota-t-elle. Il la regarda en souriant.

« Et qui pourrait nous séparer ? Même les Anciens Dieux ne le pourraient pas.

— Je sais, murmura-t-elle ; mais tu n'es pas tout-puissant, Haku, il y a des choses que tu contrôles pas. » Le sourire de Haku se fit narquois, et une lueur de malice, que Chihiro connaissait bien, revint éclairer son regard.

« Tu n'as aucune idée de mon pouvoir, petite humaine, et ta jolie petite tête ne pourrait en concevoir l'immensité.

— Vilain lézard prétentieux », murmura-t-elle avant de déposer un baiser sur ses lèvres, encore salées par les larmes. Puis elle se pelotonna contre lui et cala sa tête sous son menton. Haku soupira ; elle le sentit se détendre d'un coup.

« Vilaine petite humaine têtue, marmonna-t-il. Tu as de la chance que je t'aime, sinon je te flanquerais une fessée pour t'apprendre à être insolente. » Chihiro sourit, toute heureuse dans son refuge.

« Faudra d'abord que tu m'attrapes », dit-elle. Au bout d'un instant, elle ajouta en pouffant : « Et puis, qui sait, ça pourrait me plaire. » Il rit avec elle.

« Je ne comprendrai jamais les humains, soupira-t-il.

— J'espère bien que non », répondit-elle, somnolente à présent, bercée par le rythme régulier du cœur de son dragon, apaisée par sa respiration tranquille. Doucement réchauffée par son corps et par le soleil de fin d'été, elle se sentait délicieusement ensommeillée. « Le trouble que je mets dans ton esprit, c'est justement ce qui fait le charme de ma nouvelle vie.

— Eh bien, je m'en voudrais de te priver de tes plaisirs, grommela-t-il, en resserrant un peu son étreinte. Et maintenant, je sens que je vais faire une petite sieste ; tu restes avec moi ?

— Rien ne pourrait me déplacer, tu me fais un si bon oreiller... » dit-elle en baillant. Il soupira et sa respiration se fit plus profonde. Un sourire s'épanouit sur les lèvres de Chihiro. Ce que l'avenir lui réservait, elle n'en savait rien ; mais une chose était sûre : elle n'aurait plus jamais à l'affronter seule.

L'humaine et le dragon s'endormirent ensemble, baignés par le soleil de l'été finissant qui dardait ses rayons à travers les fenêtres ouvertes.

FIN

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