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Ghibli et moi
Shiro Ryu

Quand on a déjà vu Porco Rosso ou Mon voisin Totoro au cinéma et qu’on a aimé, on ne peut qu’aller voir le nouveau film du même réalisateur qui nous a déjà fait rêver, surtout si la bande annonce est intrigante et les échos positifs.
Cependant, tous les commentaires du monde, pas plus que tous les films du même auteur vus précédemment ne peuvent laisser prévoir à quel point ce nouveau film pourra vous fasciner et vous emporter au cœur de son univers. Et c’est ce qui m’arriva en allant voir Princesse Mononoke.

Cela commença dès les deux coups de tambours résonnants gravement et retenant déjà l’attention. Puis devant un magnifique paysage de montagnes embrumées démarra une mélopée qui m’emporta avec elle au temps des dieux et des démons, vers les forêts gardées par des animaux énormes sous la tutelle du dieu de la forêt. Par delà cet emballement rapide, je m’attachai vite au destin d’Ashitaka, ce jeune homme qui décide de parcourir le monde sans haine dans l’espoir d’apporter une solution à la malédiction léguée par le démon. Suivre son parcours fut la découverte d’un monde où le bruit et la fureur règnent souvent tant chez les hommes que chez les dieux menacés par la destruction de leur domaine, d’un monde où les hommes se réjouissent ensemble d‘une vie meilleure, d’un monde où la nature offre aux regards des sortes d’instants de grâce. Ce fut aussi voir et entendre une merveilleuse ode  à la vie et à la conciliation ou à l'équilibre entre les intérêts de l’Homme et ceux de la nature. Cela ne s’exprime pas uniquement par l’intermédiaire des paroles et actions des personnages, mais aussi par la magnificence de certains lieux et paysage et par l’ambiance sonore et musicale du film.

Aujourd’hui encore en pensant à Princesse Mononoke je me rappelle du silence fascinant qui entoure l’apparition du dieu cerf lors de la scène du rêve où on le voit guérir la blessure d’Ashitaka. C’est d’autant plus impressionnant que chacun de ses pas apporte vie et mort au même instant.
Aujourd’hui encore si j’écoute la musique du film, il me suffit de fermer les yeux pour revoir certaines scènes qui m’ont marquée. La mélopée d’ouverture m’évoque la chevauchée d’Ashitaka sur Yakuru à travers des prairies balayées par le vent, son intervention dans le combat aux forges ou, en chanson, la nuit dans la forêt du  dieu cerf. Une autre mélodie chantante et je suis avec les gens des forges et leurs chansons.
Des rythmes scandés aux tambours me replongent au cœur de la charge des sangliers, un leitmotiv lancinant  et c’est la mort que sème autour de lui le dieu étêté. Et une ritournelle au piano et je revois le retour de la vie et les montagnes qui reverdissent.

Musique, message et images s’harmonisent et s’associent infiniment pour exprimer mille choses, de la violence de l’Homme envers son espèce ou envers la nature au respect nécessaire envers la nature.
L’adéquation entre ces composantes qui m’ont chacune de leur côté marquée  est ce qui fait que même si j’ai aussi apprécié les films suivants de Miyazaki  Princesse Mononoke reste celui qui m’est le plus cher.

© Buta Connection