Ghibli et moi
L'Epistolier
Ghibli, le studio de Hayao Miyazaki, l’auteur du Voyage de
Chihiro. C’est une vision réductrice, mais c’est
avec cette vision que tout a commencé. D’ailleurs, je
suis conscient de ne pas être une exception, la promotion des
films Ghibli fait très souvent référence à ce
film. J’ai grandement apprécié ce film, un certain
nombre de caractéristiques sont vraiment déterminants.
Par la suite, j’ai découvert d’autres productions
Ghibli. Même si on retrouve un certain nombre d’éléments,
le Voyage de Chihiro ne représente pas vraiment les
studios Ghibli. Ce n’est pas pour cela que j’ai rejeté ces
studios, mais il est indéniable que le Voyage de Chihiro est
un Ghibli à part.
Au premier abord, le Voyage de Chihiro est un film sans prétention,
un dessin animé beaucoup plus classique dans un monde des actuels
Pixar et Disney. Néanmoins, après une première vision,
des zones d’ombres demeurent. Des scènes, des personnages
clés sont mystérieux. Nous sommes en plein imaginaire japonais,
mais, ce qui nous est interpelle est que cet imaginaire est inséré dans
le Japon actuel. La famille de Chihiro est vraiment une famille moderne.
C’est ce mélange qui nous force à identifier
les zones d’ombres.
De plus, la quête de soi est le voyage qu’entreprend la fillette
dénommée Chihiro. Cette quête, au départ personnelle,
va s’avérer être étendue à son entourage.
Tout d’abord, c’est un esprit d’une rivière
fortement polluée qui se retrouve assaini. Ensuite, c’est
le Sans-Visage, qui par définition n’a aucune identité,
qui acquiert une certaine personnalité et une situation grâce
au contact de Chihiro. Après le fils de Yubaba, c’est son
apprenti, Haku qui retrouve sa véritable identité. Cette
quête met en exergue des valeurs saines et simples comme le travail
ou le respect de ses aînés. Ces valeurs sont insérées
naturellement dans l’intrigue, et ainsi elles ne paraissent
pas enfantines et moralisatrices et donc déplacées.
Aussi, en arrière plan, un paysage écologique est étendu.
Dans ce monde où l’homme n’a pas sa place, il arrive
tout de même à se manifester. Les esprits prennent des bains,
mais pour certains, c’est vraiment nécessaire, vu la pollution
causée par l’homme. Par ailleurs, Haku, très lié à Chihiro
est en fait très éloigné d’elle. En effet,
cet apprenti sorcier est un esprit de rivière errant, son lit
ayant disparu, ayant laissé place à de jolis immeubles.
C’est un symbolisme simple, mais annoncé au final, après
qu’on ait été imprégné de toutes les
autres caractéristiques du personnage. Cette écologie symbolique
est forte, la personnification des éléments de la nature,
qu’on apprend à s’approprier, porte le message de
manière efficace.
Après la sortie du Voyage de Chihiro, les salles obscures
se sont vues dotées d’autres productions Ghibli. On retrouve
dans ces films incontestablement des éléments du premier
film évoqué. Ce qui fait bien de ce film un Ghibli, et
de Ghibli une certaine marque de fabrique. Néanmoins, ces éléments
n’ont pas la même caractéristique. Tout d’abord,
on ne retrouve plus le Japon moderne. Ou alors, lorsqu’on le retrouve,
comme dans le Royaume des Chats, l’entrée dans
l’imaginaire n’est pas aussi onirique, c’est vraiment
factuel, sans échappatoire. Le décor est soit steampunk,
comme dans Laputa ou Kiki, la petite sorcière,
soit japonnais médiéval, comme dans Princesse Mononoke ou Horus,
prince du soleil.
Par ailleurs, la quête de soi est bel et bien une constante. Mais
elle est beaucoup plus personnelle dans ces autres films. Le personnage
grandit quasiment seul. Il interagit beaucoup moins avec son entourage,
même si bien sûr il n’est pas solitaire.
Aussi, l’écologie est le dada de Miyazaki, c’est certain.
Mais il est beaucoup moins symbolique. Dans les autres productions de
Ghibli, la société humaine est présente sans discrétion.
C’est même un des protagonistes. Dans Princesse Mononoke,
c’est véritablement un combat contre la nature. Laputa est
une symbiose avec la nature. C’est beaucoup trop direct pour avoir
la même force que le Voyage de Chihiro.
Ce qui fait véritablement le pouvoir d’attraction de Chihiro
est ce qui manque dans les autres production Ghibli. Ainsi, c’est
un film au-dessus du lot, même si les autres ne manquent pas de
charme.

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