accueil studio films mangas galeries download bonus produits
Introduction Histoire Personnages Analyse Création du film Fiche technique Interview

Analyse d'Arrietty

 

Arrietty est un film paradoxal. Temps de réalisation court, mais ambition artistique réelle. Annonce de la véritable relève du studio, mais avec Miyazaki annoncé comme scénariste et superviseur. Originalité de la thématique et des musiques, mais de nombreuses références à ses prédécesseurs. De ces contradictions est né un premier film enthousiasmant, mais inégal, la première œuvre d'un réalisateur qui se cherche encore.

Un talent certain pour la mise en scène

Le film de Yonebayashi est certainement un film convaincant pour une première oeuvre, mais est-il néanmoins à la hauteur d’un film du Studio Ghibli, telle est finalement la question. Le film n’est pas exempt de qualités. Les scènes du début du film, avec la découverte du monde d’Arrietty, en sont la preuve. Jouant sur les différentes échelles de représentation et une verticalité de la mise en scène lors de l’ascension progressive des personnages le long de la maison, Yonebayashi donne le vertige dès les premières images. Les simples bruits du quotidien deviennent des machines étourdissantes et inquiétantes, à l’instar du bourdonnant et inquiétant frigo qui semble menacer la jeune et frêle Arrietty. Le talent est là, perceptible.


La découverte de la cuisine

Il est confirmé par d’autres scènes très réussies, notamment lors des deux premières rencontres d’Arrietty et de Shô. Loin d’une banale découverte frontale de ces deux univers diamétralement opposés, Yonebayashi joue la carte de la subtilité et de l’intrigant. C’est ainsi que Shô découvre le petit peuple de la maison à travers la lumière mordorée d’une bougie et surtout la silhouette de la jeune fille à travers un mouchoir tendu. Les objets du quotidien deviennent alors poésie et Arrietty se mue en gracile ombre chinoise… Moment suspendu de la découverte, éphémère, sans cri, sans surprise. Tout simplement magique et poétique.

La deuxième rencontre est tout aussi charmante et habilement mise en scène. Afin probablement de ne pas rompre le charme de la première « confrontation », Yonebayashi choisit là encore des artifices originaux. Arrietty se refusant toujours à être vue par Shô, elle se cache cette fois derrière la vitre de la chambre du jeune homme et n’apparaît là encore que comme une ombre. Elle se dissimulera ensuite dans le dos de Shô pour échapper à l’inquisitrice Haru. Yonebayashi fait fi de l’invraisemblance physique (la voix de Shô devrait être monstrueuse et celle d’Arrietty un simple couinement)  et choisit résolument la poésie de la mise en scène. Jeu de cache-cache entre les deux protagonistes, cette rencontre toute en finesse est probablement une des belles réussites de ce film, portée par la musique envoûtante de Cécile Corbel.

 
Jeux d'ombre lors des deux rencontres entre Shô et Arrietty

Cette dernière propose une mélodie aux accents celtes qui n’est pas sans rappeler l’origine occidentale des Borrowers, même si le cadre choisi par Yonabayashi est résolument japonais. À la fois mélancolique et pleine d’énergie, cette mélodie est à l’image de ce couple condamné à ne pas vivre pleinement sa relation. À l’instar d’Hayao Miyazaki, le jeune réalisateur choisit d’ailleurs une fin en demi-teinte, car si le jeune homme semble être hors de danger, si la famille d’Arrietty  trouve un refuge et si leur race peut espérer une survie, on ressent la tristesse de la séparation entre ces deux mondes, celui des humains et celui du monde magique, comme un écho lointain à ses brillants prédécesseurs Princesse Mononoke ou Le voyage de Chihiro.  

Le film ne comporte pas de faute de goût, les décors riches et foisonnants du jardin complètent à merveille le monde miniature et minutieux des Chapardeurs. Yonebayashi crée une bulle de paix et de calme au sein de la ville, où les seuls éléments perturbateurs sont la volubile Haru et les inoffensifs et insignifiants dératiseurs. Dans le monde de Yonebayashi, on n’a jamais réellement peur, le danger est finalement vite oublié, même lorsque l’ombre de la maladie ou celle de la disparition des chapardeurs plane.

Le film a donc de véritables atouts et dénote un talent certain pour la mise en scène, a fortiori pour un premier film au sein de ce studio. Arrietty est plus convaincant et plus égal que les Contes de Terremer, plus ambitieux que Le Royaume des Chats. Toutefois, le film souffre de défauts non négligeables qui peuvent décevoir les fans du studio.

Suite

   

© Buta Connection