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Arrietty : Origines

Au début de l’été 2008, le producteur Toshio Suzuki et Hayao Miyazaki se sont livrés à un bras de fer pour décider quel serait le prochain film du studio Ghibli. Si le producteur et ancien président du studio avait déjà programmé un nouveau film, le réalisateur comptait bien défendre un autre projet qui lui tenait à coeur. Après maintes discussions, aucun des deux hommes ne semblait vouloir abandonner son projet au profit de l'autre. Mais au final, Toshio Suzuki finit par s’incliner face à son aîné :

« A l’époque, explique Suzuki, je prévoyais un autre projet et nous avons discuté de celui qui devait être choisi à plusieurs reprises. Beaucoup d’entre nous n’auraient pas reculé, mais au final, j’ai du céder à mon aîné et le projet a été adopté ».

Cependant, Hayao Miyazaki porte déjà en lui le projet d’adapter le roman Les chapardeurs depuis bien plus longtemps que cet été 2008. Il y a environ 40 ans, Miyazaki a lu le livre et a déjà eu l’idée d’en faire un film alors qu’il n’était âgé que d’une vingtaine d’années.

« A cette époque, ce projet a déjà été pris en considération à la fois par Hayao Miyazaki et Isao Takahata », ajoute Suzuki. « Miyazaki s’en est soudainement rappelé et m’a recommandé de lire le livre. Alors, pourquoi déterrer Les chapardeurs aujourd’hui me direz-vous ? A cette question, Miya-san a répondu : "La situation des Karigurashi (les chapardeurs) est très agréable. Ils s’intègrent simplement à notre époque actuelle. L’âge de la consommation de masse en est à sa fin dorénavant et l’idée de "l’emprunt" prouve l’avènement de celui-ci avec la crise".  »

The Borrowers compte cinq volumes parus entre 1952 et 1982 et l’adaptation du studio Ghibli se limite apparemment au premier, paru en 1952 aux éditions Dent. Le livre obtint la médaille Carnegie cette même année. 55 ans plus tard, la même institution classa l'oeuvre parmi les 10 oeuvres les plus importantes de la littérature enfantine pour les 70 années passées. C’est l’éditeur Iwanami Shoten qui détient les droits du livre pour le Japon. Le studio Ghibli a de bonnes relations avec cet éditeur depuis Les contes de Terremer, qui détient aussi les droits de l’œuvre. Au Japon, la première traduction date de 1969 sous le titre Yukashita no Kobitotachi (Les petits hommes qui vivent dans les sous-sols) et c’est sans doute celle-ci qu’a eue à l’époque Hayao Miyazaki entre les mains. Plusieurs rééditions virent ensuite le jour dans le pays et un total de 600 000 exemplaires du livre, au format poche ou relié, ont été vendus jusqu’à maintenant au Japon. Mais quand que le studio Ghibli a annoncé qu’il allait adapter le roman en décembre 2009, l’éditeur s’est empressé de commander un nouveau retirage de 30 000 exemplaires.

Aussitôt après la décision d’adapter cette œuvre, le 30 juillet 2008, Miyazaki écrit la note d’intention relative au projet du film où il explique que l’action se déroule, non plus dans l’Angleterre des années 50, mais dans le Japon des années 2000. Il donne les grandes lignes de l’histoire et les traits de caractère principaux des personnages. Il précise également le but du film : « réconforter et encourager les gens qui vivent en cette période chaotique et préoccupante ». A propos de cette note d’intention,  le producteur Toshio Suzuki a tenu à ajouter :

« Comme vous le voyez, le titre original prévu par Miyazaki était Chiisana Arrietty (La petite Arrietty), un changement courageux effectué par rapport au titre du roman original. Je lui ai demandé pourquoi et Miyazaki m’a dit qu’il aimait bien le son de "Arrietty" et qu’il l’avait longtemps gardé en mémoire. Il avait aussi l’habitude de me parler de « la vie des chapardeurs », mais son titre n’y faisait pas référence. Quand je l’ai souligné, il a instantanément changé son titre pour celui actuel de Karigurashi no Arrietty (Arrietty la chapardeuse) ».

Le réalisateur, pour autant, ne sera pas Miyazaki lui-même. Le choix se porte finalement sur Hiromasa Yonebayashi, jeune animateur de 36 ans qui travaille depuis 12 ans au sein du studio. De l’aveu même de Suzuki, il n’y avait pas raison particulière pour cette nomination :

« Lorsque Miya-san et moi-même avons pris la décision de réaliser Karigurashi no Arrietty, nous étions en train de discuter des orientations à prendre pour l’histoire et soudainement, Miya-san m’a demandé qui devrait en être le réalisateur. Maintenant que je le connais mieux, je sais qu’il attend toujours des réponses concrètes, donc une idée a surgi dans mon esprit et sur un coup de tête j’ai dit "Maro", le surnom de Yonebayashi au studio. En entendant ma réponse, Miya-san sembla être un peu surpris et renfrogné et je savais pourquoi : pour son propre projet de film à venir, il comptait lui aussi l’utiliser au poste d’animateur principal. Si Maro devenait réalisateur, Miya-san devrait donc se passer de lui.

Bref, nous avons demandé à Maro de nous rejoindre et lui en avons parlé. Bien sûr Maro était très surpris. Sur le coup, mon idée était juste irréfléchie, mais maintenant je peux expliquer la raison qu’il y avait derrière cela. Hiromasa Yonebayashi est un animateur extrêmement qualifié et de grand talent. De plus, depuis qu’il a commencé à travailler sur la production, j’ai également fini par savoir qu’il avait suffisamment de talent en tant que réalisateur. En outre, c’est une bonne personne et il est aimé par tous au studio. Lorsque j’ai informé tout le monde sur sa nomination à la tête du projet, le studio a d’abord été surpris. Toutefois, maintenant tout le monde est d’accord sur ce choix. Bien qu’il existe de nombreux animateurs vétérans et plus âgés au studio, ils n’hésitent pas à aider Maro. »

Le producteur Toshio Suzuki a rapporté que c’était là une promotion à laquelle il ne s’attendait pas. « Je me suis dit que c’était une bêtise, a expliqué Yonebayashi en rigolant après la fin de la production. Je n'ai aucune expérience avec l’E-konte (le story board), j'ai d’abord pensé que quelque chose n’allait pas bien dans la tête de Miyazaki et Suzuki (rire). Je pense qu’une personne qui choisit de réaliser un film doit avoir un message et des principes, mais ce n’est pas mon cas, j’ai donc décliné la demande. Alors, ils m’ont dit à l'unisson : "pas d’inquiétude, tout cela est déjà dans le livre original" (rires). Je m’y suis donc mis avant tout parce que je pensais qu'ils m'arrêteraient si mon travail était mauvais ».


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