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La production du Voyage de Chihiro

       

Le projet

Au moment de la sortie de Mononoke Hime en 1997, Miyazaki avait voulu mettre un terme à sa carrière. Il est certain que le réalisateur qui s'investit beaucoup sur ses projets, ne pensait pas être capable de se lancer, une fois encore, dans une expérience aussi longue et fatigante. Pourtant, le vide laissé par le décès en 1998 de son successeur désigné Yoshifumi Kondô le pousse à retrousser une nouvelle fois ses manches. Sa rencontre avec les filles d'un ami, âgées d'une dizaine d'années et avec qui il passe désormais chaque été dans son chalet à la montagne, lui procure une motivation supplémentaire : "J'ai voulu faire un film qu'elles puissent apprécier. C'est pourquoi j'ai fait ce film, ceci est mon vrai but." .

Comme pour ses autres projets de films, l'idée initiale a germé plusieurs années avant de devenir le film que l'on connaît. Avant même la production de Mononoke Hime, Miyazaki avait découvert un livre pour enfant, Kiri no Mukou no Fushigina Machi (Un village mystérieux par dessus la brume) -ci-contre- écrit par Sachiko Kashiiwaba et publié en 1980. Un membre de l'équipe adorait ce livre quand il avait une dizaine d'années, et l'avait lu de nombreuses fois. Miyazaki ne comprenait pas pourquoi il trouvait cette histoire si intéressante et, intrigué, il écrivit une proposition de projet autour de cette œuvre, mais elle fut rejetée. Peu après, le réalisateur revînt à la charge avec un projet modifié: il proposa aux responsables du studio Ghibli d'adapter le roman Rin et le peintre de cheminée mettant en scène une jeune étudiante obligée de repeindre la cheminée d'un établissement de bain laissé à l'abandon après un tremblement de terre. Devant le nouveau refus des dirigeants de Ghibli, Miyazaki décida de ne s'inspirer qu'indirectement du roman, pour créer une nouvelle histoire, cette fois acceptée.

Une autre source d'inspiration de Chihiro fut, de l'aveu même de son réalisateur, le studio Ghibli lui-même. Ainsi l'activité intense qui règne dans les maisons des bains évoque celle du studio. Le personnage de Yubaba, qui régit l'établissement, correspondrait au producteur Toshio Suzuki, alors que le très débordé Kamaji aux multiples bras serait à l'image de Miyazaki. Chihiro, elle, doit travailler dur si elle ne veut pas disparaître, ce qui équivaut au renvoi dans le Studio !

La production

La production du film a démarré fin 1999 pour s'achever en juin 2001. Comme à son habitude, Miyazaki s'est rendu compte que le film durerait plus de trois heures, s'il le faisait selon l'histoire prévue. Il a donc dû couper des parties du scénario, et faire un changement complet. En raison des délais de production relativement restreints (un an et demi au lieu de trois pour Mononoke Hime), Sen to Chihiro est le premier film du studio à ne pas avoir été intégralement réalisé au Japon. L'élaboration d'une partie des scènes a donc été confiée au studio coréen D.R. digital, qui avait déjà travaillé sur des films d'animation aussi prestigieux que Metropolis ou Jin-Roh, la brigade des loups.

L'annonce en décembre 1999 du nouveau film de Miyazaki créé l'événement. La charge émotionnelle de l'attente du nouveau bébé est encore renforcée par le peu d'informations que la production daigne laisser filtrer, si on excepte le titre, Sen to Chihiro no Kamikakushi (littéralement "l'étrange disparition de Sen et Chihiro"), et un documentaire de 40mn diffusé le 4 mai 2000 sur la chaîne NHK.

    
Quelques images du documentaire de 40mn diffusé sur la NHK en mai 2000.
De gauche à droite: croquis de personnnages, e-konte (storyboard), genga (animation clef).

Mais les choses se précisent au début de l'année 2001. Au début du mois de janvier, la revue Animage présente les images du teaser (courte bande-annonce), alors projeté dans les salles japonaises. Le 26 janvier, la chaîne NTV le diffuse en exclusivité à la télévision. Suivent bientôt un nouveau trailer, la bande-annonce et enfin un clip illustrant la magnifique chanson du générique de fin. Mais la promotion du film ne se résume pas à des publicités diffusées à la télévision. Toho, le distributeur du film au Japon, réalise une campagne de Marketing digne de Disney et, avec un tel tapage médiatique, les observateurs s'attendent à un raz-de-marée.

Lorsque Sen to Chihiro sort enfin le 20 juillet, c'est donc un triomphe. Le film bat tous les records de fréquentation avec, le premier week-end, 2 millions de spectateurs dans 343 salles! En une semaine le film est déjà largement amorti. Comparé à Mononoke Hime, déjà immense succès, c'est une augmentation de 176% en recette et 192% en nombre de spectateurs. Sen to Chihiro restera n°1 au Box-office pendant cinq mois. Il dépasse Mononoke Hime dès septembre et Titanic un mois plus tard, pour devenir le plus grand succès cinématographique de tous les temps au Japon. A la mi-octobre, le film est également devenu le premier long métrage non américain à dépasser les $200 millions de recettes, et ce alors qu'il n'était pas encore sorti en Europe et en Amérique du Nord. Il totalise au final plus de 23 millions de spectateurs et plus de 250 millions de dollars de recette.

Le succès du film ne s'arrête pas à son succès auprès du public. Sen to Chihiro est sélectionné au festival de Berlin 2002 et à la surprise de nombreux journalistes, le jury de la Berlinale décerne l'Ours d'or à Spirited away, titre anglais du film de Miyazaki, l'autre film ex-aequo étant Bloody Sunday de Paul Greengrass. Un honneur en appelant un autre, Sen to Chihiro reçoit moins d'un mois après le Japan Academy Award du meilleur film.

La carrière internationale de Sen to Chihiro ne faisait alors que commencer. Après Hong Kong, Taiwan, Singapour, la France, la Grande Bretagne, la Suisse, l'Italie et la Russie,... le prix obtenu à Berlin a décidé finalement la Walt Disney Company à acquérir les droits pour la distribution nord-américaine de Spirited away. Sans être très important, les résultats sont meilleurs que pour Princess Mononoke et le film obtient l'Oscar du meilleur film d'animation devant les productions nationales!

La sortie en France

L'adaptation française

Buena Vista nous a gratifié d'un doublage de grande qualité! L'adaptation est dans l'ensemble fidèle à l'oeuvre originale. Les voix, bien choisies, conviennent très bien aux personnages et sont même parfois très proches de la version japonaise, confirmant la volonté de GBVI de respecter l'oeuvre de Miyazaki.

Florine Orphelin, 9 ans et demi a été choisie parmi trois jeunes comédiennes pour jouer le rôle de Chihiro. Elle a le même âge que son personnage, contrairement à la version originale où la comédienne était bien plus âgée (13 ans et demi). Florine n'est pas à son premier doublage mais c'est son premier rôle important. Donald Reignoux double l'énigmatique Haku. Il a déjà une bonne expérience du doublage dans l'animation japonaise puisqu'il a joué Shinji dans Evangelion et Tai dans Digimon.

Les médias s'emparent du Voyage de Chihiro

A l'occasion du Festival des nouvelles images du Japon en 2001, la presse a eu l'occasion d'interviewer Miyazaki et de préparer un terrain médiatique favorable à la promotion du Voyage de Chihiro en France. Deux mois avant l'exploitation du film en France, on pouvait déjà lire des articles sur Miyazaki, le studio Ghibli ainsi que sur le film. Au moment de la sortie, la critique est quasi unanime : les journalistes de la presse écrite encense littéralement le film de Miyazaki (voir la revue de presse). Les magazines spécialisés sur le cinéma consacrent des dossiers complets sur le film et son réalisateur. Le voyage de Chihiro fait la une de plusieurs revues et les chaînes de TV généralistes proposent de nombreux sujets sur le réalisateur nippon. C'est la première fois en France qu'on voit un tel accueil pour une oeuvre du Studio, mais aussi sur un film d'animation japonais.

Gaumont Buena Vista international a annoncé que le budget de la promotion du Voyage de Chihiro avait doublé par rapport à celui de Princesse Mononoké. Pour la première fois en France, on trouve dans les journaux et les magazines de nombreuses publicités pour le film, mais aussi pour sa bande-son et les anime comics édités par Glénat. Beaucoup d'affiches aussi apparaissent dans les métros, arrêt de bus... A partir de Chihiro, les films du Studio Ghibli (ou du moins ceux de Miyazaki) connaîtront tous une promotion imposante.

   
Affiches dans le métro de Toulouse et à Paris Montparnasse .

L'accueil du public est à la hauteur de l'évènement. Le film atteindra près de 1,5 millions de spectateurs, score exceptionnel pour un film d'animation japonaise (hors Pokémon).

       

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