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Le voyage de Chihiro : Art et technique

L'animation traditionnelle

Le voyage de Chihiro est un festival visuel auquel le spectateur est convié, aussi bien au niveau des décors (les intérieurs des bains publics et notamment les appartements de Yubâba sont sompteux), que du design des personnages.

Hayao Miyazaki a visiblement recherché une justesse d'évocation dans la représentation des bains, avouant s'être inspiré des bâtiments proposés par le musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo, près du studio où il aime se promener. Son parc propose en effet une reconstitution de la capitale japonaise, entre le 17ᵉ et le début du 20ᵉ siècle. Pour Miyazaki, représenter ce lieu, c'est plongé le spectateur nippon dans une certaine nostalgie. De même, pour le Character Design des personnages, le réalisateur va s'inspirer de ses proches. Chihiro est la représentation fidèle de la petite fille qui l'a motivé dans la réalisation du film. Le père de Chihiro est le portrait fidèle du père de la petite fille, dans son attitude vorace notamment. La mère de l'héroïne n'est autre que la copie conforme d'une collaboratrice de Miyazaki au sein du studio. On voit bien ici le souci de réalisme dans la réalisation de son film et sa volonté d'ancrer son œuvre dans un japon contemporain.

Concernant l'animation de certaines scènes, on retrouve le même souci de réalisme. On sait que pour expliquer à ses collaborateurs le mouvement de Haku, sous forme de dragon, tombant sur le sol, Miyazaki le décrit comme un lézard ou une couleuvre verte se tortillant sur un mur et s'effondrant d'un coup. Il encouragera même les animateurs à se rendre à un restaurant d'anguilles pour observer leur façon de se mouvoir. De même, lorsqu'il évoque avec eux la scène où Chihiro lui donne à manger une boulette, Miyazaki explique aux jeunes dessinateurs qu'il veut une gueule semblable à celle d'un chien. Par souci de respecter les consignes du réalisateur, les animateurs se rendront chez un vétérinaire pour observer le comportement d'un chien, sa dentition, la façon dont il faut maintenir sa gueule... Ces quelques exemples évoquent parfaitement tout le travail de recherche mis en place afin d'atteindre un réalisme certain de la mise en scène, dans un cadre toutefois fantastique.

L'animation traditionnelle est absolument superbe. Les animateurs ont réalisé des prouesses comme la scène unique où Chihiro tombe en chute libre et verse des larmes qui semblent s'envoler. Pour la première fois, Miyazaki ne pourra d'ailleurs pas lui-même vérifier et corriger le travail des autres animateurs à cause d'un important problème de vue. Pour l'aider, il fait donc appel à Masashi Andô, qui travaille au studio depuis Souvenirs goutte à goutte. Celui-ci va seconder très intelligemment le réalisateur, veillant avec soin, et parfois jusqu'à l'épuisement, sur le bon déroulement de la réalisation. En raison d'un long retard de production, Miyazaki fait également appel pour la première fois à un studio coréen, notamment pour la réalisation des intervalles. Réalisé principalement à la main sur celluloïd, Le voyage de Chihiro a également fait appel aux technologies les plus avancées en matière d'animation par ordinateur. Ainsi, tous les dessins ont été d'abord dessinés à la main, avant d'être scannés, digitalisés coloriés et retravaillés numériquement. Seuls certains plans et éléments du film ont été entièrement créés sur ordinateur. Si ces plans s'avèrent impressionnants, ils ne s'intègrent pas tous parfaitement, Miyazaki ayant lui-même reconnu que le studio ne maîtrisait pas encore totalement l'outil 3D.

L'infographie

100 plans sur les 1 400 qui composent le film ont été réalisés par la section 3D-CG, dirigée par Mitsunori Kataama. Il s'agit de scènes complexes voire impossibles à animer à la main, incluant souvent des mouvements rapides de caméra en 3D (comme la statue de pierre entrevue dans les bois ou la course de Chihiro entre les haies de fleurs) et l'animation d'éléments complexes comme l'eau.

 

Plusieurs techniques ont été utilisées. Selon Kataama : « Nous avons ajouté de la profondeur aux images 2D originales en projetant les décors dessinés à la main sur des modèles 3D. Puis, nous avons utilisé Softimage 3D pour calculer les réflections de lumière et les composantes d'éclairage que nous avons ensuite ajoutées aux décors. Nous avons également mis en œuvre un procédé original d'ombrage de texture 2D, permettant d'obtenir sous différents angles la projection appropriée de l'image du décor. Enfin, nous avons développé un plug-in aidant à changer plus facilement de champ de vision sur un plan donné. »

Un autre challenge significatif relevé par l'équipe 3D du studio Ghibli est la création pour la mer d'une surface réaliste et toujours changeante. Il a fallu le développement interne d'un autre procédé d'ombrage de texture 2D, et l'utilisation de plusieurs outils d'ombrage et d'éclairage pour simuler les réflexions et réfractions à la surface de l'eau.

Le doublage

Pour le doublage, Hayao Miyazaki a choisi des acteurs confirmés pour incarner la voix de ses personnages. La jeune actrice Rumi Hiiragi, âgée de 13 ans, connue au Japon pour un feuilleton sur la chaîne NHK, donne ainsi la réplique à Miyu Irino, qui joue le rôle de Haku. Leur interprétation est empreinte de justesse et de mesure. Bunta Sugawara, fort d'une carrière d'acteur de 45 ans, prête sa voix à Kamajî avec force et puissance et Mari Natsuki, ci-contre, transcende véritablement sa fine silhouette et sa douce voix pour incarner une Yubâba truculente et directive. Le plus surprenant est de découvrir que l'énorme bébé Bô est doublé par Ryûnosuke Kamiki, un petit garçon de 4 ou 5 ans, considéré comme un petit génie au Japon.

Concernant l'enregistrement de ces voix, Miyazaki a choisi cette fois-ci, et ce pour la première fois, de ne pas séparer la salle d'enregistrement de celle où se trouvent habituellement l'ingénieur du son et le réalisateur. Miyazaki, mais aussi Toshio Suzuki, se trouvent donc dans la même pièce que les acteurs. Le but de cette nouveauté est de pouvoir avant tout pouvoir mieux diriger les doubleurs et de pouvoir mieux expliquer les intonations que recherchent Miyazaki pour tel ou tel personnage. Miyazaki ira même jusqu'à mimer la danse et chanter la ritournelle de l'intendant des bains à l'acteur Takehiko Ono.

Le son

C'est une première pour le studio Ghibli, Le voyage de Chihiro bénéficie du format digital DLP. A l'instar de Star Wars : Episode 1 - La Menace Fantôme, le film est directement enregistré sur disque dur, sans passer pour l'étape de la bobine. Il bénéficie en outre du système de son EX 6.1, utilisant six canaux pour lui donner toute son ampleur sonore.

La bande sonore est une fois de plus extrêmement soignée et contribue magnifiquement à l'immersion du spectateur dans le monde étrange d'Aburaya. L'ingénieur du son, Shûji Inoue, se rend à Kusatsu pour enregistrer le bruit produit par l'eau de ses célèbres sources thermales. Il emmagasinera ainsi une multitude de sons : balais frottant le sol de bains publics, la vaisselle s'entrechoquant dans une cuisine ou dans une salle de réception, le moteur de la voiture du père de Chihiro. Tôru Noguchi, qui s'occupe des bruitages de dessins animés depuis 20 ans, recrée en studio d'autres sons, comme ceux de la multitude de pas des personnages du film. Tous ces sons rendent l'univers du Voyage de Chihiro très réaliste, et ce, encore une fois, malgré le contexte fantastique de l'histoire.

La musique

On retrouve bien évidemment Joe Hisaishi (à la direction ci-contre) pour la réalisation de la bande originale. Outre le thème principal du film au piano, on reconnaît pour chaque personnage un thème différent. Ainsi, pour le sans-visage, l'air qui lui correspond est composé principalement de percussions et de sonorités métalliques, renforçant l'aspect mystérieux du personnage. Le magnifique thème de la scène du train, intitulée Sixième gare, est une musique assez sombre, qui teinte cette scène d'une note de tristesse et de mélancolie. Pour l'enregistrement, Hisaishi choisira d'enregistrer la bande originale dans une grande salle de concert, avec plus de 60 micros disséminés dans la pièce, aboutissant à un enregistrement d'une qualité et d'une finesse remarquables.

Itsumo Nando Demo, l'inattendue et touchante chanson du générique de fin a été composée et chantée par Yumi Kimura, une artiste quasi inconnu, s'accompagnant à la lyre. Celle-ci a envoyé spontanément à Hayao Miyazaki une chanson dont elle a composé la musique et dont son amie Wakako Kaku a écrit les paroles. Cela se produit après la sortie de Princesse Mononoke et la jeune femme rêve qu'une de ses compositions illustre un jour une des œuvres de Miyazaki. Celui-ci lui répond en la complimentant sur sa composition. Malheureusement, il travaille alors sur le projet de Rin et le peintre de cheminée et le thème de Kimura ne correspond pas au film. Leur correspondance cesse pendant quelques temps, le projet Rin est abandonné et Miyazaki se lance sur celui du Voyage de Chihiro. Il travaille sur ses dessins en écoutant la musique de Kimura et s'aperçoit alors que le thème de la chanson est identique à celui du Voyage de Chihiro : la nostalgie et la force que l'on trouve au fond de soi. Il contacte à nouveau Kimura pour lui demander d'utiliser la chanson comme générique de fin de son film. La mélodie tendre et juvénile de cette ritournelle, sa légèreté et son apparente simplicité pénètre le cœur du spectateur après ce véritable feu d'artifice visuel et sonore.


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