L'art et la technique
dans Le voyage de Chihiro (2)
Le doublage
Pour le
doublage, Miyazaki a choisi des acteurs confirmés pour incarner
la voix de ses personnages. La jeune actrice Rumi Hiiragi, âgée
de 13 ans, connue au Japon pour un feuilleton sur la chaîne NHK,
donne ainsi la réplique à Miyu Irino, qui joue le rôle
de Haku. Leur interprétation est empreinte de justesse et de mesure.
Bunta Sugawara, fort d'une carrière d'acteur de 45
ans, prête sa voix à Kamaji avec force et puissance et Mari
Natsuki, ci-contre, transcende véritablement sa fine silhouette
et sa douce voix pour incarner une Yubaba truculente et directive. Le
plus surprenant est de découvrir que l'énorme bébé
Bô est doublé par Riynosuke Kamiki, un petit garçon
de 4 ou 5 ans, considéré comme un petit génie au
Japon.
Concernant l'enregistrement de ces voix, Miyazaki a choisi cette
fois-ci, et ce pour la première fois, de ne pas séparer
la salle d'enregistrement de celle où se trouvent habituellement
l'ingénieur du son et le réalisateur. Miyazaki, mais
aussi Suzuki, se trouvent donc dans la même pièce que les
acteurs. Le but de cette nouveauté est de pouvoir avant tout pouvoir
mieux diriger les doubleurs et de pouvoir mieux expliquer les intonations
que recherchent Miyazaki pour tel ou tel personnage. Miyazaki ira même
jusqu'à mimer la danse et chanter la ritournelle de l'intendant
des Bains à l'acteur Takehiko Ono.
Le son
C'est une première pour le studio Ghibli, Chihiro bénéficie
du format digital DLP. A l'instar de Star wars : épisode 1 - La
Menace fantôme, le film est directement enregistré sur disque
dur, sans passer pour l'étape de la bobine. Il bénéficie
en outre du système de son EX 6.1, utilisant six canaux pour lui
donner toute son ampleur sonore.
La bande
sonore est une fois de plus extrêmement soignée et contribue
magnifiquement à l'immersion du spectateur dans le monde étrange
d'Aburaya. L'ingénieur du son, Inoue Ingé, se rend
à Kutatsu pour enregistrer le bruit de chutes d'eau. Il emmagasinera
ainsi une multitude de sons : balais frottant le sol de Bains publics,
la vaisselle s'entrechoquant dans une cuisine ou dans une salle
de réception, le moteur de la voiture du père de Chihiro.
Noguchi, qui s'occupe des bruitages de dessins animés depuis
20 ans, recrée en studio d'autres sons, comme ceux de la
multitude de pas des personnages du Voyage de Chihiro. Tous ces sons rendent
l'univers de Chihiro très réaliste, et ce, encore
une fois, malgré le contexte fantastique de l'histoire.
La musique
On retrouve
bien évidemment Hisaishi (à la direction ci-contre) pour
la réalisation de la bande originale. Outre le thème principal
du film au piano, comme une mélodie teintée de nostalgie,
on reconnaît pour chaque personnage un thème différent.
Ainsi, pour le Sans-Visage, l'air qui lui correspond est composé
principalement de percussions et de sonorités métalliques,
renforçant l'aspect mystérieux du personnage. Le magnifique
thème de la scène du Train, intitulée « Sixième
Gare », est une musique assez sombre, qui teinte cette scène
d'une note de tristesse et de mélancolie. Pour l'enregistrement,
Hisaishi choisira d'enregistrer la bande originale dans une grande
salle de concert, avec plus de 60 micros disséminés dans
la pièce, aboutissant à un enregistrement d'une qualité
et d'une finesse remarquables.
"Itsumo
Nando Demo", l'inattendue et touchante chanson du générique
de fin a été composée et chantée par Yumi
Kimura, une artiste quasi inconnu, s'accompagnant à la lyre.
Celle-ci a envoyé spontanément à Miyazaki une chanson
dont elle a imaginé la musique et dont son amie Wakako Kaku a écrit
les paroles. Cela se produit après la sortie de Princesse Mononoke
et la jeune femme rêve qu'une de ses compositions illustre
un jour une des œuvres de Miyazaki. Celui-ci lui répond en
la complimentant sur sa composition. Malheureusement, il travaille alors
sur le projet de Rin le ramoneur et le thème de Kimura ne correspond
pas au film. Leur correspondance cesse pendant quelques temps, le projet
Rin est abandonné et Miyazaki se lance sur celui du Voyage de Chihiro.
Il travaille sur ses dessins en écoutant la musique de Kimura et
s'aperçoit alors que le thème de la chanson est identique
à celui du Voyage de Chihiro : la nostalgie et la force
que l'on trouve au fond de soi. Il contacte à nouveau Kimura
pour lui demander d'utiliser la chanson comme générique
de fin de son film. La mélodie tendre et juvénile de cette
ritournelle, sa légèreté et son apparente simplicité
pénètre le cœur du spectateur après ce véritable
feu d'artifice visuel et sonore.

© Buta Connection |