La production de Conan, le fils du futur
Le projet 
En 1978, à l'occasion de son 25ème anniversaire, la télévision
d'état japonaise, la NHK, a décidé de fêter
l'évènement en produisant une série animée
destinée à un public de jeunes garçons. La réalisation
est confiée au studio Nippon Animation. Celui-ci est déjà
connu pour avoir adapté des classiques de la littérature
enfantine occidentale (WMT). Il proposa une sélection de romans
candidats. Le choix est porté sur un titre mineur : The Incredible
Tide (L'incroyable marée) de l'écrivain américain
Alexandre Key, publié dans les années 70 et traduit en japoanis
en 1974.
Le scénario initial se calque sur le roman, visiblement influencé
par le climat de la guerre froide. Il imagine en l'an 2222 une guerre
entre le bloc occidental et le bloc oriental. Par l'utilisation d'une
arme magnétique meurtrière, ce conflit provoque un cataclysme
qui submerge les cinq continents. L'histoire raconte alors les aventures
de cinq survivants sur une île qui doivent combattre un tyran. Après
de nombreuses vicissitudes, ils réussissent à fonder une
société nouvelle.
Quand Miyazaki prend en main le projet, il réécrit entièrement
l'histoire et l'enrichit substantiellement. Du roman de Key demeurent
le profil des personnages, les grandes lignes de l'histoire et le thème
de la catastrophe écologique, résumé dans la séquence
pré-générique de la série. Miyazaki dit à
propos de l'oeuvre originale :
« Ce qui m'avait fasciné
dans ce livre était son message principal : à la chute d'une
quelconque "grande civilisation" des primitifs prennent le dessus.
"Primitifs", non en terme négatif, mais comme des personnes
dotées d'une grande force vitale, pleins de santé et qui
veulent reconstruire un monde nouveau. C'est leur pulsion vitale qui m'a
captivé.»
La production
A l'exception du 9ème et 10ème épisodes réalisés
par Tatsuo Ayakawa et Isao Takahata, la série est presqu'intégralement
l'oeuvre de Miyazaki qui s'évertuait déjà à
l'époque à tout mener tel un homme-orchestre. En plus de
la réalisation, il s'est ainsi chargé du design des personnages
et des machines, du layout et du storyboard.
Le reste du staff de la série comporte deux autres noms prestigieux
: le grand Yasuo Otsuka à l'animation, et Nizô Yamamoto au
décor (Le tombeau des lucioles et Laputa le chateau
dans le ciel). La production de la série employait moins
de 40 animateurs et il fallait à cette équipe 3 semaines
pour réaliser un épisode. Pour les derniers, les plus impressionnants,
il leur a fallu 7000 cellulos par épisode (contre 2000 habituellment
dans une série), ce que la production jugeait trop important. Une
des grandes difficultés fut d'animer l'eau et Otsuka a plus tard
avoué que ces épisodes lui étaient difficiles à
revoir, tant les défauts le choquaient! Une des innovations de
l'équipe de réalisation fut néanmoins d'arriver à
animer les mouvements lents (avions, nuages…) par glissement de
cellulo.
La production ne s'est pas fait sans heurts entre Miyazaki et Otsuka.
Un de leurs sujets de dispute était les personnages féminins
forts, très positifs de Miyazaki. Selon Ôtsuka, cela obligeait
à caractériser des personnages masculins encore plus forts,
qui s'apparentent à des super-héros. Conan se trouve ainsi
dôté d'une force et d'une résistance aux coups aussi
inexpliquée qu'exceptionnelles.
Miyazaki a également laissé à Ôtsuka une grande
liberté concernant l'animation des personnages secondaires. Ôtsuka
s'est inspire de sa propre personnalité pour caractériser
les héros. Ainsi on retrouve son côté gaffeur chez
Gimpsy ou le Commandant du bateau. Le travail de Ôtsuka consistait
également à superviser tous les plans de la série,
afin d'uniformiser les dessins des personnages.
Lorsque la série a débuté au Japon, la chaîne
NHK ne s'attendait pas à un tel succès. Miyazaki,
qui est un perfectionniste, a eu du mal à livrer un épisode
par semaine. Malgré cela, la série est bien arrivée
à terme, le 31 octobre 1978, au bout des 26 épisodes prévus.
Elle a même été rediffusée, peu de temps après,
un cas suffisamment rare au Japon pour être souligné. Comme
toute série animée à succès, elle a fait l'objet
d'un merchandising : anime-comics, artbooks, posters... La série
a également été exportée quelques années
plus tard et a connu un réel succès notamment au Portugal
et en Italie.
Deux longs métrages ont également été produits
en 1980 et 1981, mais il s'agit seulement de compilations des épisodes.
Miyazaki s'est personnellemment occupé du premier. Théoriquement
il pourrait donc être considéré comme un long-métrage
de Miyazaki mais le réalisateur a refusé d'en assumer la
parternité, convaincu que le peu de scènes qu'il avait réussi
à ajouter ne pouvait compenser les coupes imposées au scénario
original.
La diffusion en France
La série est malheureusement passée inaperçue à
la télévision en France. Il faut dire que la période
durant laquelle elle a été programmée (septembre
1988 sur FR3) correspondait au gros boom du dessin animé nippon
à la télévision sur TF1 et la 5. Pourtant la version
française était de qualité, même si quelques
erreurs d'adaptation s'y étaient glissées. Malheureusement,
cette VF a été perdue, empêchant depuis des années
la moindre rediffusion ou réédition vidéo. Voilà
pourquoi il a été décidé de refaire intégralement
le doublage pour ressortir l'oeuvre.
Comme le doublage d'origine rassemblait des voix qui allaient parfaitement
avec les personnages, l'éditeur IDP a choisi de retrouver ces mêmes
voix pour la nouvelle version française qui allait être proposée
en vidéo et DVD. Ainsi, dix ans plus tard, Brigitte Lecordier,
connue pour avoir été la voix française de Son Goku
jeune dans Dragon Ball, reprenait le rôle de Conan. On
reconnaîtra aussi Amélie Morin (voix de Candy) pour Lana,
ainsi que Eric Etcheverry (Max dans Max et compagnie) pour Gimsy. Ce nouveau
doublage a enfin permis de corriger des erreurs d'adaptation et
de traduction qui figuraient dans le doublage d'origine. Conan
fils du futur a aussi eu droit à une nouvelle chanson interprétée
par Jean Jacques Debout (Capitaine Flam, Les trois mousquetaires,
Michel Strogoff).
Des informations sont tirées du dossier de presse
IDP
et de Hayao Miyazaki, il dio dell'anime d'Allessandro Bencivenni

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