Les courts métrages du musée Ghibli
La chasse à la baleine
Histoire
Un groupe d’enfants de maternelle jouent dans leur salle de classe à la
chasse baleinière, imaginant qu’ils sont sur un bateau en
plein océan. Ce jeu imaginaire devient réalité,
et bientôt tous les écoliers se retrouvent en pleine mer à la
recherche de leur propre Moby Dick. Certains enfants veulent harponner
la baleine, d’autres veulent la prendre en photo, les derniers
ont simplement peur de l’aventure et veulent retourner chez eux.
Finalement, une gentille baleine apparaît et joue avec les enfants
jusqu’à ce que leur rêve prenne fin et qu’ils
reviennent à la réalité, dans leur école.
Création du film
Chronologiquement, La chasse à la baleine est le premier film
projeté au musée Ghibli. Réalisé par Hayao
Miyazaki, ce premier court métrage est en rupture graphique par
rapport à ses derniers longs métrages. Le film est caractérisé par
un graphisme simple et rond et des couleurs pastelles qui rappellent
des dessins d’écoliers et aident le spectateur à s’immerger
dans le monde de l’enfance, thème central du film.
En moyenne,
dans le cinéma d’animation aux budgets confortables, 12
dessins sont nécessaires pour donner l’illusion fluide du
mouvement à l’œil humain. Au-delà, la différence
est peu perceptible et entraîne des coûts de production inutiles.
Ces 12 dessins sont doublés lors de leur report sur pellicule,
afin d’obtenir les 24 images secondes nécessaires au standard
de projection du cinéma. 8 dessins (que l’on triple sur
pellicule) sont le seuil en dessous duquel on ne descend pas car l’animation
va devenir saccadé. C’est le standard actuel des films d’animation
japonais et également du studio Ghibli. Pour La chasse à la
baleine, une fois le story board achevé, Miyazaki a exceptionnellement
proposé à son équipe de porter le nombre de dessins à 12
par seconde d’animation. Il souhaitait ainsi montrer minutieusement
tous les mouvements des enfants à l’écran.
Les couleurs,
très lumineuses, sont l'oeuvre de la fidèle collaboratrice
du réalisateur, Michiyo Yasuda. A la musique, on retrouve le compositeur
Yûji Nomi, qui avait signé la bande originale du long métrage
Le royaume des chats. La chanson de fin
Okaeri no Uta (bienvenue à la maison) est
une chanson que Miyazaki entendait chanter à la crèche
où il
venait chercher l’un de ses fils. Il ne se souvenait que d’un
passage mais tenait absolument à l’utiliser pour le film.
L’équipe a retrouvé sa trace sur internet et a contacté
le compositeur pour obtenir le droit de l’utiliser. Il semble néanmoins
que les paroles dont semblaient se souvenir Miyazaki ne soient pas les
paroles d’origines et il a donc été décidé de
garder pour le film les paroles réinterprétées par
Miyazaki.
Afin
de rester jusqu’au bout dans une esthétique
enfantine et de ne pas donner un coté trop strict aux crédits
qui s'affichent lors du générique de fin, Miyazaki
a demandé à tous les intervenants du film d’écrire
leur nom de leur main. Ce sont ces dédicaces qui figurent à l’écran.
A savoir enfin que le film a également été projeté au
festival international du film pour enfants de New York en 2002.
Les auteurs et l’histoire originale
Le
scénario de La
chasse à la baleine est tiré d’une
histoire du même nom, inclut dans le livre pour enfants, plusieurs
fois primés, Iya Iya En (la crèche : non, non
!), écrit
par Rieko Nakagawa et illustré par Yuriko Omura.
Rieko Nakagawa
ne se destinait pas à l’écriture de romans, elle
est institutrice de formation et caressait même le rêve de
devenir la meilleure institutrice du Japon. Née en 1935, à Sapporo, à Hokkaïdo,
dès 1955, elle finit ses études d’institutrice et
occupe ce poste durant 15 ans. C’est en écrivant une lettre
d’admiration à Tomiko Inui, éditrice de livre pour
enfants chez Iwanami Shoten, mais aussi, elle-même, célèbre
auteur de romans pour enfants, que celle-ci la pousse dans cette voie
en lui proposant de la rejoindre dans un groupe d’écriture
de romans pour les enfants nommé Itadori. La chasse à la
baleine est sa première histoire. En 1959 elle publie La
crèche
: non, non ! dans un Dojinshi (magazine amateur) du nom de Itadori
Sirizu 3 (série d’Itadori 3). En 1962, Iya Iya
En est publiée
chez l’éditeur Fukuinkan Shoten. L’année suivante
est l'année de la consécration pour Nakagawa car
elle remporte de nombreux prix dans la catégorie du roman pour
enfants.
Yuriko Omura (Yuriko Yamawaki depuis son mariage) est la sœur
cadette de Rieko Nakagawa. Née en 1941, elle a suivit des études
de langue française à l’université Jôchi.
En 1959, lorsque sa grande sœur publie Iya Iya En, elle illustre
ses histoires. Depuis elle participe à tous les ouvrages de sa
sœur. Actuellement, elle traduit en japonais Le roman de renard
de Léopold Chauveau.
Les deux artistes n’en sont pas à leur
première collaboration avec Hayao Miyazaki puisqu’elles
ont participé à la publicité Sora Iro no Tane (Une
graine bleu ciel), spot TV réalisé pour la Nippon TV
en 1992 à l'occasion du 40ème anniversaire de la chaîne.
Nakagawa a également écrit les paroles du générique
de Mon voisin Totoro.
Shigeru, le personnage principal
Une
attention toute particulière a été apportée
au personnage principal et marginalisé de Shigeru, doublé par
Keito Ishihara. Au Japon, à l’âge de 4 ou 5 ans, les
enfants vont à la crèche durant 2 ou 3 années. Ils
sont répartis en classes en fonction de leurs âges. Dans
La chasse à la baleine, Shigeru est dans la petite
classe de première
année. Il est mis à l’écart par les enfants
de la classe de deuxième année,
plus âgés que lui d’1 an et qui refusent de l’emmener
avec eux à la chasse à la baleine. Mais Shigeru n’a
pas un caractère rancunier et accepte cette situation tout simplement.
Un des défis les plus importants dans la création du film était
de décrire ce caractère indulgent à l’écran.
A la fin du film, même s’il n’a pas accompagné la
classe de deuxième année dans leur jeu, c’est tout
de même lui qui se charge de prendre en photo les enfants.
Le doublage
Pour
le doublage de La
chasse à la baleine, Hayao Miyazaki tenait à utiliser
les enfants d’une crèche. Il imaginait les faire réellement
jouer au jeu de la chasse baleinière et les enregistrer en train
de s’amuser. L’équipe est allée dans une crèche
proche afin de vérifier si c’était possible. Mais
ils se sont vite aperçus que l’enregistrement de voix d’enfants
dans leur milieu de jeu habituel poserait de gros problèmes, notamment
de concentration chez de jeunes enfants mais aussi de réglementation
concernant le temps de travail. Finalement, le studio Ghibli a engagé de
jeunes acteurs professionnels qui ont été choisi lors d’un
casting parmi 80 enfants. Leur prestation a été enregistrée
avant le départ de la création de l’animation.
Le rôle de la baleine a été attribué au producteur
en chef du studio Ghibli, Shinsuke Nonaka. Celui-ci n’en est pas à son
premier coup d’essai dans le doublage car il a déjà participé au
premier épisode de Ghiblies, diffusé lors d’une émission
spéciale de Nihon TV en 2000. Il est également connu pour être
un personnage assez spécial dans le strip de 4 cases Nonaka
Kun (Monsieur Nonaka), publié dans le très célèbre
magazine spécialisé dans l’animation Animage. Miyazaki
trouvait que son caractère correspondrait bien à celui
de la baleine qui s’amuse avec les enfants. Au final, Nonaka a
très bien joué ce rôle important mais comme il avait
le trac au moment du doublage, on raconte aussi qu’il s’est
donné du courage en se réfugiant dans quelques verres d’alcool...
Fiche technique
| Titre : |
Kujiratori
(The Whale Hunt /
La chasse à la baleine) |
| Date de sortie :
| 2001 |
| Histoire originale : |
Iya Iya En (La crèche : non, non !) - Fukuinkan Publishing) |
| Auteur original : |
Rieko Nakagawa |
| Illustrateur original : |
Yuriko Omura |
| Scénario : |
Hayao Miyazaki |
| Réalisation : |
Hayao Miyazaki |
| Directeur artistique : |
Sayaka Hirahara |
| Directeur de l'animation : |
Takeshi Inamura |
| Chef coloriste : |
Michiyo Yasuda |
| Directeur de la photographie : |
Atsushi Okui |
| Musique : |
Yûji Nomi |
| Production : |
Studio Ghibli en coopération
avec le Museo d’Arte Ghibli |
| Durée : |
15 minutes 42 secondes |
Traduction : Yasuka Takeda

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