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Analyse des contes de Terremer (2)

   

Entre influences et originalité

Ce qui frappe d'emblée à la vue des images est la ressemblance avec le graphisme et l'univers de Miyazaki père. On pense à Nausicaä mais surtout à Shuna no Tabi dont Goro ne se cache pas s'être largement inspiré, puisque le manga de son père est crédité au générique. Voici quelques exemples de motifs graphiques et de plans repris par Goro dans son film :

 
 
        
 
 
 
 
  
        
 
 
 
 

L’influence paternelle ne s’arrête pas là, puisque de nombreux motifs hayao-miyazakiens se retrouvent dans Les Contes de Terremer. Ainsi, le cauchemar d’Arren, s’embourbant dans une vase noirâtre, n’est pas sans évoquer les formes gluantes du Sans-Nom dans Le Voyage de Chihiro ou les sbires de la sorcière des landes dans Le château ambulant. Lorsqu’Arren est transcendé par sa colère et qu’il se jette avec furie sur Hare, on songe immédiatement à Ashitaka, dévoré par le mal et tuant ses ennemis. Mais Goro reprend également des motifs plus inattendus. Ainsi, la scène où Arren se fait attaquer par les loups évoque irrésistiblement la scène d’ouverture d’Horus, Prince du soleil, réalisé par Takahata.

Il est alors séduisant de voir Goro comme l'héritier qui permettra de perpétuer le style "Miyazaki" que nous aimons tant, ou du moins comme un pur produit Ghibli. Il serait très tentant de réduire les Contes de Terremer à un retour aux sources où le jeune réalisateur reprendrait un univers dont Hayao Miyazaki s'était éloigné depuis Le Voyage de Chihiro. Néanmoins, une telle vision serait remettre en cause l'identité de Goro Miyazaki en tant qu'artiste et réalisateur. En effet, on n'attend pas chez un jeune réalisateur prometteur qu'il soit le clone artistique de son prédécesseur mais qu'il apporte un style propre et une originalité.

En effet, la narration et la mise en scène sont des composantes toutes aussi importantes que le graphisme et le character design. Ainsi, Goro Miyazaki a tenté en quelques mois seulement d’imposer sa propre vision artistique. On remarque très rapidement que le ton des Contes de Terremer est très éloigné des Ghibli précédents. Le ton est sombre, on évoque sans cesse la mort, un monde ravagé par le doute, la peur, mais aussi la drogue. Un univers très adolescent somme toute, à l’image d’Arren, anti-héros d’emblée inquiétant, rongé par l’angoisse, dans lequel il est commode de voir en Arren un double de Goro Miyazaki, en quête de sa propre identité. L’une des premières scènes, un parricide et un régicide, amplifie cette impression. Il s’agit d’une séquence totalement originale, ne se trouvant pas dans l’œuvre d’Ursula Le Guin. On peut dès lors se demander s’il ne s’agit pas d’une métaphore où Goro tue symboliquement son père pour pouvoir enfin à son tour régner, c’est-à-dire créer ses propres œuvres.

Le ton est donc d’emblée très sombre, et le film est dénué par ailleurs de toute forme d’humour, contrairement à la plupart des films du Studio Ghibli (même Le Tombeau des Lucioles proposait des scènes fugace du quotidien qui prêtaient à sourire). Le manichéisme est également très présent. Car si les personnages principaux ont tous une part d’ombre et de lumière, le méchant de l’histoire, Aracnéide, semble emporter dans sa folie dévastatrice et n’aura aucune rédemption possible, si ce n’est d’accepter enfin sa mort ! Hormis Muska, dans Le Château dans le ciel, rarement un méchant n’a été aussi marqué dans les œuvres de Ghibli. On peut donc légitimement pensé que Goro Miyazaki a été influencé par son père, ou qu’il a bénéficié du savoir-faire de l’équipe qui entoure habituellement son père, ce qui explique des similitudes troublantes. Cependant, Goro Miyazaki a opté pour certains choix personnels qui diffèrent réellement de la ligne habituelle des Ghibli.

   

© Buta Connection