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Les contes de Terremer : Origines et production

Origines du projet

Après la sortie du Château ambulant, le studio Ghibli annonce que trois projets de films sont à l'étude. Un des films serait pris en charge par Hayao Miyazaki, un autre par Isao Takahata et un troisième par un nouveau jeune réalisateur. Plusieurs mois passent sans que ces rumeurs puissent être confirmées jusqu'au 12 novembre 2005 où Toshio Suzuki annonce que la prochaine production Ghibli est confié à Gorô Miyazaki, le fils du maître. L'information laisse tout le monde incrédule. Gorô, paysagiste de formation, est alors encore directeur du musée Ghibli et personne ne lui connait des talents d'animateur ou de metteur en scène. Le 13 décembre 2005, Tôhô confirme pourtant officiellement que le nouveau film du studio Ghibli est en cours de réalisation par Gorô Miyazaki. Le film s'intitule Gedo Senki (La guerre de Ged) et il s'agit d'une adaptation du troisième volume du cycle de Fantasy Earthsea (Terremer) d'Ursula K. le Guin. Il est programmé pour juillet 2006 au Japon.

Apparemment, Miyazaki père est un grand fan de cette saga. Terremer fait partie des ouvrages qui l'ont beaucoup influencé pour Nausicaä de la Vallée du Vent et Le château ambulant. Le studio Ghibli cherche à acquérir les droits de Terremer depuis très longtemps. Ursula K. Le Guin s'y est opposé jusqu'à ce qu'elle voit les films du maître. C’est en 2003, à la suite de la reconnaissance internationale de Ghibli et de son Oscar pour Le voyage de Chihiro que l'auteur prend contact elle-même avec le studio japonais et lui demande d’en faire un film. Mais Hayao Miyazaki est alors en pleine production du Château ambulant, ce qui l'empêche de s'atteler au nouveau projet.

Gorô Miyazaki n’est qu’un simple observateur lorsque le studio Ghibli a reçu la proposition de faire une adaptation de Terremer. Mais petit à petit, il a commencé à se passionner pour ce projet, à en construire l’histoire et à dessiner le storyboard en parallèle. Estimant qu'il est toujours plus urgent de songer à la relève du studio Ghibli, Suzuki propose alors à Gorô de prendre en charge le projet.

Suzuki a expliqué qu’il a le souvenir de Gorô et de son père en train de se disputer au sujet de la construction du musée Ghibli et avoir vu à cette occasion le fils prendre le pouvoir sur le père. C’est ce qui l’a convaincu de le croire capable de venir à bout de ce film et de lui accorder sa confiance.

Gorô explique avec une certaine pudeur pourquoi il a décidé, à 38 ans, de se lancer dans la réalisation d'un film d'animation : « J'ai pris conscience de mon incontestable attirance pour l'animation, sentiment que j'avais longtemps fait semblant d'ignorer en raison notamment des relations que j'entretiens avec mon père. » C'est finalement sa découverte des contes de Ursula K. Le Guin qui l'aurait poussé à franchir le pas.

Dès le début du projet au premier semestre 2005, Hayao Miyazaki est farouchement opposé à ce que son fils Gorô se lance dans l'animation et réalise Les contes de Terremer à sa place. Mais Gorô et Suzuki tiennent bon. Les animateurs du studio, d'abord sceptiques, sont rapidement rassurés par les capacités de Gorô en voyant les premiers storyboards qu'il a dessinés. Le grand animateur Yasuo Ôtsuka est même enthousiaste et lance un « tel père, tel fils ! » Le réalisateur Hideaki Anno, surpris et impressionné, se demande quant à lui pourquoi Gorô n'a pas commencé plus tôt.

Croquis de Gorô Miyazaki pour l'affiche du film.

Il faut maintenant convaincre Ursula K. le Guin du changement de réalisateur. C'est paradoxalement Hayao Miyazaki qui accompagne Suzuki chez l'auteur américain. Le réalisateur affirme (sans doute à contre-cœur) qu'il se porte garant du travail de son fils et promet que le projet sera arrêté si le script proposé par Gorô n'est pas satisfaisant. Mais Le Guin n'est pas tout de suite convaincue. Ce n'est qu'après une discussion tendue et l'intervention de son fils Teo que Le Guin accepte de confier l'adaptation au plus jeune des Miyazaki.

Production

Ce n'est cependant pas dans les meilleurs termes avec son père que Gorô Miyazaki démarre en septembre 2005 la production des Contes de Terremer. Mais contrairement à ce qu'il a pu laisser entendre à Le Guin, Hayao n'a aucune intention de s'impliquer dans la production et laisse donc une totale liberté à Gorô.

Le jeune réalisateur décide d'accompagner la production par d'un blog personnel et un journal de bord de la production. Dans l'introduction de son blog, il explique quel message il souhaite exprimer à travers son film : « Qu’est-ce que réellement vivre aujourd’hui ? »

Outre la conception du storyboard et la réalisation, Gorô Miyazaki se charge également de co-écrire le scénario de l'adaptation avec Keiko Niwa, déjà responsable du scénario de Tu peux entendre la mer pour le studio Ghibli. Toshio Suzuki ajoute une pression supplémentaire. Gorô ne disposera que de 10 mois pour faire son film, soit près de deux fois moins de temps que son père pour Le château ambulant. En effet, Suzuki, qui pense déjà à l'après Miyazaki (Hayao), entreprend de réduire les durées et donc les coûts des productions. Pour cela le studio fait appel encore d'avantage à la sous-traitance pour les animations d'intervalles. Comme le montrent les chiffres qui suivent, la progression du travail d'animation est régulière et soutenue :

6 septembre 2005 : démarrage
20 janvier 2006 : 149 plans (12 %)
27 janvier 2006 : 180 plans (15 %)
3 février 2006 : 230 plans (19 %)
17 février 2006 : 326 plans (26 %)
3 mars 2006 : 422 plans (34 %)
10 mars 2006 : 481 plans (39 %)
17 mars 2006 : 517 plans (42 %)
30 mars 2006 : 687 plans (55 %)
7 avril 2006 : 776 plans (63 %)
17 avril 2006 : 844 plans (68 %)
25 avril 2006 : 935 plans (76 %)
1er mai 2006 : 997 plans (81 %)
8 mai 2006 : 1 056 plans (85 %)
15 mai 2006 : 1 176 plans (95 %)
23 mai 2006 : 1 236 plans (100 %)

Les délais sont donc tenus avec brio. Le studio ghibli a mis exactement 8 mois et 17 jours pour terminer l'animation du film, à comparer aux 17 mois nécessaires pour Le château Ambulant ou pour Le voyage de Chihiro.

Fin mai, il reste à terminer la bande son (notamment le doublage) et boucler la post-production. Le studio est en mesure d'annoncer la fin de la production des Contes de Terremer dans le courant du mois de juin 2006.

Sortie en salles

Le studio Ghibli n'a évidemment pas attendu la sortie du premier film de Gorô Miyazaki pour en faire la promotion. Fin février, une premiere bande annonce a été diffusé dans 2 000 salles, ce qui constitue un record historique. En mars 2006, une exposition de reproductions de 23 visuels de 170 sur 235 cm, extraits de la production du film, s'est tenue au musée Ôtemachi (celui-ci à la particularité d’être situé sur le quai de la station Ôtemachi et des couloirs de correspondances de la ligne Toei Mita du métro de Tôkyô), une autre à la Tokyo Anime Fair. Des reportages sur la production en cours ont été diffusés. Enfin, une des chansons du film, entendue dans la bande annonce a fait l'objet de plusieurs représentations en concert et d'une sortie CD en grandes pompes (le thème du film, Therru no Uta (La chanson de Therru), s'est d'ailleurs classée n°1 des ventes).

Quelques semaines avant la sortie, le rythme s'est encore accéléré : de nombreuses conférence de presse sont organisées avec l'équipe du film, les articles et les interviews se multiplient dans les journaux et les magazines (le mensuel Animage, entre autres, consacre son numéro d'août au film) et la télévision japonaise diffuse quotidiennement reportages, publicités et bandes annonces.

Sans surprise, les produits dérivés déferlent déjà dans les magasins : affiches, Artbooks, puzzles, montres, figurines, CD, livres... Les convenience stores Lawson, partenaires de Ghibli, ont mis les bouchées doubles. Outre la vente des goodies, ils organisent de nombreux jeux concours et distribuent gratuitement un prospectus dépliant au format A1 au dos duquel est imprimé le poster originel du film.


Avec une telle couverture médiatique, le succès commercial semble inévitable. Avec 672 700 spectateurs sur 435 salles les deux premiers jours, le film devance toute la concurrence (dont le poids lourd Pirates des Caraïbes 2). Il terminera sa carrière avec plus 8 milliards de yens au box-office (pour information, Le château ambulant avait fait 19 milliards de Yens et Le Royaume des chats, 6 milliards). Si Gorô peut se réjouir de ces résultats, les premières critiques de presse et impressions de spectateurs sont en revanche très mitigées. Plus curiseusement le film reçoit le Bunshun Raspberry Award « récompensant » le pire film de l'année au Japon.

La carrière internationale des Contes de Terremer débute avec sa projection en ouverture de la Mostra de Venise. Après sa sortie dans quelques pays d'Asie, le film est distribué en France à partir du 4 avril 2007.


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