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Les contes de Terremer : Art et technique

Le monde des Contes de Terremer

A l'époque où Hayao Miyazaki voulait réaliser Les contes de Terremer, il a donné un certain nombre d'instructions à l'équipe du studio pour les aider à créer l'univers du film. Selon lui, le monde de Terremer ne doit pas être un univers inventé de toutes pièces, mais une compilation de tous les pays et de toutes les époques. A charge de l'équipe du studio de trouver ces images éparses qui créront un tout, Terremer. Selon le maître, il faut chercher dans la peinture européenne. Il a donc demandé aux artistes du studio de collecter un maximum d'images issues de ce style.

Gorô Miyazaki semble avoir lui-même suivi ce conseil puisqu'il a regardé les œuvres de Pieter Brueghel l'Ancien (1525-1569) et de Hieronymus Bosch (1450-1516) pour la ville et sa foule dépersonnifiée.

 

Comparaison avec Pieter Brueghel l'Ancien (à droite).

Hayao Miyazaki a également indiqué à l'équipe du studio les peintures de Claude Gellée, dit « le Lorrain », dont les temples romains constituent un motif classique récurrent.

 

Comparaison avec « le Lorrain » (à droite).

Dans la même optique, l'équipe du studio s'est intéressée à des peintures de ruines anciennes réalisées par les artistes européens du 19ᵉ siècle comme le peintre romantique Caspar David Friedrich (1774-1840) et le peintre symboliste Arnold Böcklin (1827-1901). Hayao Miyazaki estime que l'architecture a atteint son paroxysme avec l'Empire romain et que cet âge d'or ne pourra plus jamais être dépassé. Les gens cependant sont restés dans ces lieux devenus ruines, dans cette ère crépusculaire.

 

Comparaison avec Caspar David Freidrich (à droite).

C'est après ces recherches que Hayao Miyazaki et le reste de l'équipe se sont mis d'accord sur la description générale de Terremer, un monde où les hommes ont bâti des nids de termites sur un lieu historique et politique autrefois majestueux et magnifique.

Outre ces influences picturales clairement revendiquées par l'équipe du film, on peut également remarquer des analogies avec le travail de la lumière chez William Turner, peintre romantique anglais du 19ᵉ siècle, et notamment dans son tableau Didon faisant construire Carthage.

 

Comparaison avec William Turner (à droite).

Par la suite, une autre influence évidente pour Gorô Miyazaki dans la conception de l'univers des Contes de Terremer est l'œuvre de son père lui-même, notamment Nausicaä de la Vallée du Vent et surtout son manga précurseur Le voyage de Shuna (Cf. Analyse).

Le graphisme

La rapidité de production n'a pas trop affecté la qualité de l'animation, même si on peut regretter un design un peu trop simple pour les personnages et quelques scènes moins bien animées. Le studio a de nouveau fait appel aux techniques 3D pour des mouvements de caméras complexes. Mais comme pour Le château ambulant elles sont bien intégrées et ne choquent pas.

Le character design est l'œuvre de Gorô Miyazaki. On pourrait pourtant jurer que les deux héros (Arren et Therru) ont été créés par son père tant leurs physiques correspondent aux archétypes miyazakiens. Pourtant les croquis préliminaires annonçaient un tout autre character design. Mais le producteur Toshio Suzuki, ne souhaitant pas prendre de risque étant donné la durée de production, demanda à l'équipe du film et aux animateurs de reprendre les types de personnages sur lesquels ils ont l'habitude de travailler.

 

Character design initialement envisagés pour Epervier et Arren.

Pour l'animation des personnages, une attention particulière a été portée à Arren, héros traqué par l'Ombre. Le directeur de l'animation Takeshi Inamura a beaucoup travaillé sur ses expressions, pour beaucoup inédites à ce jour dans un film du studio Ghibli.

Gorô Miyazaki et le directeur artistique Yôji Takeshige ont longtemps réfléchi sur l'atmosphère qui devait se dégager des décors. Ils ont cherché à donner au spectateur une impression de profondeur. Pour cela, ils ont utilisé des couleurs plus marquées et ont renforcé les zones d'ombres.

Parce que le style des décors est sensiblement différent de ce qui avait été réalisé jusqu'ici au studio, la chef coloriste Michiyo Yasuda a connu beaucoup de difficultés. A cause de la profondeur chromatique des arrières plans, elle ne pouvait plus prendre les couleurs claires qu'elle avait l'habitude d'utiliser. Avec beaucoup de persévérance, elle finit par établir une charte graphique en accord avec ce nouveau style mais Gorô Miyazaki raconte qu'elle s'est mise en colère contre Takeshige et lui-même quotidiennement !

 

La musique

La musique des Contes de Terremer a été confié à Tamiya Terashima, et non à Joe Hisaishi, qui décidément ne travaille que pour Miyazaki père.

Le sublime thème principal, Therru no Uta (La chanson de Therru), composition de Hiroko Taniyama, est interprétée par la doubleuse Aoi Teshima. Gorô Miyazaki a lui-même écrit les paroles en s’influençant du poème Kokoro (Le cœur) de Sakutarô Hagiwara, poète décédé, extrêmement célèbre au Japon. Le réalisateur voulait une chanson nostalgique qui puisse toucher l’esprit de tout le monde. Les spectateurs l'ayant découvert à l'occasion de la bande annonce ont été très touchés par les paroles et la mélodie.


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