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Les contes de Terremer : L'adaptation

Le Cycle de Terremer d'Ursula K. Le Guin

Terremer (Earthsea) est un cycle majeur de la Fantasy, écrit dans les années 60 par Ursula K. Le Guin.

Les trois premiers volumes du cycle forment la trilogie initiale (couverture de l'édition française ci-contre).
Ils racontent la vie du sorcier Ged (Epervier) :

Dix-sept ans plus tard, Le Guin reprend son cycle en ajoutant trois nouveaux livres.

Gorô Miyazaki a choisi d’adapter le troisième tome de Terremer, L'ultime rivage. Cependant, des éléments du quatrième tome sont également présents.

« Terremer est un vaste monde dominé par les mers et où les hommes vivent grâce à une multitude d’îles émergeant des flots. Dans ces contrées, on croit que chaque chose, chaque être vivant, possède un Nom Véritable, qu’il est le seul à  connaître. Toute personne connaissant le Nom Véritable d’un autre détient la capacité de le commander. Ce pouvoir est la base du savoir des mages, qui peuvent ainsi maîtriser les éléments et les commander. »

Une adaptation fidèle ?

« Ce n'est pas mon livre. C'est votre film. C'est un bon film. » Cette phrase d’Ursula K. Le Guin résume parfaitement l’histoire du film. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une adaptation mais plutôt d’une inspiration, où l’on retrouve des personnages et des thèmes de Le Guin, mais complètement remaniés. Ainsi, Gorô Miyazaki n’hésite pas à mêler le troisième et le quatrième tome de Terremer, Therru et Tenar se mêlant à la quête d’Epervier et d’Arren. En l'incluant dans l'histoire, Gorô a-t-il voulu donner un pendant féminin à Arren et créer ainsi un couple digne de ceux de son père ? D'autres exemples semblent prouver cette volonté de recréer un monde proche de ceux créés par Hayao Miyazaki. Ainsi, le personnage d'Aranéide, mage puissant qui menace Terremer, est certes masculin comme son homologue de papier, Cygne, mais il a pourtant un physique très ambigu, très efféminé dans les traits comme dans la carrure. Cet aspect très féminin place le personnage dans la lignée des femmes de pouvoir qui émaillent la filmographie de Miyazaki père, de Kushana à Madame Suliman, en passant par Dame Eboshi.

Le film est également bien plus violent que l’histoire originelle, avec des scènes parfois dures, comme la bataille finale entre Aranéide et Arren. Ce dernier a par ailleurs des accès de violence chez Gorô Miyazaki totalement inattendus, le conduisant même à un parricide. On est donc à mille lieues du personnage de Le Guin, certes, angoissé par la mort, mais jamais coupable d’une telle atrocité ! Le fait que son épée ne se dégage de son fourreau qu’à la fin, lorsqu’il accepte son destin, est là encore une invention de Gorô Miyazaki, qui évoque irrésistiblement la légende d’Arthur et d’Excalibur. Quant à Epervier, alors qu’il incarne chez Le Guin le personnage phare de l’ensemble des Contes de Terremer, il apparaît ici en retrait, il est même simple spectateur du dénouement final, laissant place au couple de jeunes héros incarnés par Arren et Therru.

L'histoire même respecte les thématiques générales, comme le déséquilibre du monde, la peur de la mort, le refuge trouvé par certaines personnes dans l'hazia. Mais les évènements généraux différent largement, comme la rencontre entre Epervier et Arren, leur quête, ou le dénouement de l'histoire. Surtout, on est frappé par l’absence totale de la mer dans l’œuvre de Gorô Miyazaki, qui place son action dans la campagne d’une terre inconnue, bien loin de l’odyssée d’Epervier et Arren chez Le Guin. On s'éloigne donc de l'histoire originelle, tout en gardant les thématiques. On peut cependant comprendre les raisons de ces changements. Il fallait présenter une œuvre se suffisant à elle-même, là où l'œuvre de Le Guin se déploie sur trois tomes, L'ultime rivage étant l'aboutissement d'une histoire complexe, riche et surtout dense. L'histoire contée par Gorô Miyazaki devait être compréhensible par tous, et pas seulement par les lecteurs de l'auteur américain. De même, le troisième tome de Le Guin est centré principalement autour de deux personnages et émaillé de longs discours, parfois redondants, difficiles à mettre en scène. On constate donc une certaine liberté prise par le jeune réalisateur, preuve d'une certaine confiance en soi et d'une certaine audace pour une première œuvre.


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