Une adaptation fidèle du roman d'Ursula Le Guin?
« Ce n'est pas mon livre. C'est votre film. C'est un bon film." Cette
phrase d’Ursula Le Guin résume parfaitement l’histoire
du film. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une
adaptation mais plutôt d’une inspiration, où l’on
retrouve des personnages et des thèmes de Le Guin, mais complètement
remaniés. Ainsi, Goro n’hésite pas à mêler
le troisième et le quatrième tome des Contes de Terremer,
Therru et Ténar se mêlant à la quête d’Epervier
de d’Arren. En l'incluant dans l'histoire, Goro a-t-il voulu donner
un pendant féminin à Arren et créer ainsi un couple
digne de ceux de son père? D'autres exemples semblent prouver
cette volonté de recréer un monde proche de ceux créés
par Hayao Miyazaki. Ainsi, le personnage de Aracnéide, mage puissant
qui menace Terremer, est certes masculin comme son homologue de papier,
Cygne, mais il a pourtant un physique très ambigu, très
efféminé dans les traits comme dans la carrure. Cet aspect
très féminin place le personnage dans la lignée
des femmes de pouvoir qui émaillent la filmographie de Miyazaki
père, de Kushana à Suliman, en passant par Lady Eboshi.
Le film est également bien plus violent que l’histoire originelle,
avec des scènes parfois dures, comme la bataille finale entre
Aracnéide et Arren. Ce dernier a par ailleurs des accès
de violence chez Goro Miyazaki totalement inattendus, le conduisant même à un
parricide. On est donc à mille lieues du personnage de Le Guin,
certes, angoissé par la mort, mais jamais coupable d’une
telle atrocité ! Le fait que son épée ne se dégage
de son fourreau qu’à la fin, lorsqu’il accepte son
destin, est là encore une invention de Goro Miyazaki, qui évoque
irrésistiblement la légende d’Arthur et d’Excalibur.
Quant à Epervier, alors qu’il incarne dans Le Guin le personnage
phare de l’ensemble des Contes de Terremer, il apparaît ici
en retrait, il est même simple spectateur du dénouement
final, laissant place au couple de jeunes héros incarnés
par Arren et Ténar.
L'histoire même respecte les thématiques
générales, comme le déséquilibre du monde,
la peur de la mort, le refuge trouvé par certaines personnes dans
l'hazia. Mais les évènements généraux différent
largement, comme la rencontre entre Ged et Arren, leur quête, ou
le dénouement de l'histoire. surtout, on est frappé par
l’absence totale de la mer dans l’œuvre de Goro Miyazaki,
qui place son action dans la campagne d’une terre inconnue, bien
loin de l’odyssée d’Epervier et Arren chez Le Guin.
On s'éloigne donc de l'histoire originelle, tout en gardant les
thématiques. On peut cependant comprendre les raisons de ces changements.
Il fallait présenter une oeuvre se suffisant à elle-même,
là où l'oeuvre de Le Guin se déploie sur trois tomes,
L'Ultime Rivage étant l'aboutissement d'une histoire complexe,
riche et surtout dense! L'histoire contée par Goro Miyazaki devait être
compréhensible par tous, et pas seulement par les lecteurs de
l'auteur américain. De même, le troisième tome de
Le Guin est centré principalement autour de deux personnages et émaillé de
longs discours, parfois redondants, difficiles à mettre en scène.
On constate donc une certaine liberté prise par le jeune réalisateur,
preuve d'une certaine confiance en soi et d'une certaine audace pour
une première oeuvre.

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