| Films | Sero Hiki no Goshu |
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Origines et projet de gAUCHE le violoncellisteLes origines du filmCréé au début des années 1970, Ô-Production était un studio spécialisé dans les formats courts et les séries. Au milieu des années 70, les exécutifs de la firme ont décidé d'investir dans une œuvre de catalogue susceptible d'augmenter la notoriété de leur petite infrastructure. Cependant, le budget du film devait rester limité et le nombre de techniciens restreint. Le producteur Koichi Murata veut attirer des artistes doués et remédier aux défiances budgétaires sans vendre son âme au diable ni hypothéquer l'avenir de sa société. Il fait alors deux choix audacieux qui s'avèreront payants : donner carte blanche aux animateurs et ne pas limiter la production dans le temps. Réalisé presque bénévolement sur une période de six ans, Gauche le Violoncelliste a bénéficié du total engagement des membres du staff technique qui, entre deux contrats, ont sacrifié leurs congés pour s'investir corps et âme dans un projet qu'ils ont entièrement conçu. "Je désirais depuis longtemps financer un film issu d'un ouvrage japonais", commente Koichi Murata. "A l'époque, le dessinateur Toshitsugu Saita était employé dans ma société de production mais, perfectionniste, il avait pris un congé d'un an pour améliorer son style graphique (...). Je lui ai quand même proposé de profiter de son temps libre pour faire un film avec moi. Au départ, je pensais que la bande deviendrait un court-métrage de 30 ou 40 minutes, et que Isao Takahata s'occuperait du story-board. Je croyais que l'affaire serait rondement menée. Mais, rien ne s'est vraiment déroulé comme je le prévoyais. Il a notamment été compliqué d'obtenir la permission des ayant droits. Initialement, le petit frère de Kenji Miyazawa ne souhaitait pas que le film soit produit. Isao Takahata, très prudent, pensait lui aussi qu'il ne fallait pas adapter en animation cette nouvelle de Miyazawa. Mais comme j'étais persuadé que le sujet était adéquat, j'ai fini par les convaincre tous deux" Cela faisait un certain temps que Takahata voulait adapter un roman de Miyazawa à l'écran, "mais cette chimère m'a longtemps semblé insaisissable, car ses œuvres se situent dans un monde imaginaire nommé Ihatobu dont chaque lecteur possède une représentation personnelle", explique Isao Takahata. "L'adaptation en image de cet univers risquait de ne pas correspondre aux visions de chacun. Heureusement, la nouvelle Gauche le Violoncelliste est un peu différente. Je me suis dit que si l'on respectait la trame de l'histoire en la modifiant légèrement, la translation cinématographique était envisageable. Je souhaitais ardemment réaliser un film sur le Japon, ce qui était très rare à l'époque. L'action de la plupart des films d'animation se déroule dans des univers de type occidental qui, pour les Japonais, sont la référence en matière de fiction et d'exotisme, puisqu'ils diffèrent de leur quotidien. Parvenir à financer puis à vendre Gauche le Violoncelliste était donc une gageure, car le film est profondément ancré dans le folklore nippon, même si son message transcende les frontières". ![]() Sero Hiki no Goshu : de la nouvelle au film.Sero Hiki no Goshu est une nouvelle de Kenji Miyazawa (1896-1933) et a été tirée du recueil Train de nuit dans la Voie lactée. Cette sorte d'autobiographie transformée en fable a été rédigée peu après le retour de l'écrivain à Iwata, lorsque sa sœur est tombée gravement malade puis est décédée. Cet auteur, très connu dans son pays, a renouvelé la poétique, en mettant en scène hommes et bêtes, êtres célestes ou pierres et mousses : il nous projette dans l'univers de l'enfance, où l'invisible et le visible se rejoignent, au bord du merveilleux. Le train de la voie lactée, récit qui se déroule pendant la nuit de la fête du Centaure, égare le lecteur dans un monde où le réel se dissout, un monde merveilleux, un monde féerique. Si l'oeuvre de Miyazawa, quoique inclassable, fait désormais partie des classiques au Japon, elle reste encore relativement inconnu en dehors de son pays (seuls quelques uns de ses ouvrages ont été traduits en français). Transcrit phonétiquement dans le syllabaire katakana "Goshu"
se prononce "Gauche". On peut logiquement supposer que Kenji
Miyazawa connaissait la signification de ce mot en français. Cette
astuce linguistique fut initialement trouvée par Seiroku Miyazawa,
le petit frère de Kenji, qui offrit à son frère un
nom pour sa nouvelle.
Pour ne pas limiter les aventures de Goshu au voyage initiatique d'un musicien, les thèmes abordés dans le livre ont également été traités de manière plus globale dans le film. Là encore, le choix de Takahata est délibéré : "Quand un jeune homme essaye d'atteindre ses objectifs, il rencontre des obstacles, qu'il doit accepter, comprendre et surmonter. Petit à petit, Goshu vainc sa timidité, se prend d'affection pour les autres et il acquiert ainsi son autonomie ; mais il ne s'en rend pas compte. Lorsque les gens de son entourage le félicitent pour ses énormes progrès, il reste incrédule, ne les croit pas. Finalement, à l'heure de la prise de conscience, il comprend la nécessité du dialogue et de l'abnégation… Goshu est un miroir dans lequel toute l'équipe s'est reflétée". Takahata a également gommé certains éléments fantaisistes de l'œuvre de Miyazawa, notamment la scène finale du livre, qui ne voyait pas l'intégration de Goshu dans la société. Cette adaptation semble donc plus proche des aspirations contemporaines, véritable reflet des états d'âmes de l'équipe de réalisation, permettant à n'importe quel spectateur de s'identifier aux tribulations de Gôshu. De l'aveu même du réalisateur : "les modifications apportées dans mon script n'avaient pas comme objet de lénifier le propos de l'œuvre originale. J'ai au contraire tenté de renforcer son impact et son universalité, sans pour autant trahir ma propre sensibilité". Sources : Dossier de presse de "Les films du paradoxe" pour la sortie du film en France Pour plus de renseignements sur la vie et l'oeuvre de Miyazawa n'hésitez
pas à visiter ce site de référence: http://www.kenji-world.net/english/) © Buta Connection |