L'art et la technique
dans Gauche le violoncelliste
Projet non commercial, produit de façon autonome dans le cadre
d'un petit studio dévolu à la sous-traitance, Gauche
le violoncelliste se distingue dans la production japonaise par
l'ambition et la dévotion partagée de l'équipe singulièrement
réduite, qui oeuvra à sa réalisation. Cet ensemble
de conditions particulières contribua à faire de ce film
un véritable laboratoire où se sont élaborés
de nombreux choix et motifs techniques nouveaux qui firent date et font
désormais partie des moyens d'expression du dessin animé
au Japon.
Les dessins
Le design des personnages, le story-board et l'animation clef de la totalité
du film ont été réalisé par un seul homme:
Toshitsugu Saita. Ce travail titanesque a permis une plus grande unité
scénique et graphique. Takahata a laissé une relative liberté
à Saita dans la représentation des personnages mais lui
a donné quelques indications : "A part le coucou, que
je lui ai demandé de représenter de face dans une scène,
je l'ai également obligé à montrer certains personnages
de manière subjective. C'est une des marques de fabrique de l'animation
japonaise. On sacrifie parfois la cohérence stricte au profit de
l'onirisme, pour magnifier les émotions que peuvent ressentir les
spectateurs."
Au niveau de l'animation, la plus grande difficulté rencontrée
par Saita a été de représenter correctement les musiciens.
Le plus grand soin a été apporté à la gestuelle
de Goshu (notamment les doigts) et à la façon dont il répète.
Afin de bien comprendre et assimiler le mouvement des instrumentistes,
des virtuoses ont été filmé en train de jouer. Saita
a ensuite appris les mouvements des doigts et les positions de l'archet
avec un violoncelliste professionnel. "C'était difficile
de dessiner en accordant tous ces paramètres avec la musique, surtout
lorsque Goshu joue seul car, à cet instant, les yeux des spectateurs
sont braqués sur lui, ce qui interdit toute approximation."
Source : Dossier de presse de "Les films
du paradoxe" pour la sortie du film en France
Les décors
Takamura Mukuo est le décorateur du film, selon le choix de Takahata. Celui-ci est alors le directeur du studio Muko et pour avoir conçu les décors de Galaxy Express 999 et de Kamui no Ken. Takahata le connait surtout parce qu'ils ont travaillé ensemble sur la série 3000 lieues en
quête de mère.
Mukuo a trouvé sa source d'inspiration dans un voyage à Gènes. il a été marqué par les effets de lumière et a donc axé son travail sur les décors autour de cette préoccupation et de la notion de profondeur. L'atmosphère Goshu doit refléter un Japon rural, bercé par une lumière douce et par un élement essentiel, l'eau.
Il travaille à l'aquarelle
de Chine et obtient ainsi un lavis nuancé aux couleurs claires et nuancé. Puis il travaille de manière inédite l'aquarelle : il pose une couche de couleur, la laisse sécher, en applique une deuxième, et ainsi de suite. Il décide également de remplir progressivement le décor, la complétant au fur et à mesure de l'application des couleurs. Ce n'est pas l'utilisation de l'aquarelle qui est originale, mais bien la façon dont Mukuo l'utilise qui rendent les décors de Goshu exceptionnel. Ainsi l'ensemble des arrières-plans de Goshu sont conçus selon cette technique très particulière, qui donne une profondeur et une mise en espace au film.
Informations extraites de l'exposition de novembre
2002 à Poitiers
sur les décors de Goshu
La musique
Un
des buts de Takahata dans son film est d'initier et de faire aimer la
musique de Beethoven (et la musique classique en général)
au public. L'oeuvre musicale récurrente du film est la sixième
symphonie de Beethoven, dite Pastorale. Tous les mouvements
et thèmes principaux ont été utilisés et cette
musique illustre le maximum d'images possibles car Takahata voulait que
la symphonie s'apprécie autant auditivement que visuellement. "Peut-être
aurait-on pu réduire les interludes musicaux du film, mais j'ai
insisté pour qu'on utilise les morceaux principaux dans leur intégralité.
Je souhaitais que le spectateur ait envie de réécouter la
sixième symphonie après avoir vu le film." Miyazawa
ne fait pas explicitement mention de cette musique dans sa nouvelle mais
Takahata l'a choisi car il savait que l'auteur l'aimait beaucoup. Par
ailleurs, la Pastorale convenait également parfaitement
au cadre rural dans lequel se déroule l'histoire.
Pour ce qui est des compositions originales du film, Takahata, en mélomane
averti, y a accordé un soin particulier. Même s'il n'a pas
supervisé l'intégralité des séances d'enregistrement,
il a donné des indications précises à l'orchestre
afin de posséder un canevas suffisamment riche pour y broder les
nuances de son style et celles de celui de Miyazawa. Pour cela, Isao Takahata
a commencé paradoxalement par faire une infidélité
au romancier.
Dans sa nouvelle, Goshu joue une rhapsodie pour guérir le souriceau.
"Mais j'ai trouvé ça inadéquat, car ce genre
de morceau est trop bruyant. J'ai donc choisi la Symphonie n°6 de
Beethoven. J'ai demandé à Michio Mamiya d'arranger le morceau
de manière à ce qu'il convienne à un violoncelle
en solo. Je voulais exprimer en cet instant l'harmonie de Goshu et sa
sincère sympathie pour le souriceau". En revanche,
au début du film, la chanson entonnée par un groupe d'enfants
est bien celle qui a été écrite et composée
par Kenji Miyazawa (on retrouvera le thème plus tard dans le film
Pompoko!). Quant aux deux autres morceaux principaux du film,
La Chasse au tigre en Inde et Le joyeux Cocher,
ils sont l'œuvre de Mamiya (compositeur de la bande originale du
tombeau des lucioles). "Je trouve que l'apparente simplicité
du joyeux Cocher rend cette composition entraînante et enjouée.
En ce qui concerne La chasse au tigre en Inde, comme je voulais
souligner le manque d'expertise et de confiance de Goshu, je me suis servi
de ce morceau relativement basique pour mettre en évidence les
tares du héros qui est encore incapable de jouer un morceau compliqué.
Cependant, cette musique est très vive, rythmée, et dégage
suffisamment d'énergie pour mettre le chat en déroute".
De manière plus générale, Takahata désirait
que l'implication du héros dans l'univers musical devienne de plus
en plus importante à chacune de ses performances. Le processus
symbolisé par les rencontres de Goshu avec les animaux est la prise
de conscience de l'interprète: quand il joue, il apporte aux autres.
Plus il joue avec cœur et émotion, plus il s'améliore.
Les différentes rencontres correspondent donc aux étapes
(en raccourci bien entendu) de l'apprentissage du "jouer juste".
On comprend mieux pourquoi ce film particulièrement pédagogique
est encore régulièrement projeté dans les écoles
de musique japonaises.
Source : Dossier de presse de "Les films
du paradoxe" pour la sortie du film en France

© Buta Connection |