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Analyse du Château ambulant (2)

       

Une oeuvre auto-référentielle?

Une impression de redite étreint parfois le spectateur durant le film. Œuvre auto-référentielle? Redite de la part du réalisateur ? Salut final ou compilation ? Voici quelques clins d'œil et quelques scènes qui évoquent irrésistiblement le monde de Miyazaki.

Les mondes magiques de Hauru et de Chihiro semblent très similaires. Ses thèmes de prédilection sont bel et bien là, sans de réels enrichissements formels. Ainsi on retrouve une scène de personnages en état d'apesanteur, rappelant la chute de Haku. Vers la fin, Hauru tombe sur le sol, sous sa forme d'oiseau et les plumes s'envolent, citation quasiment textuelle de la transformation du dragon en Haku. On retrouve également une crise de sanglot avec des larmes énormes rappelant les grosses gouttes qui ruisselaient sur le visage de Chihiro. On remarque aussi des magnifiques scènes de vol sublimant des engins volants semblant tout droit sortis du générique du Château dans le Ciel ou de Nausicaä de la Vallée du Vent. Enfin, la bague que remet Hauru à Sophie pour lui indiquer son chemin jusqu'au château ambulant, semble faire référence à la pierre magique de Sheeta qui pointe de la même manière la cité volante de Laputa.

  

Des plans entiers des scènes de dialogues entre Kiki et le chat Jiji sont appliquées cette fois à Sophie et le chien Hihn, qui cavale à coté d'elle. On retrouve aussi des motifs graphiques sortis de la filmographie de Miyazaki, comme les hommes-caoutchoucs, rappelant le Sans-Visage de Chihiro.

Les thèmes de prédilection du réalisateur sont bien évidemment présents : scène de vols et courses poursuites aériennes bien sûr, force de caractère de l'héroïne principale, absence de manichéisme. Ainsi, les personnages de « méchants » sont ambigus. La terrifiante sorcière des landes du début s'avère être un personnage drôle et inoffensif après avoir perdu ses pouvoirs. Suliman, sous des aspects doux et posés, peut s'avérer terrible.

Mais attention, d'autres scènes peuvent être comprises comme des redites totales quant à la mise en scène de Miyazaki, alors qu'elles ne sont qu'une reprise fidèle du roman. Ainsi, Hauru se couvre d'une substance verte qui s'étend lentement rappelant inévitablement le Dieu Cerf dans Mononoke Hime. Or cette scène et cette description se trouve mot pour mot dans le chapitre 2 du livre de Dianna Wynne Jones, écrit des années avant les aventures de San et Ashitaka. Ces deux univers entrent donc ici en totale fusion, et il suffit à Miyazaki de prêter sa mise en scène et son graphisme à l'univers de l'auteur anglais.

Il est vrai qu'en réfléchissant bien et comme le remarque très justement l'article de Sébastien Célimon dans le numéro 107 d'Animeland, qu'on peut comprendre toutes ces « redites » comme la volonté pour Miyazaki de présenter une compilation de sa filmographie, une sorte de clôture à un cycle. Il est à noter que cette fois-ci, selon M. Suzuki, Miyazaki n'a pas ressorti son histoire de mise à la retraite anticipée et qu'il aurait même déclaré qu'il souhaitait rester encore actif une dizaine d'années…
 

En revanche, le Château ambulant tranche vraiment par rapport à d'autres aspects de la filmographie du réalisateur. En effet, Miyazaki assume pour la première fois une histoire d'amour assumée jusqu'à la fin par un baiser. Auparavant, les amours de Marko et Gina ou Ashitaka et San n'aboutissaient pas à l'écran. Seule une scène entre Fio à Marko montrait un baiser mais pour des raisons évidentes de référence aux mécanismes du conte de fées. Ici, on assiste à une véritable love-story. Mais nous reviendrons sur cet élément à la fin de l'analyse.

Autre nouveauté notoire : Hihn n'est pas sans évoquer les "side-kicks" de Disney (à la différence que Hihn est bien moins bavard!). Le vieux chien accompagnant l'héroïne pourrait rappeller le rat et l'oiseau dans le Voyage de Chihiro. Il ne semble n'avoir qu'un but, celui de faire le pitre à des moments critiques ou tendus. Mais là où Bou et Yuba-bird apportaient une touche de légèreté, Hihn apparaît plutôt comme un ressort comique un peu lourd, et parfois même en trop. Sa présence jusqu'à la fin du film peut cependant être assimilée à un rôle de témoin pour Suliman des mésaventures de Hauru et Sophie.

De même, Miyazaki se lance dans une évocation du voyage temporel (esquissé légérement dans Chihiro). Ce passage ne figure absolument pas dans l'ouvrage original et relève de la pure imagination de Miyazaki. En effet, à la fin, Sophie se retrouve projetée dans le passé et assiste à la scène d'où tout est parti, la clé de voûte de l'énigme du Château ambulant : elle voit le sorcier, encore enfant, donner son coeur à Calcifer. Avant de se retrouver projetée dans le présent, elle a le temps de crier au démon et à Hauru « Je suis Sophie. Attendez-moi dans le futur ». On comprend donc que depuis le début, Hauru et Calcifer connaissent Sophie et attendent désespérément que celle-ci lève leur malédiction. Cela explique alors la relative facilité avec laquelle Sophie pénètre dans le château, l'obéissance de Calcifer ou encore l'extrême tolérance de Hauru à son égard. Tous deux savent qui est Sophie, mais ne peuvent le révéler, puisque leur malédiction ne peut être prononcée par aucun d'eux.

         

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