Radio capital (05/09/2004)

Une âme contre la guerre

Par Chiara Ugolini

Parmi les films les plus applaudis et aimés au festival, figure sans aucun doute "Le château du magicien" de l'oscarisé Hayao Miyazaki, la première pellicule d'animation en lice pour le Lion d'or depuis trente ans.

Le poête de l'animation japonaise a envoyé à Venise, en avant-première mondiale, une fable qui parle d'amour et de guerre, des relations entre les enfants et les personnes âgées, des difficultés du troisième âge.

Le film raconte l'histoire de la chapelière Sophie (elle rappelle beaucoup l'héroïne de la série animée "Anne aux cheveux roux", une création de Miyazaki [ndrl : c'est l'adaptation d'un roman réalisée par Takahata]), qui lors d'un de ses rares passages en ville rencontre le magicien Howl, un très beau jeune homme qui connait les formules les plus étranges et dispose des pouvoirs des plus singuliers y compris celui de mouvoir son propre château sur d'étranges pattes de poule.

La Sorcière du Gâchis se méprenant sur la relation entre Sophie et Howl jette sur la jeune fille une malédiction la transformant en une vieille femme de 90 ans. Sous cette apparence, Sophie s'installe comme gouvernante dans le château de Howl apportant fraîcheur, propreté et amour dans la vie du magicien, jusquà ce qu'une magicienne puissante et une guerre attisée par un roi portent le jeune Howl entre flammes et explosions.

A la place du maître Miyazaki ("c'est un homme timide qui, après les succès et les récompenses reçues, trouve qu'on fait trop attention à lui"), son producteur Toshio Suzuki, président du studio Ghibli, l'extraordinaire fabrique qui porte comme sous-titre -en italien- Museo d'Arte [ndrl : cette désignation est en fait celle du musée Ghibli et non celle du studio], a répondu à la curiosité des journalistes.

"Il y a au moins quatre thèmes qui tenaient à coeur à Miyazaki : pour la première fois dans son film, il y a une véritable histoire d'amour; c'est un film qui s'adresse en particulier au public de plus de 60 ans qui se reconnait dans les problèmes de Sophie ayant vieilli et qui veut explorer le rapport entres les enfants et les personnes agées à travers la relation entre l'héroïne et le petit garçon qui vit dans le château de howl, Markl [ndrl : Michael]. Enfin, le personnage du magicien a été recréé par Miyzaki et inspiré de lui-même: Howl a beaucoup des caratéristiques de son créateur, la première d'entre elles étant l'aversion pour la guerre"

Encore une fois, après "Princesse Mononoke" et "le Voyage de Chihiro", le personnage principal est une femme. "Monsieur Miyazaki dit toujours que, le monde étant fait pour moitié d'homme et pour moitié de femmes, et étant lui-même un homme, il s'intéresse surtout aux femmes. Le fait ensuite d'avoir trois frères accentue peut-être encore un peu plus sa faiblesse pour les femmes."

Après l'Ours d'or à Berlin et l'Oscar, la vie de Miyazaki et son travail - assure Suzuki - n'ont pas changé : nous travaillons en équipe, dans notre studio il y a tellement de personnes, si nous nous faisions influencer par les récompenses, comment pourrions-nous gérer une entreprise? Pour nous, ce qui compte est donner le meilleur au public.