Par Delphine Valloire
Un film d'animation de Hayao Miyazaki
Venise 2004 – Compétition officielle
Synopsis : Ignorant la guerre qui se prépare au dehors, Sophie, une jeune fille solitaire, fabrique sans joie des chapeaux dans la boutique qui appartenait à son père. Lors d'une de ses rares sorties en ville, elle rencontre le magicien Howl qui la protège contre une attaque de démons sombres et visqueux. Fascinée par le charisme et la beauté de Howl, Sophie essaie de reprendre ses esprits quand la Sorcière du Gâchis, renseignée par ses démons et piquée par la jalousie la transforme en vieille femme. Sophie s'enfuit avec difficulté dans la montagne à la recherche du château mobile de Howl…
Critique : CQFD. Une fois tombé dans l'univers merveilleux de Monsieur Miyazaki, il est très difficile d'en sortir. Ces films sont autant d'élixirs de pur bonheur, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres. Et ce dernier opus, après les succès planétaires de « Princesse Mononoke » et du « Voyage de Chihiro », le prouve une fois de plus. Mais cette fois-ci, l'aventure paraissait presque risquée pour le studio Ghibli : seulement deux ans d'attente au lieu de cinq ou six pour ce long métrage « Howl's Moving Castle » adapté du livre éponyme, grand succès de la littérature pour enfants.
Comme toujours, l'histoire prend place dans un pays imaginaire, un puzzle de cartes postales venues d'Autriche, d'Allemagne ou d'Alsace, avec de petites maisons à colombages, des crinolines et des jeunes hommes en uniforme début de siècle qu'on croirait échappés d'un film de Max Ophuls. Sophie l'héroïne échappe à une existence morose en une rencontre. Le magicien Howl, à la beauté androgyne, qui semble inspiré à la fois par Albator et David Bowie période Glam Rock la sauve de démons puis la recueille lorsqu'elle n'est plus qu'une vieille dame rigolote et têtue. Au fil des rebondissements, une drôle de famille se compose dans le château tarabiscoté de Howl : un petit garçon, le feu Calcifer râleur mais sensible, un magicien un peu lunatique, Sophie, un chien asthmatique, une grand-mère obèse un peu gaga et un épouvantail affable.
Si le film est irracontable c'est qu'il contient à peu près une idée éblouissante à la minute. En magicien génial, Miyazaki les présente comme autant de surprises, qui donne l'impression d'ouvrir des boîtes magiques ou des cadeaux en permanence suscitant l'étonnement. Toutes les références se télescopent et se mélangent – contes russes, magicien d'Oz, Alice au pays des Merveilles tombant dans un faille du Temps - , sans jamais que le film perde son âme. Regarder “Howl's Moving Castle”, c'est remontrer le temps, redevenir pendant deux heures un enfant absolument émerveillé. Et cette magie étrange, ce pouvoir que possède Miyazaki dont il use en virtuose s'appelle l'imagination.