Après l'immense succès du VOYAGE DE CHIHIRO et la récente sortie du CHATEAU DANS LE CIEL (datant de 1986), le nouveau film du maître de l'animation japonaise se présente comme un film sommaire de l'univers myazakien réunissant à la fois la dimension merveilleuse et poétique de CHIHIRO et l'aspect politique abordé dans PRINCESSE MONONOKE.
L'histoire met en scène Sophie, une jeune fille qui fabrique des chapeaux dans une petite boutique. Alors qu'elle sort en ville, elle fait la connaissance de Hauru le Magicien. La Sorcière des Landes jalouse de cette relation lui jette un maléfice et Sophie devient une vieille femme de 90 ans.
Inspiré d'un roman pour enfant intitulé « Howl's moving Castle » de Diana Wynne Jones, LE CHATEAU AMBULANT est un récit fantastique où l'on retrouve tous les motifs récurrents des précédents films de Myazaki : les hommes caoutchoucs de la sorcière des Marais ainsi que la glue verte qui émane de Hauru rappellent les monstres dont Chihiro doit s'occuper, le petit village et le magasin où travaille Sophie rappelle la boulangerie où officie Kiki, l'héroïne de Kiki la petite sorcière, de même pour les machines volantes sortis tout droit de Porco Rosso ou du Château dans le ciel.
Mais l'essentiel n'est pas dans ce jeu de reconstitution car dans ce film transparaît avant tout l'audace visuelle et la richesse narrative propre au cinéaste japonais qui réussit à la fois à nous émerveiller et à nous faire rire. En effet, face à la difficulté des changements de décors abordés dans le livre, Miyazaki imagine un système magique qui permet à l'habitant du château de tourner un cadran et de passer d'une rue en ville à une prairie bordée d'un lac.
La dimension humoristique est présente tout au long du film avec le démon du feu Calcifer qui vit dans la cheminée du château ambulant. C'est à la fois un personnage à part entière qui tente de défendre ses intérêts et apporte une touche d'humour dans une toile de fond un peu sombre avec la guerre et les bombardements.
La minutie apportée aux décors étonne toujours avec notamment la magnifique chambre du personnage Hauru. Comme un fil rouge traversant toute l'œuvre, on retrouve cette lutte entre le bien et le mal et des personnages ambigus qui subissent des sortilèges et des transformations en tout genres, une dimension présente à travers le personnage d'Hauru à la fois magicien et démon, qui se bat contre les destructions et la dévastation militaire.
Alors que dans Chihiro, le rêve et le fantastique irrigue toute l'intrigue,
ici l'imaginaire est de plus en plus contaminé par la dimension tragique
de la guerre qui fait rage. Le film devient de plus en plus sombre ce qui peut
dérouter certains fans du lyrisme myazakien.
Cette réalisation n'est pas l'œuvre la plus aboutie du maître
mais permet à Miyazaki d'approfondir ses thèmes de prédilection
comme les nombreuses métamorphoses des personnages qu'elles soient physiques
ou morales tout en délivrant une réflexion engagée sur
la guerre. A la fois comédie loufoque, quête initiatique et histoire
d'amour, LE CHATEAU AMBULANT reste avant tout un très grand film d'animation.
Florence Pommery