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Le château ambulant : Adaptation du roman

Le château ambulant est l'adaptation du célèbre roman de la britannique Diana Wynne Jones Howl's Moving Castle (Le château de Hurle en français), publié en 1986 en Grande-Bretagne et seize ans plus tard en France (éditions Le pré aux clercs). Diana Wynne Jones est reconnue comme l'un des meilleurs auteurs de son pays dans le registre du fantastique pour enfants, auquel elle se consacre largement et avec succès depuis 1970, alignant trente titres à son actif.

 

L'histoire originale

Sophie est une jeune fille de dix-huit ans, persuadée qu'être l'aînée de la famille est une tare. Pensant que son destin ne lui réserve rien d'intéressant, elle va pourtant être métamorphosée en vieille femme par la cruelle sorcière du Désert. Partie chercher sa fortune ailleurs, elle se retrouvera au château du magicien Hurle, un sorcier prétendument cruel et puissant. Elle fera la connaissance de Michael, son apprenti et Calcifer, son démon du feu. Souvent exaspérée par les caprices et la désinvolture du sorcier, elle apprendra pourtant qu'il est un garçon intelligent et d'une bonté extrême, peut-être corrompu par une grande solitude et un contrat mystérieux passé avec son démon du feu. Sophie devra, sur la demande de Calcifer, découvrir comment rompre ce contrat, tout en cherchant à résoudre les nombreuses énigmes du pays d'Ingary, qui semblent toutes mystérieusement liées à Hurle et à la sorcière du Désert...

L'adaptation de Hayao Miyazaki

Le roman Howl's Moving Castle est une histoire ironique, pleine d'humour, de suspense et de romance qui, bien avant Shrek, s'amusait à détourner les conventions inhérentes aux contes de fée.

Hayao Miyazaki a pourtant pris d'autres directions cinématographiques depuis 1997, à l'époque où il réalisait des films aux thèmes plus sombres. Même s'ils étaient toujours destinés à un public jeune, le message semblait être plus grave. A la suite du Voyage de Chihiro, une œuvre foisonnante, au lyrisme n'ayant d'égal que ses innombrables niveaux de lectures, il était désormais difficile d'imaginer quel tournant prendrait le réalisateur-phare du studio Ghibli, surtout après ses multiples annonces de retraite anticipée. Pourquoi dès lors accepter d'adapter Howl's moving Castle ?

Sur le choix de l'œuvre originale, Diana Wynne Jones explique que « Howl's Moving Castle est un livre très visuel. Je pense qu'il a retenu l'attention de Miyazaki parce qu'il illustre un récit se déroulant simultanément dans plusieurs lieux. Il adore les paysages différents, mêlés ou superposés, et de tels éléments sont surabondants dans le roman. L'animation est vraiment un médium idéal pour relater des événements magiques. J'imagine que Miyazaki peut instantanément réfléchir à la façon dont il va animer un démon du feu. »

Selon le producteur Toshio Suzuki, Miyazaki appréciait l'idée d'une adolescente qu'un magicien aurait transformée en vieille femme. Rares sont les dessins animés dont les protagonistes sont âgés, et le cinéaste a paraît-il longuement réfléchi sur la question du physique de son héroïne. Jones, quant à elle, avait ses propres raisons de la concevoir âgée. « J'ai découvert, en écrivant ce roman, que les femmes mûres sont bien plus amusantes que les jeunes » confie l'auteur. « J'espère que Miyazaki l'a également constaté. Confier le statut d'héroïne a un tel personnage n'a peut être jamais été fait dans le passé, mais cela m'a toujours interpellée. Les gens n'ont tout de même pas l'esprit aussi étriqué ? ».

Jones décrit son contrat avec le studio Ghibli comme minimal. « Mon seul véritable contact fut la rencontre avec un groupe délégué par le studio, venu me voir en compagnie d'interprètes. Ce groupe tenta d'établir une assise visuelle adéquate pour le film. »

Comme pour Kiki, la petite sorcière, le scénario a dévié de l'histoire originale du livre, Miyazaki ayant toujours tendance à ajuster le matériel de base à sa convenance. Mais bien qu'ayant élagué ou modifié beaucoup d'éléments du livre, le réalisateur lui est toutefois resté aussi fidèle que possible dans l'esprit. Jones n'avait, selon ses propres aveux, aucune crainte. « Je suis une admiratrice de Miyazaki depuis de nombreuses années (Ndlr : elle a découvert le réalisateur avec Le château dans le ciel). Il a la faculté de faire des images magnifiques et précises, sans perdre le rythme et l'élan de son histoire. Je suis mal placée pour me défier ou émettre des réserves. Un livre peut être transposé à l'image tout comme il est traduit dans une autre langue. »

On remarque cependant de nombreuses libertés par rapport à l'histoire du roman. Ainsi, dans le roman, les sœurs de Sophie, Lettie et Martha, ont un rôle très important et permettent de mettre en place un imbroglio amoureux digne des meilleurs vaudevilles : Hurle est amoureux de Lettie, qui est en fait Martha, mais cela rend jaloux Michael (qui est un jeune homme et non un petit garçon), qui aime la véritable Lettie (ouf !). Et en fait, celle que Hurle prend pour Lettie est en réalité Sophie qu'il a pu apercevoir jeune ! Cet aspect très confus est totalement abandonné par Miyazaki, car ce nœud sentimental était probablement bien trop complexe à représenter sans perdre complètement l'attention du spectateur. De même il simplifiera le dénouement du roman qui paraît bien trop difficile à représenter. Miyazaki adapte ainsi l'écrit au support visuel, car si le lecteur peut revenir sur un passage incompris, le spectateur, lui, doit comprendre immédiatement ce qu'il voit.

La sorcière Suliman, aux idées machiavéliques, n'est absolument pas celle du roman. D'une part, il s'agit d'un sorcier, et d'autre part, il a disparu depuis plusieurs mois, ainsi que le frère du roi, le prince Justin, qui était parti à la recherche du sorcier royal. Le roi soupçonne la sorcière du Désert comme cause de ces disparitions et embauche Hurle pour les retrouver. L'intrigue est donc très différente. Miyazaki semble abandonner l'idée d'un simple duel entre deux sorciers pour insister sur l'aspect apocalyptique que ce simple conflit peut engendrer. De plus, il préfère éviter un certain manichéisme et nuance chacun de ses personnages. Il n'y a pas ici de « super-méchant », tandis que la sorcière du Désert apparait comme un personnage horrible de l'œuvre de Diane Wynne Jones.

Miyazaki laisse également de côté l'aspect contemporain de l'œuvre. Dans le roman, Hurle est non seulement sorcier, mais aussi un jeune Gallois du XXᵉ siècle, méprisé par sa famille. Dans Le château ambulant, rien de tel, le sorcier ayant visiblement vécu toute son existence à Kingsbury. Miyazaki semble vouloir insister sur l'aspect féérique du conte et non pas sur un aspect réaliste et contemporain.

Après le visionnage du film, Diana Wynne Jones a donné à Animeland ses impressions sur le film : « Je l'ai beaucoup aimé. L'animation est superbe, et j'ai beaucoup ri, autant que quand j'ai écrit le livre. Ce n'est certes pas mon œuvre, mais au moins jusqu'à sa moitié, c'est un film qui pénètre vraiment à l'intérieur de mon livre, et lui rend hommage de la meilleure manière. [...] Mais dans la seconde moitié du film, Miyazaki a choisi de dévier nettement de l'intrigue que j'avais écrite. »


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