| Films | Arupusu no shôjo Haiji |
|
La création de heidi (2)TechniqueSur Heidi, Takahata et son équipe se retrouvent à nouveau confronté aux contraintes techniques de la production de série TV. Ils doivent donc abandonner l’idée d’une animation souple pour une animation minimaliste qui répond aux cadences exigées par la télévision. A l’écran, l’animation est saccadeé, bien sûr, mais se rattrape par une grande variété de poses que l’on peut attribuer à Kotabe et Miyazaki au poste du layout. Ce poste, qui intervient après la mise en image du scénario dans l’étape du story board, est toujours difficile à définir simplement. Il faut tout d'abord comprendre comment fonctionne la décomposition d'un plan : souvent un décor et la (ou les) couche(s) d’animation. Ces éléments à créer sont demandés aux décorateurs et animateurs. Au stade du layout, on place les personnages en action dans le plan, ce qui équivaut souvent à une ébauche de poses clefs et ce qui tendrait à expliquer pourquoi on a tendance à reconnaître la patte de Miyazaki à l’écran dans le posing des personnages. La série Heidi a nécessité trois fois plus de cellulos qu’une série de l’époque. On ressent à l’écran cette surabondance de dessins en distinguant très peu de réutilisation d’animations, procédé utilisé et décrié dans les séries d’animations japonaises mais qui est en fait la marque de fabrique de ce genre de séries partout dans le monde. Cette intelligente pirouette dans la gestion de l’animation peut être attribué au character design, très malin, de Kotabe qui a su créer, outre un graphisme marquant encore 30 ans plus tard, un dessin tout en rondeur pour les personnages. On aboutit à une économie de traits, donc le dessin est très facile à redessiner et à animer. Concernant les décors, Masahiro Ioka et son équipe ont la lourde tâche d’amener une ambiance et de la couleurs à l’image. En revanche, peu de couleurs sont attribuées aux personnages, les ombres portées sont très rares, sans doute pour faciliter le gouachage des cellulos, déjà abondants. On peut remarquer certains détails, comme par exemple, le fait que les costumes des personnages ne soient jamais renouvelés : Heidi n’aura que 4 robes dans toute la série, Claire, même à la montagne, ne quittera jamais sa robe de ville, alors que sa condition sociale, mais surtout l’aspect pratique de la chose, devrait l’y autoriser… On pourrait croire que cette économie dessert la qualité de la série. Mais il n'en est rien à l’écran. Car encore une fois, la qualité et la multiplication des poses, associées aux relations et à la narration de l’histoire, passent au premier plan et accaparent notre intérêt de spectateur, qui se moque bien finalement de savoir le nombre de vêtements dans la garde robe de Heidi. La diffusion de la sérieHeidi à la TV japonaiseLa diffusion de Heidi, à la TV japonaise, commence le 6 janvier 1974. A cette époque, la chaîne Fuji ne croit pas au succès de la série. Elle se dit qu’il est difficile d’obtenir un succès public avec une série sérieuse, voire dramatique. Personne ne peut imaginer que l’histoire d’une petite fille dans les Alpes puisse avoir tant de succès. Et pourtant, celui de Heidi est immédiat. Il faut savoir qu’à cette époque, au Japon, les séries d’animations diffusées sont soit des séries fantastiques ou de SF pour les adolescents comme Cashern (Shinzo Ningen Cashern) ou Getter Robot, soit des séries mignonnes et inoffensives pour les plus petits comme Hacou l’abeille (Konchû Monogatari Minashigo Hutch). Toutefois, à la grande surprise du diffuseur, l’audimat ne cesse d’augmenter du premier au dernier épisode de la série, non seulement chez les enfants mais aussi chez les adultes. En automne 1974, la diffusion de la célèbre série Yamato (Uchû Senkan Yamato) débute sur le même créneau horaire. Cependant, il faut attendre la disparition de Heidi de l’antenne pour qu’elle atteigne véritablement le succès ! Malgré des erreurs de gestion, ce triomphe permet la création de Nippon Animation et de ce qui s’appelle bientôt les cycles annuels des World Masterpiece Theater. 4 ans après la diffusion de Heidi, un projet de film, adapté de la série, est mis en chantier. En mars 1979, un film de 97 minutes voit le jour. Il est réalisé par Sumiko Takahashi. Le film est en fait un travail de remontage de la pellicule ainsi que de redoublage de la série de Takahata. Il faut savoir que les cellulos originaux de la série sont très rares et extrêmement recherchés par les fans d’animation (outre les collectionneurs, la série Heidi et l’imagerie qui l’accompagne sont très vivaces dans l’esprit des japonais, encore de nos jours). Situation très rare, leur rareté vient du fait que la quasi-totalité des dessins ont été perdus par Zuiyô Enterprises à la fin de la production de la série alors qu’ils auraient dû être archivés. Pour les collectionneurs, ils représentent une sorte de Saint Graal et sont extrêmement rares de nos jours. C’est ainsi que pour la production du film, et notamment pour la publicité l’entourant (affichages et pamphlets), on recrée des dessins originaux. A la sortie du film en salles, les affiches sont très recherchées et sont souvent volées, dans la rue, par les collectionneurs les plus fanatiques. Quelques sites japonais pittoresques à visiter pour se rendre compte de la popularité de la série dans ce pays :
Heidi à la TV en EuropeEn France, Heidi a été pour la première fois diffusée sur TF1 en janvier 1981. Elle est repassée beaucoup moins souvent que dans la majorité des autres pays européens. La série a également été diffusée et rediffusée régulièrement en Allemagne, en Autriche, en Espagne et en Italie. A noter que la mélodie du générique français, interprété par Danielle Licari, est la même que dans les versions allemande et italienne. Autre anecdote intéressante, sur internet, de vénérables défenseurs de l’animation japonaise, nous rappellent que lors de ses premières diffusions, en Europe, Heidi avait été sévèrement critiquée, pour ses « dessins affreux » et son « horrible animation », qui a été comparée à celle des long métrages de Disney… En outre, les détracteurs de la série pensaient que les japonais avaient choisi une histoire se déroulant en Europe pour des raisons marketing, afin de mieux pénétrer notre marché…
© Buta Connection |