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Analyse de Sherlock Holmes (2)

 

La série n’en demeure pas moins une création originale dans la filmographie du réalisateur.

Ainsi, Sherlock Holmes a pour cadre un univers canin totalement anthropomorphisé, où les chiens roulent en voiture, fument le cigare et jouent du violon. On est donc très loin d’un personnage à la Porco Rosso, où le physique de Marco Pagot est avant tout une métaphore, ou de l’univers de son collègue Takahata dans Pompoko, où, certes, les tanukis parlent, chantent, s’aiment, mais sans nier l’existence des humains et sans vivre tout à fait comme eux. Le choix de cette représentation ne vient pas de Miyazaki, mais du projet initié par l’italien Pagot, destiné aux plus jeunes. Miyazaki joue finalement peu de cette fantaisie et préfère s’intéresser avant tout à la caratérisation des différents personnages, à la mise en scène et aux scénarii comico-policiers à la Edgar.

Finalement, la seule étrangeté dans ce monde canin repose dans l’aspect de Holmes, ressemblant furieusement à un renard, et de celui de Moriarty, évoquant le loup. On peut y voir une allusion évidente au Roman de Renart, recueil de récits médiévaux qui mettait en scène les aventures du goupil Renart et de son compère le loup Ysengrin. Le premier, espiègle et malin, ridiculisait de manière systématique le second, bête et cruel. Or, on retrouve ces mêmes traits de caractère chez nos deux protagonistes principaux, Holmes et Moriarty. Cette relation est assez inédite dans l’œuvre de Miyazaki. Et on peut dès lors se demander si la relation qu’entretiennent les deux personnages est moins le fait du réalisateur que celui de l’influence occidentale inhérente à cette production internationale.

  

Enfin, autre originalité de la série, le rôle du personnage de Watson. Celui joue en fait le rôle du naïf posant sans cesse des questions à Holmes. Le but de cette mise en scène est bien évident de permettre aux spectateurs de comprendre l’intrigue, puisque Holmes comprend tout avant tout le monde. Ce rôle assez superficiel et convenu est assez rare chez Miyazaki, qui évite généralement d’enfermer ses personnages dans une fonction pré-établie et statique. En fait, son docteur Watson reprend là les caractéristiques de son double de papier, puisque chez Sir Arthur Conan Doyle, l’ancien chirurgien est celui qui raconte les aventures du détective. Devant l’impossibilité de retranscrire cet aspect de l’œuvre, l’équipe aurait donc créé un Watson curieux mais un peu lent, qui reprend de manière systématique le nœud de l’intrigue, devenant une sorte de narrateur et surtout un double du spectateur. Cependant, on sent que parfois, Miyazaki aime rompre l’aspect lisse du personnage. C’est ainsi que dans Le trésor du fonds des mers, Watson devient un personnage très comique, gesticulant, s’énervant, vociférant, bien loin de l’image polissée auquel le spectateur est habitué ! Difficile d’enfermer Miyazaki et son équipe dans des schémas pré-conçus !!

Evidemment, il est peut-être exagéré de dire que Sherlock Holmes est une oeuvre d’Hayao Miyazaki, puisque ce dernier n’en a réalisé que les 6 premiers épisodes. Cependant, le reste de la série, même si inégal, a été véritablement marqué par la patte du réalisateur, son savoir-faire, sans oublier le talent de l'ensemble de son équipe. De plus, ces 6 petits bijoux peuvent être considérées, à juste titre, comme un moment clé dans l’histoire de Miyazaki, annonçant ensuite toute sa filmographie. « Le plus grand des réalisateurs, oui c’est lui, Miyazaki, le voici ! »

 
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