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ANALYSE du Tombeau des lucioles (2)

     

Polémiques

Le Tombeau des Lucioles : une œuvre incestueuse?

Dans une interview de Mamoru Oshii sur le studio Ghibli, le réalisateur évoque ainsi Le Tombeau des lucioles: «C'est un monde immoral comme c'est une histoire d'inceste. Et l'image de la mort est alignée juste derrière. Dans ce sens, c'est un film érotique et il m'a donné des sueurs froides».

D'aucuns ont alors considéré ces quelques phrases du réalisateur nippon comme des paroles d'Evangile, sans se questionner sur les raisons d'un tel jugement ni même sans les remettre en cause. C'est ainsi qu'à plusieurs reprises on a pu lire que Le tombeau des Lucioles était une œuvre ambiguë prônant l'inceste entre frères et sœurs, glorifiant la scatologie et le masochisme. En effet, selon ces mêmes personnes, Seita ne se comporterait pas en frère mais en homme protégeant sa femme, tandis que ses crises de dysenterie seraient une allusion érotique.

Un tel jugement est particulièrement fallacieux. Nosaka est certes un auteur provoquant, mais La tombe des lucioles raconte en partie sa vie. Le fait d'avoir des crises de diarrhées n'est en rien un acte prétendument érotique, mais malheureusement une des réalités les plus sordides des pays en proie à la famine et à la guerre. Takahata n'a fait que mettre en images la réalité la plus dure comme la plus émouvante, sans jamais sombré dans « l'immoral » comme l'a déclaré Oshii. Privé d'amour maternel et paternel, Seita n'a plus que sa sœur. Cette petite fille de 4 ans insouciante et pourtant lucide, dernier lien qui le relie à l'humanité. Voir dans les gestes de soins de Seita ou dans les élans fraternels une déviance sexuelle paraît particulièrement scandaleux et complètement hors de propos. Takahata ne se complait à aucun moment dans le voyeurisme, l'obscénité ou dans la lubricité. Il nous offre simplement une œuvre réaliste poignante permettant au spectateur de se poser une question : « Et moi, qu'aurais je fait en pareille situation ? ».

Seita : un héros ?

Une majorité de personnes ayant vu Le Tombeau des lucioles considère les deux enfants comme l'incarnation du courage et de la pureté. Cependant de l'aveu-même de Takahata, Seita n'est pourtant pas un exemple de bravoure et de courage. Aveuglé par une certaine insouciance et parfois par un orgueil déplacé, il peine à choisir les bonnes décisions. C'est ainsi qu'il refuse d'aller demander de l'aide à ses cousins ou qu'il ne va que tardivement chercher de l'argent pour nourrir Setsuko. Sans prendre conscience du danger, il volera, et surtout prendra des risques inconsidérés lors des bombardements sur la ville. Takahata n'a pas cherché à représenter un héros, il dépeint le personnage d'un jeune garçon qui ne peut assumer des choix d'adultes et qui causera involontairement la mort de sa sœur, en ne la voyant pas dépérir lentement.

Par ailleurs, la tante de Seita et l'agriculteur violent sont souvent perçus comme les grands méchants de l'œuvre. Cette analyse brute ne tient pas compte du contexte historique. En temps de guerre et de famine, il est dur d'héberger deux orphelins, et voler un agriculteur en temps de disette est en effet un crime, privant d'autres personnes de nourriture. Si l'on ne peut que se révolter devant le sort des deux jeunes enfants, le spectateur ne peut que s'en prendre à la guerre. Takahata refuse le manichéisme, et nous présente ici une vision très juste de l'humanité dans une de ses périodes les plus sinistres.

   

© Buta Connection