| Films | Hotaru no haka |
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L'adaptation de la tombe des luciolesAdaptation de la nouvelleLe tombeau des lucioles est une adaptation de la nouvelle de Nosaka Akiyuki datant de 1967. Ayant vécu l'horreur de la fin de la seconde guerre mondiale au Japon, alors qu'il n'a que 14 ans, il est profondément marqué par les bombardements américains. Sa mère adoptive meurt sous les bombes, sa sœur meurt de faim, et Nosaka se persuade de sa culpabilité dans ces deux drames. Il se retrouve enfermé dans une maison de correction suite à des vols de nourriture. Sauvé par un père biologique surgi de nulle part, Nosaka garda cependant en lui un sentiment de culpabilité oppressant. Lorsqu'il écrit la nouvelle La tombe des lucioles 20 ans plus tard, le lien autobiographique semble évident. Cependant, Nosaka choisira de sacrifier Seita. On peut voir dans cette acte d'écriture le moyen de retrouver la dignité, d'exorciser le démon qui le hante : Seita ne survit pas à sa famille et n'a donc pas à subir le sentiment d'avoir trahi son destin en survivant aux siens. Takahata va respecter très scrupuleusement la nouvelle. En effet, seuls les passages où Seita et sa sœur contemplent leur vie passée en tant que fantômes a été librement adapté par Takahata. La teinte rougeoyante de l'introduction, tranchant avec les tons dominants froids dans le reste du film, ponctuera par la suite l'histoire. Le décalage occasionnel de ces séquences oniriques par rapport au propos général réaliste permet de façon très sobre, épurée, une certaine dramatisation du récit. Dans la nouvelle, l'identité du narrateur n'est pas claire, mais on peut supposer que c'est la voix de l'auteur (du moins en partie). Ce narrateur raconte l'histoire dans la perspective de la troisième personne, créant une certaine distance. Dans le film, l'esprit de Seita est libre de se déplacer, et comme narrateur, parle dans la perspective de la première personne. Il devient un témoin, dont on connaît dès le début le destin ("Le 21 septembre 1945, je suis mort"). Ce procédé stylistique permet au spectateur une identification aux personnages et donne donc un ton intense et dramatique au film. Dans le film, on apprend aussi la nature des maux des deux enfants : il s'agit de la gale. Enfin la boîte de bonbons dont Nosaka évoque l'existence dans les premières lignes de sa nouvelle prend beaucoup plus de place dans le film Le tombeau des lucioles. Le contenu de cette boîte procure à ces deux orphelins un des rares moments de bonheur, voire de sursis. Ce sera également le réceptacle des cendres de Setsuko, urne dérisoire, à l'image de l'histoire de ces deux orphelins dont l'existence est jetée aux orties. Le film est également moins crû que le livre, qui se veut une approche très brute de la réalité de la guerre. C'est le propre du style de Nosaka, connu pour ses provocations, son cynisme et son goût pour la description des phénomènes scatologiques. Dans le livre, ce penchant littéraire ne choque pas, l'auteur décrit l'horreur de la guerre, de la famine et de la malnutrition, ce qui passe donc par des crises terribles de dysenterie, de diarrhées. Takahata a préféré éviter de représenter cet aspect trop rude dans son film, le poids des images auraient probablement choqué un grand nombre de spectateurs et détourné l'attention de l'essentiel, le destin de Seita et de Setsuko. Le film de Takahata reste néanmoins très fidèle à l'œuvre d'Osaka. Il suffit de comparer quelques lignes aux images pour comprendre le formidable travail d'adaptation de Takahata, qui a su tirer toute la quintessence des mots en images.
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