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Le vent se lève : Origines et production

Origine

A l’origine du film, se trouve le manga éponyme dessiné par Hayao Miyazaki et publié dans le magazine de modèles réduits Model Graphix d’avril 2009 à janvier 2010 (avec une pause en octobre 2009). Imaginé dès l’année 2008 et dessiné pour son propre plaisir quand il avait un peu de temps libre, ce manga, très documenté, avait déjà pour protagoniste le créateur de l’avion Zéro, Jirô Horikoshi, et pour cadre la Seconde Guerre mondiale. Le titre du manga est un vers extrait du Cimetière marin de Paul Valéry. Dans le film, Miyazaki introduit une seconde référence, japonaise cette fois : le roman Le vent se lève de Tasuo Hori, œuvre évoquant la mort de sa fiancée tuberculeuse.

  

C’est le producteur Toshio Suzuki qui a poussé Miyazaki à transformer son manga en long métrage : « Je le connais bien, et j’ai suggéré comme une évidence que son prochain film devrait être Le vent se lève. » Proposition que le réalisateur a tout d’abord refusé catégoriquement : « Pour moi, dessiner ce manga n’est qu’un simple passe-temps. Faire un film là-dessus est tout simplement hors de question. L’animation doit être faite pour les enfants. Nous ne devons pas faire de film qui soit uniquement destiné à un public adulte. »

Mais le producteur était curieux de voir comme le réalisateur adapterait son style sans avoir recours au fantastique. Il espérait que la frustration de ne pas pouvoir utiliser ses habitudes de mise en scène habituelles rajeunisse ses idées. « J’ai refusé de faire marche arrière. La curiosité est la qualité fondamentale de tout producteur. Quel genre de film pourrait créer Hayao Miyazaki avec la guerre pour sujet ? Les scènes de bataille sont le point fort de Miya-san. C’est certain, il ne voudrait pas faire quoi que ce soit de belliqueux pour son prochain projet. Cela, je le savais bien. Mais je sais aussi que souvent, quand un auteur est contrarié dans l’utilisation de sa technique la plus maîtrisée, il écrit des œuvres magnifiques. »

Le projet du doute

5 années se sont écoulées entre la sortie de Ponyo sur la falaise et Le vent se lève. Entre-temps, Hayao Miyazaki n’est bien sûr pas resté les bras croisés. Infatigable, le réalisateur a réussi à réaliser 2 courts métrages (M. Pâte et la princesse Œuf et La chasse au trésor) et à signer le scénario d’un troisième, Les souris sumo, pour le musée Ghibli. Il a également marqué de son empreinte, un peu par la ruse, les productions des films Arrietty, le petit monde des chapardeurs et La colline aux coquelicots, en coécrivant le scénario et en supervisant les deux films.

Suite à la proposition de Toshio Suzuki de transposer son manga en long métrage, il aborde, non sans avoir énormément réfléchi, la production du Vent se lève fin 2010. « Je lui ai fait ma suggestion initiale à l’été 2010 » explique Suzuki. « Miya-san et moi avons continué à en discuter. Je me souviens que l’automne était là quand il m’a donné son accord et qu’il allait essayer de voir s'il pouvait en faire un film. Il m’a alors demandé de lui laisser jusqu’à la fin de l’année. »

Ce nouveau projet de film est difficile à aborder pour le réalisateur, car son histoire est fondée sur Jirô Horikoshi, un personnage historique japonais ayant vécu au XXᵉ siècle. C’est une histoire quasi autobiographique, contrairement à toutes celles qu’il a créé auparavant, toujours teintées de fantastique. De plus, l’avion Zéro, créé par Horikoshi, et qui va prendre une place importante dans l’histoire, a été utilisé pour donner la mort durant la Seconde Guerre mondiale. Prendre ce célèbre ingénieur comme personnage principal, c’est donc s’exposer au risque de glorifier la guerre.

  

En tout début de production, des collaborateurs du studio émettront même des réserves sur le choix de ce projet. La propre femme de Miyazaki lui signifiera également plusieurs fois son désaccord, lui suggérant plutôt de s’orienter vers un projet plus proche de Mon voisin Totoro.

Mais finalement, début 2011, le réalisateur décide d’adopter le projet comme son nouveau film. « Je n’oublierai jamais le jour où la décision a été prise d’avancer sur ce projet » reprend Suzuki. « C’était le 28 décembre 2010. Miya-san a immédiatement commencé à dessiner l’e-konte (le story-board), dès le début de la nouvelle année. Très vite, il a terminé les parties décrivant l’enfance de Jirô, jusqu’à sa rencontre avec Nahoko, au beau milieu du grand séisme de Kantô en 1923. »

Cependant, le making-of du film, diffusé par la NHK, nous apprend qu’un autre élément a sans doute joué dans la décision du réalisateur. C’est en effet le 29 décembre 2010, lors de la fête de fin d’année du studio Ghibli, que Miyazaki apprend de la bouche de Suzuki que Isao Takahata a commencé à travailler sur son nouveau film, Le conte de la princesse Kaguya. Takahata est bien sûr un compagnon de longue date et un bon ami du réalisateur, mais c’est aussi son plus grand rival. Pour ce projet, Takahata s’est lancé le défi artistique de révolutionner le medium de l'animation. « J’ai compris » seront les seules paroles de Miyazaki avant de retourner à la fête. En lui faisant cette annonce, Suzuki espère secrètement donner au réalisateur matière à réfléchir et le motiver pour créer quelque chose d’intéressant.

  

Famine, privation et catastrophe naturelle, le film décrit une période difficile de l’histoire récente du Japon. Aussi, la décision est prise que le fantastique sera complètement mis de côté et que le film ne s’adressera pas aux enfants. Cependant, tout au long de la production, Miyazaki ne cessera de se battre contre le doute et deux sentiments contradictoires : son désir de mener le film à terme, mais aussi la crainte que le public ne vienne pas le voir.

A cela vont s’ajouter d’autres défis pour lui. Notamment les premières scènes d’intimité amoureuse qu’il aura à mettre en images de sa carrière professionnelle. Avec ces scènes romantiques entre Jirô et Nahoko, le réalisateur espère aussi donner une autre direction au film, et ne pas seulement proposer l’histoire d’un homme qui veut créer un avion dans le contexte de la guerre.

La production

La production du Vent se lève proprement dite, débute en juillet 2011. 200 personnes ont travaillé sur le film. A la base, il y a l’e-konte de Hayao Miyazaki. Puis les animateurs donnent vie aux personnages. 160 000 dessins seront nécessaires pour les 2 heures du film, contrôlés et finalisés un par un par Miyazaki. Parallèlement à cela, le réalisateur devait avancer l’e-konte pour de nouvelles scènes, mais aussi diriger les décorateurs et contrôler la colorisation.

Avec ce film, Miyazaki souhaitait dépeindre des séquences de rêve, mais aussi des scènes de la vie quotidienne, et des paysages verdoyants du Japon entre l’ère Taishô et le début de l’ère Shôwa. Mais ce qu’il voulait par dessus tout pour ce film, c’est réussir les scènes de foule. « Les personnages qui composent la foule autour des personnages principaux ne sont pas n’importe qui » explique Miyazaki. « Ce sont des personnages qui ont leur propre existence à l’intérieur du film. Il ne faut pas les animer n’importe comment, mais vraiment y mettre de la vie. »

  

En animation, dessiner en détails une foule grouillante de personnages prend du temps. La plupart des autres productions ne rentre pas autant dans les détails. Mais pour ce film, Miyazaki n'a pas hésité. Ainsi, rien que pour une scène de 4 secondes, il aura fallu pas moins d’1 an et 3 mois de travail à une équipe d'animateurs pour en venir à bout.

Les scènes du séisme sont également difficiles. Dans leur réalisation, mais aussi parce que le studio Ghibli ressentira lui-même le séisme du 11 mars 2011 et ses conséquences. Après le drame, certains des collaborateurs de Miyazaki ont même refusé de jeter un œil aux pages de l’e-konte décrivant ce moment.

L’officialisation publique

Même si plusieurs informations avaient déjà fuitées, c’est le 12 décembre 2012 que le studio Ghibli officialise les deux nouveaux longs métrages en production, Le vent se lève pour Hayao Miyazaki et Le conte de la princesse Kaguya pour Isao Takahata, pour une double sortie prévue pour l’été 2013. Les deux films sont alors prévus pour une sortie le même jour, mais séparément. Beaucoup de fans à travers le monde se réjouissent alors de cette double sortie, y voyant une sorte de bouquet final dans la carrière des deux co-fondateurs du studio. La dernière fois que Miyazaki et Takahata avaient proposés des film conjointement le même jour, ou même dans la même année, datait déjà d'un quart de siècle, lorsque Mon voisin Totoro et Le tombeau des lucioles étaient sortis au japon en 1988.

Cependant, le 4 février 2013, moins de deux mois après l’officialisation des deux projets, la société de distribution Tôhô annonça sur le site officiel du film le report à l’automne 2013 de la sortie du Conte de la princesse Kaguya, qui accuse un retard au niveau de l’e-konte. Le vent se lève, reste lui, toujours prévu pour sortir à l’été 2013. La sortie simultanée avec le film de Miyazaki n'est donc plus d'actualité, et rappelle aussi le retard qu'avait déjà accusé Takahata au moment de la sortie du Tombeau des lucioles, proposé à l'époque en salles dans une version non définitive durant ses premières semaines d'exploitation.

Sortie du film

En juin 2013, Le vent se lève est enfin achevé. « Merci à tous pour votre travail. J’ai un peu honte de l’avouer, mais c’est la première fois que je pleure pour un film que j’ai créé » déclarera Hayao Miyazaki, ému, lors de la projection interne.

  

C’est le 20 juillet 2013 que le film sort en salles nippones. Il se place, ce jour-là, parmi les meilleurs démarrages de l’année et cumulera plus de 120 millions de dollars au box-office (plus gros succès 2013 au Japon).

Cependant, personne ne se doute encore que ce sera là son ultime long métrage. C’est le 6 septembre 2013, lors d’une conférence de presse où sont présent un parterre de journalistes que le réalisateur annonce sa retraite en tant que réalisateur de longs métrages, arguant son âge avancé et son rythme de travail beaucoup moins rapide qu’auparavant. Cependant, à peine sa décision annoncée, on apprenait qu’il s’était remis à travailler sur un nouveau manga. Puis, tout début janvier 2014, des rumeurs et des propos rapportés par le producteur Toshio Suzuki, laissent maintenant à penser que le réalisateur serait peut-être une nouvelle fois sur le point de revenir sur sa décision de mettre fin à sa carrière...

En France, la date de sortie du film est fixée au 22 janvier 2014. Il bénéficie de nombreuses avant-premières. L'annonce de la retraite de Miyazaki rencontre un fort écho dans les médias français, qui relaient massivement l'annonce et mettent en avant le film par des unes, des dossiers spéciaux et des interviews.

 

Pour plus d'informations et d'images sur le projet et la production du film, lire notre retranscription du documenaire de la NHK : 1 000 jours dans la production du Vent se lève.


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