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1 000 jours dans la production
du Vent se lève

  

Pour la 3ᵉ fois, l'émission Professional Shigoto no Ryuugi a suivi durant 3 ans Hayao Miyazaki dans le processus de création d'un de ses films. Depuis 2010, c'est 300 heures de rushes qui ont été filmés. Le 26 août 2013, la chaine japonaise NHK a proposé un documentaire passionnant de 72 minutes, faisant suite à la sortie du film Le vent se lève en salles japonaises.
Voici une adaptation française de son contenu.

Janvier 2011

  

Hayao Miyazaki a commencé à songer au Vent se lève il y a deux ans déjà. Seule la première page du projet est terminée. Et pour moment, le réalisateur voit tout en noir : « Pour l'instant, ce n'est pas du tout intéressant. Je dois faire mieux. »
Ce nouveau projet de film est un défi pour le réalisateur car son histoire est basée sur un personnage ayant réellement existé durant la Seconde Guerre mondiale. C'est une histoire quasi autobiographique, contrairement à toutes celles qu'il a créées, toujours teintées de fantastique. Pour la première fois, à 72 ans, Miyazaki met les pieds dans un monde qu'il ne connaît pas.
Dans les premiers temps, il jette beaucoup d'esquisses à la poubelle. « Je suis nul. Je ne comprends pas comment décrire une foule de gens. Il y a plein de raisons pour ne pas faire ce film. Mais la vérité, c'est que j'ai envie de le faire. »
A cette époque, le réalisateur se bat contre deux sentiments contradictoires : la crainte que le public ne vienne pas voir le film et son désir de le mener à terme.

Automne 2012

  

C'est un moment charnière pour la production, car il reste moins d'un an avant la sortie du film. Mais Hayao Miyazaki traîne. Il enseigne à une collaboratrice des mouvements de stretching de son invention. Le lendemain, il rabroue un décorateur : « Ce que tu as fait ne va pas du tout. Tu n'es pas là pour dessiner ce que tu veux. Dans un décor, tu as une limitation de l'espace dans lequel tu dois y dessiner de bonnes choses. Si tu n'y parviens pas, on devra te renvoyer. » Se mettre en colère après quelqu'un et montrer à tout le monde son mécontentement est plutôt dans les habitudes du réalisateur. « Sais-tu combien de temps j'ai mis dans ce projet ? » ajoute-t-il. « Je perds beaucoup de temps dessus. Et il ne m'en reste pas beaucoup, parce que j'ai 72 ans. »
Mais ce n'est pas seulement le décorateur qui met le réalisateur de mauvaise humeur. C'est tout le projet en lui-même qui est assez délicat à faire avancer. La raison principale est qu'il est basé sur Jirô Horikoshi, un personnage historique japonais ayant réellement vécu. Et, qui plus est, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Le problème principal est que l'avion Zéro, créé par Horikoshi, a été utilisé pour donner la mort durant le conflit. Le prendre comme personnage principal, c'est donc s'exposer au risque de glorifier la guerre. Des collaborateurs du studio ont même émis des réserves sur le choix de ce projet. La propre femme de Miyazaki lui a également signifié son désaccord, lui suggérant plutôt de s'orienter vers un projet plus proche de Mon voisin Totoro. « Mais Totoro est un film qui a déjà été fait » proteste le réalisateur.
Alors, pourquoi a-t-il choisi de s'éloigner du fantastique qui a fait sa renommée pour prendre un chemin aussi difficile ? « Pourquoi je crée un film sur l'inventeur de l'avion de chasse Zéro ? » réplique-t-il. « C'est la réponse que je dois trouver. »

Juillet 2010

  

Deux ans après la sortie en salles japonaises de Ponyo sur la falaise, Hayao Miyazaki a un peu de temps pour lui. Il n'est pas enclin à penser à un nouveau projet. D'humeur légère, il distribue des sucreries à ses collaborateurs. « Même si j'ai envie de faire quelque chose, ma tête et mon corps ne réagissent pas » explique-t-il. « Une chose est sûre, je ne veux pas faire la même chose qu'avant. A mon âge, c'est le moment où j'ai envie de faire quelque chose de plus difficile techniquement, qui sera peut être moins évident à accepter par le public. C'est comme ça les vieux réalisateurs. »
Ponyo sur la falaise, qui a pourtant été un énorme succès au Japon, n'a pas fait l'unanimité chez les collaborateurs du studio. Le producteur Toshio Suzuki lui-même avoue ne pas aimer le film : « En vérité, on a déjà fait ce genre de chose par le passé. Non ? »
Les scènes de poursuite en voiture sont un bon exemple dans lequel Miyazaki est plutôt brillant. Mais des gens les ont trouvé fades dans Ponyo, mettant en cause l'âge avancé du réalisateur. Tout le contraire de la scène de poursuite située au début du film, et bien connue, du Château de Cagliostro, fraiche et dynamique à l'époque de sa réalisation. « Dans un film de Miya-san, je veux voir des choses intéressantes » explique Suzuki. « Je refuse de le voir péricliter. »
C'est en tout cas à cette époque que Miyazaki a présenté son nouveau projet. « Quand il y a du vent, il faut agir » a-t-il déclaré. Le titre sera donc Le vent se lève.

  

Cependant, le projet n'est pas totalement inédit. Il s'agit en fait de l'adaptation de son manga éponyme, publié dans le magazine de modèles réduits Model Graphix, qu'il dessinait quand il avait un peu de temps libre. Le manga, très documenté, avait déjà pour sujet Jirô Horikoshi et pour cadre la Seconde Guerre mondiale. Miyazaki l'a dessiné pour son propre plaisir. Mais c'est Suzuki qui aurait poussé Miyazaki à concrétiser ce projet. Le producteur était curieux de voir comment le réalisateur adapterait son style sans avoir recours au fantastique. Il espérait que la frustration de ne pas pouvoir utiliser ses habitudes de mise en scène habituelles rajeunisse ses idées.

Automne 2010

Miyazaki rédige le synopsis du film. Mais toutes ses pensées tournent autour du fait qu'il va devoir parler de la guerre. Et dans sa tête, il croit toujours aussi fermement qu'un film d'animation doit s'adresser aux enfants.
Un collaborateur pense que ce serait intéressant de faire un film sur l'époque de Jirô Horikoshi. Ce à quoi Miyazaki lui répond de ne pas lancer ça à la légère, car ça ne sera pas facile. « Prendre ce genre de film comme sujet me donne déjà mal à la tête » bougonne-t-il. « Avancer est de plus en plus difficile. »

29 décembre 2010

  

C'est la fête de fin d'année du studio Ghibli. Hayao Miyazaki n'est toujours pas enthousiasmé par le projet. C'est ce jour-là qu'il apprend de la bouche de Toshio Suzuki que Isao Takahata a commencé à travailler sur un nouveau film, Le conte de la princesse Kaguya, et qu'il est en pleine création d'un pilote d'une centaine de secondes. Takahata est un bon ami du réalisateur, mais c'est aussi en même temps son plus grand rival. Pour ce projet, Takahata s'est lancé le défi artistique de révolutionner le medium de l'animation. « J'ai compris » seront les seules paroles de Miyazaki avant de retourner à la fête. En lui faisant cette annonce, Suzuki espère secrètement donner au réalisateur matière à réfléchir et le motiver pour créer quelque chose d'intéressant.

8 Janvier 2011

  

Hayao Miyazaki s'est enfermé dans son studio pour rédiger la note d'intention du projet. « Je peux énumérer toutes les bonnes raisons pour faire ce film et toutes celles qui en font un projet compliqué » explique-t-il. « Mais au final, il n'y en qu'une seule : je veux le faire. »
Jusqu'à présent, dans sa tête, existait une théorie sur la création. Mais à chaque fois, il ne l'a jamais respectée. Et cette fois-ci, ses théories vont définitivement êtres brisées : « Je ne pense plus aux enfants. Mais je ne suis pas certain d'y arriver. »
Famine, privation et catastrophe naturelle, le film décrit une période difficile de l'histoire du Japon. Aussi, le fantastique doit complètement être mis de côté.

11 mars 2011

Et brusquement, le monde qu'il cherche à décrire dans son film devient réalité.

14 mars 2011

  

Le studio Ghibli est resté fermé durant les 3 jours qui ont suivi le séisme, interrompant la production du film La colline aux coquelicots. Réunion de crise. Hayao Miyazaki est en colère car il estime que malgré le drame, certains collaborateurs auraient quand même pu venir travailler. « Pourquoi a-t-on fermé le studio ? On pouvait quand même venir ici, fulmine-t-il.
- C'était pour éviter la confusion, lui répond-on.
- Quelle confusion ? Si on s'arrête, c'est ça la confusion. Malgré les difficultés, il ne faut jamais arrêter le travail. »
Le réalisateur rejoint ensuite des collaborateurs présents, à qui il distribue des viennoiseries. Miyazaki avoue ensuite avoir quand même été bouleversé par le drame : « C'est plus difficile de travailler comme avant. Je me sens un peu changé. Je réfléchis beaucoup, notamment à la pertinence de créer ce film. »
Il se demande également s'il peut encore inclure une séquence de séisme dans le film. Après le drame, certains de ses collaborateurs ont refusé de jeter un œil aux pages de l'e-konte (story-board) décrivant ce moment.

30 juin 2011

  

Réunion de tous les employés du studio Ghibli en présence de Hayao Miyazaki et Toshio Suzuki. « La période du fantastique est révolue » annonce le réalisateur à l'assemblée. « La question centrale de notre époque est dorénavant « Comment on vit ? » Le vent se lève signifie « Comment vivre lorsqu'il y a du vent qui souffle ? » Voici la véritable signification du film. »

2 juillet 2011

  

Presque 3 mois après le séisme, Hayao Miyazaki se rend à Kesennuma, dans la préfecture de Miyagi, pour une projection spéciale de La colline aux coquelicots et une séance de dédicace. Pour le réalisateur, la ville, gravement touchée par le tsunami consécutif au séisme du 11 mars, ressemble à Tôkyô après les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale qu'il a connu à cette époque.
Son retour à Tôkyô marque ensuite le début des choses sérieuses pour la production du film. Il doit maintenant vraiment se mettre au travail.

  

Produire un film signifie faire avancer tout le monde ensemble dans le même sens. 200 personnes travaillent dessus. A la base, il y a l'e-konte de Miyazaki. Puis les animateurs donnent vie aux personnages. 160 000 dessins seront nécessaires pour les 2 heures du film. Miyazaki les contrôle un par un et les finalise. Parallèlement à cela, il doit avancer l'e-konte pour de nouvelles scènes. Sa technique de travail est de réfléchir et encore réfléchir, jusqu'à l'épuisement. En plus de cela, il doit aussi diriger les décorateurs et contrôler la colorisation.
Mais ce qu'il veut par dessus tout pour ce film, c'est réussir les scènes de foules. « Les personnages qui composent la foule autour des personnages principaux ne sont pas n'importe qui » explique le réalisateur. « Ce sont des personnages qui ont leur propre existence à l'intérieur du film. Il ne faut pas les animer n'importe comment, mais vraiment y mettre de la vie. » 
Les scènes les plus difficiles sont celles du séisme. Et notamment dans les détails. Par exemple, à l'époque, les gens n'utilisaient pas de sac, mais plutôt un grand bout d'étoffe nommé furoshiki, dans lequel on mettait ses effets personnels. Un animateur a dessiné ce sac traditionnel loin du corps d'un personnage. Miyazaki le redessine plus prêt.
En animation, dessiner en détail une foule grouillante de personnages prend du temps. La plupart des autres productions ne rentrent pas autant dans les détails. Mais pour ce film, Miyazaki n'hésite pas. Chaque semaine a lieu une projection des rushes. Pour une scène de foule de 4 secondes, il aura fallu 1 an et 3 mois de travail. Miyazaki est content du résultat. Quelqu'un s'étonne d'un tel résultat dans un temps aussi court. Miyazaki ajoute : « c'est plus que ça, c'était vraiment rapide. ».
« C'est une lutte permanente contre le sentiment que c'est chiant à faire. Même par le passé, ça n'a jamais été aussi dur. Mais même si quelqu'un venait me dire de m'arrêter, je sais que je ne m'arrêterai pas. Les tâches importantes sont sans doute les plus difficiles à faire. Mais si on s'en éloigne, au final on souhaite y revenir. »
Finalement, Miyazaki rentre de plus en plus dans la production.

Janvier 2012

  

Milieu de production, à un moment difficile. Jirô, dont le rêve a toujours été de voler, parvient à trouver un travail dans l'aéronautique mais pour travailler sur un avion de chasse. Hayao Miyazaki est toujours en plein doute. En réalisant un film ayant pour personnage central Jirô Horikoshi, il prend le risque de glorifier la guerre. Sa femme lui pose constamment la question : « Pourquoi te lances-tu dans un film ayant pour personnage principal l'inventeur d'un avion de guerre ? »
« Je dois répondre à cette question » conclu-t-il.
Le réalisateur est né durant la Seconde Guerre mondiale. Son père travaillait dans une usine qui fabriquait des pièces d'avion. Cette usine a sans doute dû travailler sur les pièces du Zéro. Miyazaki aime les avions mais déteste la guerre. Et jusqu'à maintenant, il vivait avec ce paradoxe.

13 janvier 2012

  

Hayao Miyazaki travaille sur l'e-konte d'une scène importante. L'ingénieur italien Gianni Caproni apparait en rêve à Jirô et lui demande s'il est certain de vouloir créer un avion de guerre, au risque de voir le vieux rêve humain de voler dans le ciel se transforme en malédiction. Miyazaki hésite à ajouter une ligne de dialogue où Caproni demanderai à Jirô s'il est sur de vouloir faire un travail maudit. En posant cette question par la bouche de Caproni, c'est aussi à lui-même qu'il se la pose.

14 janvier 2012

  

C'est le week-end. Le studio Ghibli est vide mais Hayao Miyazaki est présent. Il va redessiné l'e-konte de la veille.
« Aujourd'hui, je vais trouver une bonne réponse. Il faut que je la trouve. Si j'avais la possibilité de demander aux divinités si ce que je dessine est bon, je le ferai. »
Il commence par dessiner quelque chose d'étrange : un avion sans moteur. Peut-être l'avion que Jirô a toujours rêvé de construire. « Il ne sera pas tout blanc... Toute la difficulté est de trouver les sentiments de Jirô. Si j'y arrive, ce sera la réponse aux questions que tout le monde me pose sur ma raison de faire un film sur la guerre. »

18 février 2012

  

Un événement inattendu retarde la production du film. Hayao Miyazaki est resté enfermé dans son atelier privé pour n'en ressortir que deux jours plus tard. Il ne se sent pas bien. Toshio Suzuki lui conseille d'aller voir un médecin par prudence. Mais le réalisateur refuse, prétextant que c’est une perte de temps. « Même si je meurs, je me dois de laisser tous mes e-konte. Sinon, c'est un peu honteux. » Son ami et réalisateur Hideaki Anno lui aurait dit : « Si tu disparais, tu vas me laisser tout ton travail et c'est moi qui vais terminer le film. »
Miyazaki a refusé de s’éloigner de la production, car par dessus tout, il avait Isao Takahata en tête. Le studio où la production du Conte de la princesse Kaguya s’est installée est distant d’une vingtaine de minute à pieds du studio principal. La relation qui unit Takahata et Miyazaki n’est plus celle dans laquelle ils se soutiennent mutuellement. Cependant, le projet de Takahata donne de la motivation à Miyazaki.

Octobre 2012

  

On peut lire sur une banderole affichée au dessus de la table de Hayao Miyazaki : « La partie D de l'e-konte doit être achevée fin novembre 2012. » Mais Miyazaki est maintenant obsédé par une nouvelle question : « Qu'est-ce qui peut motiver la création d'un avion ? » Il doit trouver une réponse. Que le Zéro parvienne à voler n'est pas forcement une finalité pour le film. Et il se pose toujours la même question : « Jirô construit un avion de guerre. Quel final doit-on écrire ? Sur quelle fin satisfaisante doit se clore le film, au delà de l'achèvement de cet avion ? »
Jour après jour, ses doutes sont de plus en plus profonds : « Dès le début, je savais que ce ne serait pas facile. Mais là, c'est vraiment difficile. » Mais ses doutes influencent la création du film même. Miyazaki a du mal à trouver les sentiments de Jirô face au paradoxe de son rêve de vouloir créer un avion, qui au final, se révèlera être un avion de guerre. De plus, les animateurs commencent à se plaindre de la difficulté à dessiner Jirô. Les consignes sont pour l'instant de le dessiner avec un visage neutre, sans lui donner trop de sentiments. Les animateurs trouvent cela difficile.

15 octobre 2012

  

Ce dimanche, Hayao Miyazaki est allé voir une exposition consacrée à la lèpre. Cette maladie ne se transmet pas. Mais à l'époque, on pensait le contraire et on parquait les malades à l'écart. Malgré cet isolement forcé, les souffrants essayaient de vivre dignement. Cette visite l'a un peu abattu. Sur le chemin du retour, sa femme et lui n'ont pas du tout parlé de l'exposition. Mais à travers celle-ci, le réalisateur en tire l'enseignement qu'il ne faut pas vivre sa vie a moitié.
C'est un changement d'état mental pour Miyazaki. Auparavant, il était un peu embarrassé de mettre autant de temps pour faire quelque chose. Mais maintenant, il sait que ce n'était pas du temps perdu.
Du coup, il commence à retoucher les expressions de Jirô sur certains plans mis de côté par les animateurs. Ainsi, lors de la scène du test échoué du premier vol de son avion, Jirô découvre l'étendue du retard technologique du Japon dans le domaine de l'aéronautique. L'animateur a dessiné la figure de Jirô étonnée mais silencieuse. Miyazaki pense que Jirô doit ressentir quelque chose de plus fort face à son échec. Il doit prendre conscience du chemin qu'il lui reste à parcourir. Il modifie son visage, notamment en y dévoilant ses dents, pour accentuer sa détermination d'aller de l'avant. Son visage devient plus précis. « Pour les gens de cette époque, la guerre n'était pas un choix » explique-t-il. « C'était comme ça. Autrement dit, c'est comme maintenant. Chaque époque connaît des bouleversements, mais même avec cela, il faut vivre pleinement. »
Il revient également sur la note d'intension du film et écrit : « A chaque bouleversement dans une époque, les rêves de chacun sont pervertis. Les questions ne trouvent pas forcement de réponses. Mais malgré les obstacles de la vie, on doit quand même vivre avec force. »
« C'est exactement la même chose de nos jours »
conclut-il.

3 novembre 2012

  

L'histoire a beaucoup évolué. Il y a maintenant aussi un autre personnage important, Nahoko Satomi. La jeune femme et Jirô tombent amoureux. Mais Nahoko est atteinte de la tuberculose et sa maladie les sépare. Le désir de se voir est le plus fort, et Nahoko s'enfuit de l'hôpital pour rejoindre Jirô à la gare de Nagoya. Cette scène de retrouvaille sur le quai de la station est très importante. Comment montrer Jirô à ce moment là ?

7 novembre 2012

  

Sur le quai, dès que Jirô et Nahoko s'aperçoivent au loin, ils s'élancent l'un vers l'autre. Ce moment est quasiment la première scène d'intimité amoureuse que doit mettre en images le réalisateur de sa carrière professionnelle. Il ne faut pas que ce soit exagéré. Jirô parle peu mais prend bien soin de Nahoko. « Il ne faut pas trop en faire ici » explique le réalisateur. « Bien qu'en fait, je ne sais pas. Je ne suis jamais tombé amoureux de cette manière... »

14 novembre 2012

Une semaine plus tard, Hayao Miyazaki est énervé. Il doit encore avancer l'e-konte, mais il est toujours préoccupé par la scène de la station de Nagoya. Notamment par les dialogues entre les deux personnages.
« Ne repars pas » demande Jirô à Nahoko, étonnée par sa demande. « On va vivre ici. »
Jirô n'a pas d'autre choix selon Miyazaki. Ce sont les meilleures paroles à dire à Nahoko, descendue de son sanatorium pour le voir.
Avec ces scènes romantiques, le réalisateur espère aussi donner une autre direction au film et ne pas seulement proposer l'histoire d'un homme qui veut créer un avion dans le contexte de la guerre.

12 décembre 2012

  

A ce stade de la production, il reste cependant toujours une question en suspens : qui va doubler Jirô ? Pour Hayao Miyazaki, Jirô est quelqu'un d'intelligent. « A cette époque, les gens intelligents parlaient de manière claires et avec la voix haute » explique-t-il. « Jirô ne parle pas beaucoup parce qu'il est brillant. Quand on est comme lui, on ne parle pas inutilement. Il est donc économe en paroles mais ce n'est pas parce qu'il est introverti. C'est quelqu'un d'un peu compliqué. »
Si les caractéristiques du personnage de Jirô sont assez claires pour tout le monde, l'équipe ne trouve cependant aucun doubleur professionnel qui corresponde à sa personnalité. « Peut être qu'on peut se tourner vers quelqu'un qui ne vient pas du monde du doublage ? » tente Suzuki. « Comme Anno, par exemple. Ce serait intéressant de faire un test avec lui. »

14 décembre 2012

  

Deux jours plus tard, Hideaki Anno est présent pour l'audition. Hayao Miyazaki est immédiatement convaincu par la voix assez neutre du réalisateur. « C'est bien. C'est ça. Il n'y a pas beaucoup de gens qui ont ce genre de voix. Accepte, je t'en supplie.
- Si c'est Miya-san qui me le demande, alors je ne peux pas refuser »
conclut Anno.
Jirô est quelqu'un qui a créé un avion au cours d'une période difficile. Anno crée également des longs métrages dans un contexte difficile. Pour Miyazaki, il est assez évident de rapprocher ces deux personnalités.
« C'est une décision tellement surprenante pour nous tous ! Est-ce que j’annonce la nouvelle à tout le monde ou je garde çà secret ? » Miyazaki passe finalement de bureau en bureau annoncer son choix. Il a maintenant une envie subite de se réserver le doublage de la voix de Kurokawa, le supérieur hiérarchique grincheux de Jirô dans le film.

17 décembre 2012

  

Hayao Miyazaki dessine les scènes d'intimité entre Jirô et Nahoko. Pour la scène où Nahoko se lève et s'occupe des affaires de Jirô, Miyazaki cherche ici le réalisme pour décrire la vraie vie d'un couple. Pour le réalisateur, les moments de réflexion intense sont maintenant terminés. Il est maintenant en roue libre.

29 décembre 2012

  

Il reste une centaine de plans à dessiner. Hayao Miyazaki aborde la scène de séparation des deux personnages mais il ne veut pas que le final du film soit larmoyant. Il dessine en se demandant quelle est la signification de vivre pleinement à cette époque pour Jirô et Nahoko. Il commence à retoucher les e-konte qu'il a dessinés jusqu'à présent. « C'est étonnant que j'arrive à dessiner ça ! » s'exclame-t-il, alors qu'il travaille sur les scènes d'intimité entre les deux personnages principaux.
Le sujet du film était une sorte de pari pour le réalisateur, l'entrainant sur des territoires qu'il n'avait jamais abordés. C'est la période du soulagement pour le réalisateur.

Juin 2013

  

Le film est enfin achevé. « Merci à tous pour votre travail. J'ai un peu honte de l'avouer mais c'est la première fois que je pleure pour un film que j'ai créé » déclare Hayao Miyazaki, ému, lors de la projection interne.

20 juillet 2013

  

Jour de sortie du film. Dans le complexe cinématographique Tôhô de Hibiya à Tôkyô, les séances affichent complètes. Ce jour-là, Le Vent se lève se placera parmi les meilleurs démarrages de l'année au Japon.
Le même jour, Hayao Miyazaki est seul et au calme dans son atelier à finir son repas. « J'ai déjà mangé un obentô mais je voulais aussi manger des râmen au curry. C'est incroyable ! J'ai même dû sortir pour ça » répond-t-il, en tentant d'éluder une réponse sur ses sentiments vis à vis du film. « Le film ? Je commence déjà à en être loin... »
Le quotidien repend son cours.


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