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Les origines et la production
de Kiki, la petite sorcière

     

En 1989, après le succès d'estime de Mon voisin Totoro et du Tombeau des lucioles l'été précédent, sans connaître encore l'incroyable manne financière que représenteront ensuite les produits dérivés de Totoro, le Studio Ghibli lance la production d'un nouveau film. Fondé sur un livre japonais pour enfant écrit par Eiko Kanado, le film est adapté et réalisé par Miyazaki.

A l'origine, Miyazaki ne prévoit d'endosser que le rôle de producteur. Mais il décide de s'impliquer davantage dans le processus créatif car le script présenté par son jeune collègue Nobuyuki Isshiki ne semble pas en phase avec l'esprit des petites filles et adolescentes qui constituent le public espéré pour ce long métrage. Puis, le réalisateur débutant pressenti à l'origine, Sunao Katabuchi, est remplacé par Miyazaki lui-même car trop de responsabilités pèsaient sur ses épaules. En effet, le studio, encore fragile financièrement, a besoin d'un succès en terme d'entrées. Sunao Katabuchi aidera finalement Miyazaki en tant qu'assistant réalisateur. L'année suivante, Katabushi quittera le studio Ghibli avec quelques-unes de ses figures pour fonder le studio 4°C et, selon ses propres termes, "travailler de manière indépendante, sans avoir à [se] reposer sur la personnalité de M. Miyazaki".

Depuis le début, Kiki, la petite sorcière est un film destiné aux jeunes filles. Le réalisateur, dans son introduction de l'Art of du film, a évoqué les difficultés que rencontrent les petites japonaises aujourd'hui pour gagner leur indépendance. En tant qu'ancien étudiant en littérature pour enfants, Miyazaki considère le livre de Kanado comme "une belle oeuvre de la littérature enfantine qui dépeint avec chaleur le gouffre qui sépare l'indépendance et la dépendance, dans les espérances et l'état d'esprit des jeunes japonaises contemporaines."

Néanmoins, il doit transformer l'oeuvre originale en une histoire adaptée à un long-métrage. Le roman de Kanado est épisodique et traité sur un ton calme et léger. Kiki est loin d'y subir des épreuves difficiles ou des expériences traumatisantes. Elle n'a pas de crise de confiance ou ne perd pas ses pouvoirs comme c'est le cas dans le film et le dénouement dramatique avec le dirigeable n'existe pas. Pour Miyazaki, un film pour jeunes spectateurs doit comporter des enjeux dramatiques plus importants et l'héroïne doit lutter et traverser des moments de doute et de solitude.

    
Illustrations de Akiko HAYASHI pour le roman original
A gauche, Kiki et Jiji font une pause sous un arbre. Kiki doit livrer le cadeau d'anniversaire que fait une fille à un garçon. Kiki ne peut s'empêcher de lire le poème qui accompagne le cadeau. Jiji refuse de regarder mais demande:" lis-la moi s'il te plait".
A droite, Kiki livre des instruments à un orchestre

Kanado était si mécontente des changements proposés à son oeuvre qu'il a fallu les efforts de persuasion communs de Miyazaki et Isao Takahata pour éviter qu'elle fasse avorter le projet avant que celui-ci ne dépasse l'étape du storyboard. Kanado n'a pas été la seule à trouver à redire: le titre qu'elle a choisi pour son livre est le nom de la marque de l'entreprise de transport Yamamoto pour leur nouveau service de livraison à domicile. Elle emprunte également le symbole du chat noir, logo de la marque. La compagnie n'était pas très heureuse de ces emprunts non autorisés. Takahata a dû user encore de sa diplomatie pour résoudre le conflit et Yamamoto est devenu un des sponsors du film! Au final, aussi bien l'auteur que la compagnie ont pu tirer profit de leur association avec le film: une suite du roman a connu un immense succès et la compagnie a bénéficié d'une publicité très favorable.


Une publicité dans un magazine japonais pour
1. quelques produits dérivés du film : BO, peluches, livres (à gauche)
2. le service de livraison à domicile de la Yamamoto (en haut à droite).
3. l'oeuvre originale de E. Kanado (en bas à droite)

Majo no takkyûbin devient le premier vrai succès national du Studio Ghibli avec un total de 2 640 000 entrées et la première place au Box-office nippon de 1989. Ce résultat inespéré va permettre à Miyazaki de faire accepter quelques propositions profitables à tous les "acteurs" du studio qui, jusqu'à présent, n'avaient que des postes d'intérimaires. L'argent récolté permet donc, dès novembre 1990, d'engager à plein temps une partie de l'équipe afin de bénéficier de l'expérience qu'elle a acquise. De même, cela aboutit à la création d'une section d'apprentissage qui accueillera de nouveaux talents.

Kiki's delivery service est sorti aux Etats-Unis en K7 vidéo, selon les termes du contrat Tokuma-Disney. Des dialogues (notamment ceux avec Jiji) et des musiques ont été rajoutés et les génériques de début et de fin ont été remplacés. La modification la plus choquante reste pourtant celle de la dernière intervention de Jiji qui perd définitivement la parole dans la version originale et le retrouve dans la version US, pour que le happy end soit total... Néanmoins, il parait qu'aucun de ces changements n'ait été effectué sans l'accord du studio Ghibli.

Enfin, Gaumont Buena Vista International distribue le film d'abord sous le nom de La petite sorcière puis Kiki, la petite sorcière (le premier titre existant déjà) dans les salles françaises le 31 mars 2004 et la petite sorcière attire quelques 600 000 spectateurs. La sortie du DVD un an plus tard remporte elle aussi un grand succès.

Des informations sont tirées de Hayao Miyazaki, Master of japanese animation d’Helen McCarthy

     

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