| Films | Majo no takkyûbin |
|
Note d'intention pour Kiki, la petite sorcièreNotes du réalisateur - Espoirs et état d'esprit des jeunes japonaises d'aujourd'hui
Naguère les protagonistes d'histoires pour enfants obtenaient,
après maintes difficultés, leur indépendance financière
qui équivalait alors à leur indépendance spirituelle.
Dans la société actuelle, où n'importe qui peut gagner
de l'argent en passant d'un petit boulot à l'autre, il n'y a pas
de lien entre l'indépendance financière et l'indépendance
spirituelle. Aujourd'hui, le dénuement n'est pas tant matériel
que spirituel. La seule chose extraordinaire que sait faire Kiki, notre jeune héroïne de treize ans, est de voler dans les airs. De plus dans son monde, les sorcières ne sont pas plus douées que les petites filles ordinaires. Kiki a le devoir d'aller vivre une année entière dans une ville qui lui est inconnue et d'y faire valoir ses talents pour être reconnue comme sorcière à part entière. Cela ressemble à quelqu'un qui arrive seul à Tokyo pour devenir créateur de dessins animés. Aujourd'hui, on dit qu'il y aurait 300 000 jeunes garçons et filles espérant réussir dans ce métier. Dessinateur est un métier assez répandu. Il est relativement facile de débuter et d'en vivoter. Mais une des caractéristiques de la vie moderne est, qu'une fois les besoins courants satisfaits, l'accomplissement de soi devient le vrai centre d'intérêt. Kiki est sous la protection du balai de sa mère, vieux mais bien entretenu, elle a une radio donnée par son père et un chat qui lui est si proche qu'il est presque une partie d'elle-même. Mais le coeur de Kiki vacille entre la solitude et le besoin de compagnie humaine. La vie de Kiki reflète celle de tant de jeunes Japonaises d'aujourd'hui qui sont aimées et aidées économiquement par leurs parents, mais qui sont attirées par les lumières de la ville et sont sur le point d'y aller pour être indépendantes. La faiblesse de détermination et sa naïveté se retrouvent également dans la jeunesse actuelle. Dans l'oeuvre originale, Kiki surmonte les difficultés grâce à sa bonne nature et son grand coeur. Dans le même temps son cercle d'amis s'élargit. Pour l'adaptation cinématographique, nous avons dû introduire quelques changements. L'évolution de l'apprentissage de ses dons est certainement plaisante à suivre, mais l'état d'esprit des jeunes filles de notre capitale n'est pas si simple. Le gros problème de beaucoup d'entre elles est la lutte pour accéder à l'indépendance et beaucoup trop ont le sentiment qu'elles n'ont pas reçu le moindre encouragement. Nous nous sommes donc sentis obligés dans le film d'insister sur cette problématique. Comme le cinéma procure des émotions plus réalistes, Kiki va donc ressentir des déceptions et des moments de solitudes plus forts que dans le livre. La première apparition de Kiki nous la présente en petite fille volant de nuit au-dessus de la capitale. Des myriades de lumières scintillent mais aucune ne lui est destinée. Quand elle vole dans le ciel, Kiki est coupée de tout. On s'imagine couramment que pouvoir voler permet de s'affranchir des problèmes terrestres, mais cette liberté s'accompagne d'anxiété et de solitude. Notre héroïne a décidé de forger son identité au travers de son don du vol. Assez peu de dessins animés parlant de jeunes sorcières ont été produits avant celui-ci. Mais la sorcellerie a toujours été un moyen de combler les rêves des jeunes filles, les sorcières devenant sans difficulté leurs idoles. La sorcière de Majo no Takkyûbin ne dispose pas de pouvoir de fascination avantageux. Les dons de sorcière dans le film dépassent toutefois un peu ceux des vraies petites filles. Nous prévoyons un Happy End. Alors que Kiki survole la ville, elle ressent un lien fort entre elle et les habitants dessous, et elle se réjouit d'être elle-même. Nous espérons faire un film suffisamment persuasif pour que les spectateurs concluent à une fin heureuse, plutôt qu'ils ne la souhaitent. Je pense que ce film devrait atteindre ses objectifs: développer un sentiment de solidarité auprès du jeune public, les jeunes filles d'aujourd'hui qui ne renient pas les joies de la jeunesse, sans pour autant se laisser emporter, tiraillées entre liberté et dépendance (parce que nous-mêmes avons été jeunes à une époque et les jeunes membres de notre équipe connaissent ce même problème). Parallèlement, il me semble que le succès potentiel du film en tant que divertissement s'appuie sur cette problématique et que cela va susciter la sympathie des spectateurs. Hayao Miyazaki © Buta Connection |