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La colline aux coquelicots : Création du film

Origine du film

L'histoire est l'adaptation (très libre) d'un shôjo manga (manga pour jeune fille) éponyme du tout début des années 80. Il est composé de 2 tomes, dessinés par Chizuru Takahashi et scénarisés par Tetsurô Sayama. Assez peu connu, il fut brièvement publié dans le magazine mensuel pour jeunes filles Nakayoshi (Candy Candy, Sailor Moon) de l'éditeur Kôdansha.

Au moment de sa publication, Hayao Miyazaki tombe sur un exemplaire appartenant à ses nièces. Il se demande alors si un shôjo peut être à l'origine d'un film et toucher toutes les tranches de public. Gorô Miyazaki découvre le manga dans le chalet de son grand-père, alors qu'il est collégien. Pendant de nombreuses années, ce projet est en veille, car tous pensent le manga inadaptable en animation. Finalement, en 1995, le studio Ghibli réalise Si tu tends l'oreille et prouve qu'il est donc possible de prendre comme base ce type d'histoire. Hayao Miyazaki explique le choix d'adapter ce manga de la manière suivante : « La colline aux coquelicots s'intéresse au cœur des personnes. Les filles et garçons de l'œuvre sont purs et droits. Ils n'oublient pas leurs rêves et ne manquent pas de respect au sexe opposé. Quelle que soit leur situation à leur naissance, ils vivent avec leurs forces et grâce à eux-mêmes. C'est ce genre de film que je voulais faire. »

La différence notable entre le manga et le film est que l'action dans le shôjo se situe dans les années 80 ; Le film se déroule quant à lui en 1963, juste avant la révolution étudiante. Une des volontés affichées de l'adaptation serait donc de jouer la carte de la nostalgie et de décrire de manière fidèle le Japon des années 60, c'est à dire en pleine croissance économique et sur le point d'accueillir les premiers Jeux olympiques à Tôkyô. Ce changement notable est sans doute plus le choix du père que celui du fils, trop jeune pour avoir connu cette époque. On ne peut qu'approuver cette initiative qui donne de la profondeur à un scénario plutôt anecdotique.

En décembre 2010, pour couper court aux rumeurs d'un Porco Rosso 2 qui ont enflammé le Web, le producteur Toshio Suzuki rend public le « plan quinquennal de Ghibli » qui planifie de produire 3 films ayant pour thématique commune l'ère Shôwa (1926-1989). Le premier est Arrietty, le petit monde des chapardeurs (même si le film se déroule dans les années 2000), déjà sorti, le second La colline aux coquelicots et le troisième un film qui sera réalisé cette fois par Miyazaki père (ce sera Le vent se lève).

Production du film

La colline aux coquelicots marque la première vraie collaboration entre Hayao Miyazaki et son fils ainé Gorô. En effet, même s’il s’agit là de la seconde réalisation de Gorô Miyazaki après Les contes de Terremer, le père et le fils ne s’étaient pas adressé la parole durant toute la production de ce premier film.

Bien qu’à l’origine il s’agisse d’un projet du père, le producteur Toshio Suzuki insiste pour que le fils le mette en scène. Parallèlement, il demande à Hayao Miyazaki d’en rédiger le scénario, avec l’aide de Keiko Niwa (déjà coscénariste sur Les contes de Terremer et Arrietty). Les dialogues et des indications de mise en scène sont écrits sur le scénario, rédigé par Hayao Miyazaki. Donner vie aux personnages est en revanche le travail du fils.

La production de La colline aux coquelicots commence en juillet 2010, soit moins d'un an jusqu'à la sortie du film en salles. Le travail en collaboration entre Hayao et Gorô est souvent tendu. C’est ainsi que fin juillet, le père s’inquiète de la caractérisation du personnage d’Umi, qu’il trouve trop sombre, terne et sans âme. Il intervient auprès de Katsuya Kondô, chargé du character design, et auprès de Suzuki afin qu’ils persuadent Gorô de changer de voie. De même, il suggère un peu plus tard, en août, que des éléments soient ajoutés à la scène d’ouverture du film. Finalement le fils accepte les diverses remarques grâce à l’intervention régulière du producteur Suzuki, véritable médiateur entre les deux hommes.

    

Dans les premiers dessins, Hayao Miyazaki trouve la personnalité d'Umi trop sombre.
Il fait porter un de ses dessins sur lequel le personnage est en train de marcher à grandes enjambées.
A partir de là, tout se met en place pour Gorô Miyazaki. Le visage et les gestes d’Umi deviennent plus gais.

Une centaine d'animateurs commence alors le travail d'animation. 70 000 dessins sont nécessaires pour le film (il aura fallu 120 000 cellulos pour Le voyage de Chihiro). Gorô Miyazaki transmet ses idées sur la base du nouvel e-konte validé par Toshio Suzuki. En même temps, il contrôle les décors. Début mars 2011, Gorô Miyazaki a complètement terminé l'e-konte. Son équipe se prépare pour la dernière ligne droite avant la sortie du film qui aura lieu dans 4 mois. Le planning est serré et tout le monde travaille tous les jours jusqu'à minuit. La production est déjà fortement affaiblie par les délais courts de production.

Le 11 mars 2011 surviennent le séisme suivi d'un tsunami qui ravagent la côte Pacifique du Tôhoku. Les conséquences du désastre se répercutent sur la production du film. De nombreux animateurs manquent, l’avenir du film est très incertain. Au bout de trois jours chômés, c’est Miyazaki père qui pousse l’équipe à poursuivre l’aventure coûte que coûte, malgré les coupures d’électricité programmées. Le studio est obligé d’effectuer le travail sur ordinateur exclusivement de nuit, ce qui ralentit considérablement sa progression.

    

Réunions de crise au studio après le tremblement de terre.

Le 28 mars, le studio Ghibli présente la chanson titre de leur nouveau film, malgré l’atmosphère d’autocensure volontaire et la morosité qui règnent au Japon. Gorô Miyazaki y annonce que « la seule chose que nous pouvions faire dans de pareilles circonstances était de continuer et terminer le film. » Durant les derniers mois de production, Gorô Miyazaki reste au plus prêt de son équipe. En tant que réalisateur, son défi est de finir le film dans les délais et de savoir jusqu’où il peut aller en faisant corps avec ses collaborateurs.

Le studio Ghibli n’a pas beaucoup communiqué sur la sortie du film. La faute aux tensions entre le père et le fils ? Au séisme ? Aux doutes sur les capacités à sortir le film en temps et en heure ? Les causes sont probablement multiples.

Au final, le film sort dans les temps et à la date prévue, le 16 juillet 2011. Mais étant donné le contexte, le studio se demande si cette fois-ci le film va rencontrer son public. Si le succès est moindre qu’Arrietty, il reçoit finalement un bel accueil de la part des critiques qui avaient été beaucoup plus sévères sur le premier long métrage de Gorô Miyazaki. Le film fait surtout un très bon score au Japon sur la durée, c’est le film d’animation le plus vu de l’année 2011.

Le film est sorti dans les salles françaises le 11 janvier 2012 avec un joli succès criique et public à la clé. Par ailleurs le manga dont est tirée l’histoire a été également édité en France à cette occasion.

Art et technique

L’animation

Loin du visuel très shôjo du manga, Gorô Miyazaki et Katsuya Kondô, chargé du character design, ont opté pour un style très proche des autres créations d’Hayao Miyazaki. On notera également la simplicité de l’animation des visages. Véritable choix artistique ou économie de moyens due à des délais de production très courts ? Toujours est-il qu’on regrette un peu cette animation assez sobre, nuisant à l’expression des sentiments. De même, certains gestes ou actions manquent de fluidité et desservent un peu le film.

  

Cependant, Gorô Miyazaki réussit à pallier ce manque de détail en s’inspirant des films sur la jeunesse produits par le studio Nikkatsu. En effet, afin d’ajouter une note de réalisme dans la façon de s’exprimer des personnages, il explique avoir visionné Bouton rouge et fleur blanche, La chaîne des montagnes bleues, Disparu sous la pluie et Le magnifique calendrier. Dans ces films, les personnages se parlent franchement, rapidement et surtout expriment sans détour leurs sentiments. C’est ainsi notamment qu’Umi se comporte, elle ne fuit pas ses sentiments, même négatifs.

Les décors

L’action du film se déroule presque intégralement à Yokohama, ville portuaire peu éloignée de Tôkyô. Par souci de réalisme, une attention particulière a été portée sur la création de décors inspirés des lieux existants de l'époque. Ainsi, bien qu’aperçus fugacement, on reconnaît le parc Yamashita ou encore la gare Hikawa-Maru.

C’est Hayao Miyazaki qui a crée les deux bâtiments emblématiques de l’histoire. Le premier est la Villa des Coquelicots où habite Umi, tout en haut de la colline qui surplombe la ville et la mer. Maison traditionnelle japonaise, elle abrite les chambres à l’étage et les pièces communes au rez-de-chaussée. Sa particularité réside avant tout dans le mât qui se dresse au milieu du jardin, où Umi hisse tous les matins les pavillons maritimes en hommage à son père.

  

Le deuxième lieu clé est le Quartier Latin abritant toutes les activités du lycée. Il obéit à une structure plus occidentale, avec un escalier circulaire conduisant à différentes pièces et clubs. Son aspect extérieur massif, son architecture étrange et l’aspect presque magique de son intérieur ne sont pas sans évoquer les bains de Yubâba, dans Le voyage de Chihiro. Afin de renforcer les contrastes entre les deux lieux, si la villa est presque exclusivement féminine, le Quartier Latin est quant à lui peuplé de jeunes lycéens.

Autre clin d’œil d’Hayao Miyazaki, le tableau peint par une des pensionnaires du film est en réalité un hommage au peintre et sculpteur futuriste Umberto Boccioni. En effet, le tableau est très clairement inspiré de La ville qui monte (1910).

La musique

La musique, aux accents très pop et jazz, a été confiée à Satoshi Takebe (Hana no Ato). Elle donne au film une note d’optimisme et d’espoir. Le compositeur, qui  participe pour la première fois à une bande originale de film d’animation, a expliqué que sa musique ressemble ici à celle des classes de musiques dans les écoles, sans orchestration grandiose, avec un aspect amateur, sans prétention. C’est une musique fraîche, avec principalement du piano, de l’harmonium ou du mélodica, des instruments typiques d’un club de lycée. Gorô Miyazaki a choisi d’accompagner les scènes graves de cette mélodie joyeuse afin d’aider le spectateur à prendre du recul.

Ce qui fait également l’originalité de ce long métrage, c’est la présence de nombreuses chansons des années 60. Ue wo Muite Arukô (Marchons en regardant le ciel) a été chantée par Kyû Sakamoto. Première au hit parade sous le titre alternatif de Sukiyaki dans les pays anglophones, notamment aux États-Unis, et vendue à plus de 10 millions d’exemplaires, on l’entend notamment dans le film lorsqu’elle passe à la télévision. C’est Toshio Suzuki qui a eu l’idée de l’intégrer au film, car lui-même était fan des chansons de Sakamoto alors qu’il n’était qu’un jeune collégien : « Les paroles évoquent les tourments ou les blessures que ressentent tous les adolescents. [...] Il nous a donné du courage. Lorsque je pense à cette époque, je réalise que nous étions dans une société qui étouffait tous nos faits et gestes. On empêchait les enfants d’être indépendants [...] »

Le thème principal, Sayonara no Natsu (L’été des adieux), une reprise du générique d’un drama datant de 1976, est interprétée par Aoi Teshima (Les contes de Terremer). Elle a été adaptée pour le film, la parolière Yukiko Marimura ayant changé les paroles du deuxième couplet. La chanson du petit déjeuner et lorsque naît le premier amour sont également interprétés par Aoi Teshima, avec des paroles de Gorô Miyazaki et d’Hiroko Taniyama, qui a également composé la mélodie.

Des vagues d’un bleu profond est un chant choral inspiré d’un poème de Kenji Miyazawa To my students. Le premier couplet a été écrit par Hayao Miyazaki et le second par Gorô, belle symbolique de cette collaboration. Les paroles, prônant la solidarité, le courage et l’abnégation, ont par ailleurs un écho particulier après le tsunami du 11 mars.

Le doublage

Si Masami Nagasawa, voix d’Umi, effectue ici son premier doublage pour le studio Ghibli, Junichi Okada, qui incarne Shun, a déjà travaillé sur Les conte de Terremer. Aoi Teshima, qui chante le générique, prête sa voix à Yuko, une camarade de classe d’Umi.  Notons que Fujimaki, qui chantait en duo le thème de Ponyo sur la falaise, double le réceptionniste dans l’immeuble à Tôkyô. Enfin Gorô Miyazaki prête sa voix au professeur d’histoire.


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