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Arts et techniques dans le Château dans le ciel

     

Le design

Miyazaki a fait preuve dans Nausicaä d'un talent remarquable pour construire un monde imaginaire cohérent et détaillé. Il utilise de nouveau ce talent dans Laputa en s'inspirant du rêve que l'homme a toujours eu de voler.

Le design du film trouve sa principale source d'inspiration dans le 19ème siècle et la Première Révolution Industrielle. Le générique d'ouverture représente ainsi une série de machines volantes extravagantes, et le reste du film nous offre une magnifique panoplie d'engins originaux et invraisemblables, mais pourtant réalisables. Pour les représenter, Miyazaki s'est principalement inspiré d'illustrations et de croquis du XIXème siècle, tous plus imaginatifs les uns que les autres. Le royaume de Laputa lui-même ressemble à une combinaison idéale de science et de nature, évoquant irrésistiblement l'univers de Verne ou Welles.


Imageboard du générique d'ouverture

Les costumes rappellent les modes vestimentaires d'alors. De même, le village minier est typique des ces petits dortoirs industriels parsemant l'Europe du nord durant le première Révolution Industrielle. Il est directement inspiré de la vallée de Rhondda, dans le Sud du Pays de Galles, où l'équipe du film s'est rendu pour étudier le design de l'industrie minière. Le gros cuirassé dans lequel sont emmenés Pazu et Sheeta et les trains gouvernementaux expriment la laideur du métal qui caractérisait les engins puissants du XIXème siècle.

L'échelle utilisée pour figurer cette technologie industrielle est souvent impressionnante. La voie ferrée, les grands viaducs et les excavations de la cité minière, de même que la forteresse dans laquelle les enfants sont retenus, ont des dimensions et des profondeurs qui donnent le vertige. Ce sens du grandiose et de l'exagération contribue indubitablement au caractère épique de l'aventure.

  
La cité minière / Village-dortoir industriel

Quant au Royaume de Laputa, on ne peut être que fasciné par son incroyable amalgame de diverses architectures anciennes. Ses cercles concentriques de terrasses et de bassins reflètent le ciel ou parfois le révèlent à travers les trous dans les gros blocs de pierre. Ainsi, l'architecture de cette cité brouille les frontières entre le ciel et l'eau, jouant avec les formes et les substances, comme une gravure de M.C. Esher, ce maître de l'imagerie multidimensionnelle. Ce même niveau de précision dans le design est appliqué aussi bien aux conduites, valves et machines dans la mine qu'aux petits animaux, créant un éclat de mouvement dans la tranquillité surréaliste du domaine de Laputa.

 
Architecture de Laputa (partie immergée)

Les personnages

Le look de Sheeta est caractéristique des héroïnes miyazakiennes, déjà annoncé par Nausicaä quelques années plus tôt. Le style simple et pourtant expressif développé par Miyazaki et Takahata permet de traduire une large palette d'émotions. Mais ce visage, surtout, devenait déjà une représentation de l'héroïne type du réalisteur japonais : jeune, prévenante, attirante mais aussi courageuse, loyale et honnête.

Pour d'autres personnages, Miyazaki s'est directement inspiré de ses proches. Ainsi, selon lui, les modèles des pirates sont en fait ses trois frères. De même, l'impétueuse Dora n'est que le reflet de la propre mère du réalisateur !!

On remarque également la tendance de Miyazaki à réutiliser des thèmes déjà connus. Pour le robot, il met en scène ce qu'il avait créé pour son travail sur la série TV Lupin III. Les mouvements des robots de Laputa ne sont pas sans évoquer ceux du 'Grand Automate' dans Le Roi et l'Oiseau (sorti en 1979), film français de Paul Grimault que Miyazaki a découvert peu de temps avant de produire Laputa. Cependant, Miyazaki ne voit dans cette similitude qu'une influence indirecte. Selon le réalisateur, c'est le propre de la culture populaire qui retranscrit inconsciemment dans le langage d'aujourd'hui des idées d'autrefois.

  
Image extraite de la seconde série de Lupin III / Le grand automate du Roi et l'oiseau

La musique

La bande-originale créée par Joe Hisaishi reprend les traditions orchestrales de grands compositeurs comme Kornolg et Bernard Hermann. Elle évoque à la fois le monde de la science-fiction et une vallée minière du sud de l'Angleterre. Elle offre un fond sonore dramatique parfaitement adapté aux moments de tension et d'excitation et des thèmes tendres et romantiques pour les scènes plus méditatives.

Le thème principal, magnifique et envoûtant, est décliné à plusieurs reprises. Pour cela, Hisaishi utilise une large gamme de ressources vocales et instrumentales, comme le magnifique choeur d'enfant reprenant le thème et s'interromptant brutalement lorsque Pazu et Sheeta prononce le charme destructeur.

Le générique de fin est chanté par Azumi Inoue. Ses paroles sont les suivantes :

ano chiheisen kagayaku no wa (Cet horizon scintille)
dokoka ni kimi o kakushite iru kara (parce qu'il te cache quelque part),
takusan no hi ga natsukashii no wa (Je ne peux pas oublier les nombreuses lumières)
ano doreka hitotsu ni kimi ga iru kara (parce que tu te trouves sur l'un d'elles).
saa dekake you hitokire no PAN (Alors je pars, un morceau de pain),
NAIFU RAMPU kaban ni tsumekonde (un couteau, une lampe fourrés dans mon sac).
  

 
tou-san ga nokoshita atsui omoi (Papa m'a laissé son désir brûlant).
kaa-san ga kureta ano manazashi (Maman m'a donné ce regard).
chikyuu wa mawaru kimi o kakushite (La terre tourne en te cachant).
kagayaku hitomi kirameku tomoshibi (les yeux scintillants, les lumières étincelantes).
chikyuu wa mawaru kimi o nosete (La terre tourne en t'emportant),
itsuka kitto deau bokura o nosete (un jour on se rencontrera, nous serons emportés).

Comme pour Nausicaä, certains morceaux auraient mérité d'être joué par un grand orchestre. Il est donc intéressant de découvrir le travail du compositeur qui a entièrement réenregistré cette B.O pour la nouvelle version américaine du film.

Informations tirées de Hayao Miyazaki, Master of japanese animation d’Helen McCarthy

   
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