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Analyse de Princesse Mononoke (2)

     

De l'importance de la nature, de l'importance de l'amour

Comme dans Nausicaä, Totoro et Pompoko, Mononoke Hime explore les relations entre les hommes et la nature. Le réalisateur a su éviter toutes les simplifications démagogiques inhérentes à ce thème. Il ne nous montre pas des hommes "méchants" maltraitant une nature pourtant accueillante et bienfaitrice qu'un gentil héros va sauver. Mononoke Hime n'est pas un film écologique au message basique, ni même une oeuvre militante. Il se contente de nous présenter les deux camps et leurs motivations (qui peut prétendre détenir la solution?). Par le biais d'un récit allégorique chargé de symboles, l'auteur nous invite à une prise de conscience. Il nous montre comment l'homme, en « s'émancipant », peut s'exclure d'une dimension essentielle de son existence.

On a rarement vu une représentation aussi forte de la nature dans un film… Elle est montrée dans toute sa splendeur, son mystère, mais aussi sa cruauté quand elle se sent menacée. Excepté le Shishi Gami, les dieux sont représentatifs de l'hostilité de cette nature qui se sent agressée. Elle se révolte contre des hommes, pour qui l'affirmation de soi est devenue conquête et destruction, là où auparavant existaient le respect et la crainte des éléments naturels. Dans Mononoke Hime, la nature est un impressionnant pouvoir, mais qui ne cesse de décroître au fur et à mesure que l'humanité s'émancipe. Ainsi, les divinités animales voient irrémédiablement leur taille et leur intelligence diminuer au fil des générations, certaines allant jusqu'à perdre la parole. Au fur et à mesure que le film avance, on sent le combat perdu d'avance pour la nature, d'autant que le Dieu de la forêt reste en dehors du conflit.

Son comportement, qui pourrait passer pour de l'indifférence, cache en fait des intentions totalement étrangères à la pensée humaine. Le Shishi Gami est plus qu'une simple divinité. C'est l'incarnation de l'équilibre naturel. Il dispense la vie et la mort à sa guise, sans qu'aucun jugement de valeur n'entre en ligne de compte. L'agression de dame Eboshi à son encontre brise l'équilibre et entraîne une furie destructrice à laquelle rien ne résiste. Cette scène apocalyptique où la forêt meurt, où les kodamas tombent par milliers et où le corps décapité du Shishi Gami prend des proportions effrayantes, absorbant toute vie à son contact, est véritablement cauchemardesque. Tel un mauvais rêve, la scène paraît épouvantable et irréelle. Mais, lorsqu'il prend fin et que San et Ashitaka se réveillent, le monde a définitivement changé...

L' amour est un autre thème important de Princesse Mononoke, ce qui peut sembler surprenant pour une oeuvre de Miyazaki. Exceptée plus tard, dans Le château ambulant, rarement une romance n'a été traitée de façon aussi explicite dans la filmographie du réalisateur. Mais loin de sombrer dans une bluette romantique, l'histoire entre San et Ashitaka symbolise en réalité cette alliance nécessaire entre l'homme et la nature. Si cette romance peut paraître frustrante dans son dénouement, elle ne reflète en fait que les relations entre la Nature et l'Homme, entre attraction et répulsion. De plus, cette conclusion inhabituelle rend la relation entre les deux héros étonnemnent magnifique. Si Ashitaka et San se séparent, ce n'est pas par fatalisme, mais par respect du choix de l'autre. Ils n'appartiennent pas au même monde, ils n'ont pas les mêmes convictions, et pourtant ils ont réussi à s'ouvrir mutuellement leurs coeurs. Les deux amoureux ne se verront qu'occasionnellement, sans certitude que leur relation durera; après ce qu'il ont vu et ce qu'ils ont vécu, ils ne sont plus assez naïfs pour demander des garanties ou faire des promesses...

  

Une autre grande relation d'amour qui illumine le film est celui contre-nature que se vouent San et sa mère, la louve Moro. Bien que San n'ait jamais été et ne sera jamais complètement louve, Moro l'aime comme sa propre fille. Et les preuves de cet amour sont nombreuses. Elle ne touchera pas à Ashitaka par respect des convictions de sa fille. Elle ira même jusqu'à proposer à San de partir partager sa vie avec le jeune homme. Enfin, alors qu'elle avait réservé ses dernières forces pour tuer Eboshi, Moro se sacrifiera pour arracher San des tentacules d'Okkotonushi.

Enfin, on ne peut qu'admirer la compassion que Dame Eboshi éprouve pour les personnes rejetées par le système féodal japonais. Elle a soigné elle-même des lépreux, accueilli de jeunes femmes destinées à la prostitution et de modestes vachers, et elle leur a donné à tous une dignité et des raisons de se battre. Dans sa quête d'une société utopique où ses protégés pourront vivre dans la prospérité et la sécurité, elle génère un désastre. Malgré cela, elle reste aimée et respectée de tous.

Dans Mononoke Hime, bien que le combat homme/nature prenne une dimension onirique, il reste profondément humain car il est le théâtre de nombreux amours contradictoires. Plus que la haine féroce que se vouent les différentes parties, ce sont finalement l'amour de San et celui de Dame Eboshi pour leurs clans respectifs qui sont le pilier central du conflit. Mêler avec une telle profondeur tragédie monumentale et sentiments humains, destin collectif et moments d'intimité, constitue une des plus grandes réussites de Hayao Miyazaki.

      

© Buta Connection