L'art et la technique dans Princesse Mononoke
Graphisme : entre traditions et modernité
Est-il
besoin de parler de l'incroyable qualité de l'animation et de la
stupéfiante beauté des décors? Plus que jamais, un
film du Studio Ghibli a fait preuve d'une richesse et d'une inventivité
visuelles extraordinaires. Les paysages et les représentations
de la forêt, notamment, sont de toute beauté tant au niveau
de la composition, de la finesse du dessin, qu'au niveau des couleurs.
Miyazaki et son équipe ont visité de l'ile de Yakushima
pour s'inspirer de ses forêts denses et de ses montagnes escarpées.
Le travail
sur l'eau, élément ô combien difficile à représenter
en animation, est remarquable. On peut noter par exemple que l'eau change
en fonction de l'angle de prise de vue. Par ailleurs Miyazaki prend le
parti de s'éloigner de la représentation habituelle bleue
et opaque de l'eau dans les films d'animation. Ainsi l'eau du lac du Shishigami
est en même temps transparente et sombre, presque noire. De même,
l'eau des torrents, chargés de boue, est représentée marron plutôt
que bleue.
Bien que Princesse Mononoke soit le premier film du studio Ghibli à
utiliser de manière importante l'outil informatique, les images
digitales se fondent parfaitement à l'animation cellulo. Par ailleurs,
la richesse des effets visuels provient encore principalement des techniques
traditionnelles: dessins à la main et peintures sur cellulos. Cent
des 1600 plans du film ont été réalisés à
l'aide de l'ordinateur. Voici une rapide énumération des
procédés d'infographie utilisés:
- Les images de synthèse : dans Princesse Mononoke, le
but était de créer des images de synthèse s'intégrant
parfaitement à l'animation sur cellulos, c'est-à-dire
préservant le côté artisanal de l'image. Exemple
d'IS: une séquence 3D pour la scène où le Tatari
Gami voit une masse de tentacules ressemblant à des vers sortir
de son corps...
- Le mapping : C'est un procédé créant
l'illusion d'un changement de décors lors d'un déplacement
rapide. Cette illusion provient des mouvements de la "caméra".
Les seules images nécessaires sont les éléments
du décor et les personnages. L'ordinateur crée le mouvement,
donnant espace et profondeur à la scène. Exemples de mapping:
scènes où Ashitaka chevauche Yakkuru.
- Le morfing : Cette technique est utilisée pour montrer
le changement et le passage du temps, avec modification d'une image
ou des images enchaînées. Exemples de morfing: la décomposition
du Tatari Gami ou encore la pousse de la jeune végétation
à la fin du film.
- Le particle : Ce procédé permet de produire
des particules lumineuses qui semblent se mouvoir comme des choses vivantes.
Elles sont animées selon des lois physiques classiques (gravitation,
direction du vent, tourbillon...). Exemple de particle: les globules
qui s'échappent du corps du Faiseur de montagne ont un comportement
très réaliste.
- Mixage de plusieurs niveaux de dessins : Le mixage par ordinateur
permet le mélange de plusieurs niveaux de dessins. Ce n'est pas
très différent du mixage traditionnel optique mais la
qualité est meilleure, le rendu plus convaincant et la marge
de manoeuvre plus grande.
- Mise en couleur digitale : C'est simplement scanner l'image,
la digitaliser et lui appliquer des couleurs. Ce procédé
a été d'un grand secours pour alléger le travail
de l'équipe et accélérer la production.
La bande sonore et la musique
Une fois de plus la bande-son est merveilleuse. Rarement les silences
et les bruits naturels en contrepoint de la musique et des dialogues n'ont
servi à ce point le récit et mis en valeur les moments de
tensions, comme le silence total dans la scène du Dieu-cerf guérissant
Ashitaka donnant l'impression que le temps s'est arrêté.
La sublime bande originale de Mononoke Hime a été une nouvelle
fois composée par Joe Hisaichi. Cette sixième BO pour un
film du studio Ghibli est encore une réussite éclatante.
Comme à son habitude, Hisaishi a composé plusieurs thèmes
principaux qui sont interprétés de diverses manières
selon les scènes. Ce sont des compositions magnifiques qui imprègnent
le spectateur et lui reviennent par la suite constamment en mémoire.
La musique contribue beaucoup au souffle épique qui nous transporte
tout au long du film. Hisaishi y alterne des thèmes symphoniques
somptueux avec des morceaux plus calmes, d'une grande pureté. En
particulier, la chanson-titre, interprétée par un jeune
homme de 28 ans, Yoshikazu Mera, est bouleversante. Elle surgit de nulle
part, au milieu du film, lorsque Ashitaka se réveille au côté
de San dans la caverne. La tristesse de cette mélodie cristalline
est celle d'une profonde blessure intérieure.
Paroles de la chanson:
Haritsumeta Yumi no Furueru Tsuru yo
Tsuki no Hikari ni Zawameku Omae no Kokoro
Togisumasareta Yaiba no Utsukushi
Sono Kissaki ni Yoku Nita Sonata no Yokogao
Kanashimi to Ikari ni Hisomu Makoto no Kokoro wo
Shiru wa Mori no Sei
Mononoke Tachi dake
Mononoke Tachi dake |
(La corde frémissante d'un
arc tendu)
(Ton cœur est troublé
par le clair de lune)
(La beauté d'une lame acérée)
(Ton esprit semblable à son tranchant)
(Ton cœur sincère se cache derrière la tristesse
et la colère)
(Les esprits de la forêt le savent)
(Seulement le Mononoke)
(Seulement le Mononoke) |

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