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Le shintoïsme et la nature
dans Princesse Mononoke (2)

     

On a vu précédemment que le shintô est une religion très proche de la nature. Shintoïste convaincu, Miyazaki est très sensible aux problèmes environnementaux et en particulier à l'état de la forêt dans son pays.

La nature au Japon

Le Japon se caractérise par une grande diversité dans sa végétation: plus de 2500 espèces dont 150 essences d'arbres environ, soit une variété deux fois plus importante qu'en Europe. Dans Mononoke Hime, les différents types et niveaux de végétation sont magnifiquement rendus. Les décors de la forêt profonde mêlent une dense végétation faite de mousse et de fougères, à des petites fleurs que l'on ne soupçonne pas pouvoir fleurir sous les grands camphriers.


Quelques paysages de l'île de Yakushima qui ont inspirés les décors du film

Il faut savoir que 70% de l'archipel nippon est montagneux. La prépondérance des crêtes, cols et vallées a établi de nombreuses frontières naturelles. Frontières entre villages et provinces mais aussi entre l'homme et les dieux. Les montagnes japonaises sont en effet très escarpées. Dans ses parties difficiles d'accès, la forêt y est préservée dans sa forme primaire et son coeur abrite de nombreuses divinités selon les croyances shintô.

Dans le film, conservant la beauté rare des lieux encore vierges de toute présence humaine, la forêt est encore habitée par des créatures, des esprits supérieurs de la nature. Ceux-ci sont chargés de la défendre face à l'homme qui, dans son expansion, défriche sans cesse.

La forêt était encore souveraine sur une bonne partie du territoire national il y a quelques décénnies seulement. Elle était respectée, de nombreux espaces étaient craints et donc jamais fréquentés. Dans Mononoke Hime, on voit bien que la forêt suscite une immense peur: Kouroku le vacher est littéralement terrorisé par les Kodamas, ces petits esprits des arbres qui n'ont pourtant vraiment rien d'effrayant.

Mais depuis la défaite de la seconde guerre mondiale, les Japonais n'ont cessé de déboiser pour construire des habitations puis pour se fournir en pâte à papier. Pourtant, jusqu'à très récemment, les gens craignaient sincèrement de tomber sur un kami néfaste… Mais c'est de moins en moins vrai avec la raréfaction de ces lieux (70% du manteau forestier japonais est dû au reboisement ou est formé de forêts secondaires) et avec l'occidentalisation de la culture qui tend à rationaliser les esprits.

Retour à un sentiment religieux originel

Dans Mononoke Hime, Miyazaki redonne à la nature cette image qu'elle a tendance à perdre aujourd'hui au Japon. La forêt y est davantage qu'un arrière-plan, c'est une présence vivante dont l'âge, le mystère, la beauté sereine et profonde peut émerveiller et guérir. Selon les mots de l'auteur lui même, il suffit, pour prendre conscience de l'importance de l'environnement, "de revenir à ce sentiment religieux originel, cette idée forte qu'il y a quelque-part, au fin fond des montagnes, une fontaine de pureté que l'on doit préserver… Il est inutile de philosopher, il faut simplement respecter la vie, essayer de laisser un monde où il soit encore possible de vivre harmonieusement ".

C'est bien ce "retour à ce sentiment religieux originel" -commun au shintô et au bouddhisme- que Miyazaki propose dans son oeuvre. Il ne prône pas un retour à la tradition religieuse en soi. L'auteur veut simplement faire partager sa conviction que la nature est quelque chose d'essentiel, de magnifique et de terrifiant à la fois. L'idée que la forêt abrite des forces, des démons ou des dieux bienveillants est intéressante. Elle nous rappelle la grande influence que peut avoir la nature sur nous. Il suffit de marcher seul la nuit dans la forêt pour s'en rendre compte.

Source : Ghibli online (http://ghibli.free.fr)

     

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