| Films | Kaze no tani no Naushika |
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Analyse de NausicaäCombien il est difficile de parler de Nausicaä, tant le film comme son héroïne sont uniques, hors normes, et tout à fait indispensables. Nausicaä est passé dans la mémoire collective japonaise. Près de vingt après sa sortie, il est toujours classé dans les sondages parmi les animes préférés des Japonais, chaque ressortie en DVD atteint les sommets des ventes et la princesse Nausicaä est considérée au Japon comme l'un des plus grands personnages de fiction jamais créés. Une princesse mythologique et messianique?On sait que Miyazaki s'est inspiré de deux mythes pour créer son personnage. L'un est celui de la légende japonaise La princesse qui aimait les insectes. Ce conte japonais du XII ème siècle narre l'histoire d'une jeune fille qui refusait de se teindre les dents en noir, qui ne se rasait pas les sourcils et qui avait la peau halée, allant à l'encontre de la coutume en vigueur à l'époque pour les femmes. Elle ne s'intéressait en fait qu'à la beauté intérieure, et non à la superficialité de l'apparence. Alors que les autres jeunes filles s'intéressaient aux papillons, elle se passionnait pour les chenilles et les chrysalides. On ignore ce qu'est devenue ensuite cette princesse. On retrouve bien évidemment une grande partie de ce caractère chez Nausicaä, qui n'éprouve aucun sentiment de haine envers les Ohmus, s'intéresse à l'évolution du Fukaï, et est prête à se sacrifier pour ces formes de vie que pourtant tous détestent. La seconde source est tirée de l'Odyssée de Homère. Comparer cette source d'inspiration peut sembler intéressant. Pour les curieux, la princesse apparaît dans le Chant VI et s'évanouit du récit au chant VII. C'est un personnage relativement secondaire mais son histoire peut expliquer l'intérêt de Miyazaki pour ce mythe. En effet, alors que Ulysse échoue sur les rivages de Phéacie, Athéna envoie la jeune princesse Nausicaä pour l'accueillir. Elle est la seule à ne pas être effrayée par son aspect repoussant. Elle lui permet d'arriver à la cour, mais ne peut l'accompagner jusqu'à la ville, par peur des rumeurs et des réactions lorsque les Phéaciens découvriront un homme inconnu accompagné de leur princesse. Cette sage décision permet en effet au héros d'être accueilli sans problème par la reine Arété. Les différences entre les deux personnages sont nombreuses. La Nausicaä d'Homère est une jeune fille qui désire profondément se marier et elle voit en Ulysse l'Homme idéal , soutenue par sa mère Arété. Chez Miyazaki, malgré les accointances avec certains personnages masculins, Nausicaä est seule et condamnée à le rester, car son côté messianique ne peut que l'isoler, faire d'elle un guide mais pas une compagne. Son empathie est trop universelle pour se concentrer sur une seule personne. Mais les ressemblances existent. Si, chez Homère, Pallas a choisi Nausicaä pour accueillir Ulysse, c'est parce que le peuple des Phéaciens est méfiant de nature, et Nausicaä est probablement la seule à pouvoir secourir le pauvre Ulysse. De plus elle montre une grande sagesse en laissant Ulysse aux portes de la ville, ce que souligne ce dernier auprès de la reine Arété ensuite, évitant ainsi une arrivée ambiguë aux bras de la princesse. En effet, elle ne semble pas avoir une quinzaine d'années, mais être une femme mûre et réfléchie. Ensuite, la Nausicaä d'Homère est presque "habitée" par Athéna, qui la guide vers Ulysse. Cette force divine la fait ressembler véritablement à une déesse et intime le respect au naufragé. Cela fait évidemment penser à la réaction admirative que suscite «notre» Nausicaä, auprès des autres personnages, mais aussi auprès de ses admirateurs en «chair et en os», élevée au rang de quasi déesse. Enfin, Homère souligne le fait que les Phéaciens sont les plus grands navigateurs de la Méditerranée, maîtrisant les flots et les courants comme personne. Cela me rappelle un peu la Vallée du Vent, en transposant légèrement la technique... La Nausicaä de Miyazaki puise donc son origine dans deux contes, afin de créer ce personnage hors normes et quasi messianique, bien que Miyazaki réfute toute inspiration religieuse dans le film. Certaines scènes renforcent cette impression de divinité du personnage. Ainsi, la scène où Nausicaä se projette devant le vaisseau de Pejite pour sauver le bébé ohmu est frappante. Pendant quelques secondes à peine, on aperçoit la jeune fille, les bras en croix, offerte aux tirs des soldats, s'offrant littéralement comme cible et comme victime pour empêcher le massacre qui se prépare. Ce geste de sacrifice ultime agit comme une révélation sur le spectateur. Nausicaä évoque irrésistiblement l'image du messie prêt au sacrifice de sa personne pour sauver la moindre forme de vie. La scène finale n'est finalement que l'accomplissement de la prophétie, la révélation de la nature quasi-divine de Nausicaä. ![]() © Buta Connection |