La Princesse des Étoiles :
chronique d'une véritable
purge (2)
Chronique d'un charcutage en bonne et due forme
Puisque nous étudions en détail l'étendue des dégâts
via la version française, autant le faire sur son support le plus
récemment sorti, à savoir la fameuse édition DVD.
Présentation de cette édition "collector" :
La belle jaquette
Le superbe verso avec ses magnifiques accroches et son inénarrable
résumé
Les spécifiations sont cependant parfaitement exactes
Sérigraphie pousse l'originalité jusqu'à reprendre
la visuel de la jaquette
Pour l'anecdote, et avec l'aide du logiciel DVD profiler, nous découvrons
que le codebarre du présent DVD renvoie directement à d'autres
prestigieuses éditions DVD telles que les éditions françaises
de "Running Man", "Dragon Ball" (le mythique bis
malais) et autre "American Ninja" qui sont autant d'éditions "libres
de droits" et de vulgaires reprises des VHS VF recadrées
sorties tout aussi illégalement par un seul et même éditeur
pirate, un dénommé "Intégral Vidéo" dont
le -long- parcourt singulier et des plus troubles force véritablement
le respect.
Notre contrefacteur se cachant ici sous le sobriquet de "Lazer Films" (cf
logo).
Et à l'instar de toute édition au copyright frelaté qui
se respecte, nulle mention n'est faite de l'auteur, l'année ou
l'origine du film, encore moins sur celle de ce présent montage.
Cela ferait désordre, c'est qu'il ne faudrait pas voir à s'attirer
l'attention du possesseur des droits cinéma et vidéo du
film au niveau mondial, à savoir le très puissant éditeur/distributeur
Buena Vista, et en l'occurrence de sa branche française.
Cette présente édition DVD, sortie en toute confidentialité au
nez et à la barbe de Buena Vista dans nos contrées, ne
proposant, vous l'aurez sans doute compris, qu'un vulgaire repiquage
tiré d'une VHS trouvée dans une quelconque broquante, avec
un chapitrage des plus amateurs en guise de seul bonus.
Le master video :
L'image est recadrée avec les pieds, du genre 1.50 en haut de
l'image et 1.70 en bas à vue de nez. Il n'est évidemment
pas question de format 16/9 sur cette présente édition,
faudrait pas voir à pousser mémé dans le Fukai.
Nous ne parlons pas d'une édition sérieuse proposant une
image anamorphique au format 1.85 d'origine comme c'est le cas de l'édition
japonaise, hongkongaise ou américaine de ce présent film.
Repiquage VHS oblige, des scratches et autres stries sont légions,
quand ce ne sont pas décalages et autres pans entiers d'images
effacées qui ne s'invitent pas de temps à autre. Et comme
elle est tiré d'un télécinéma fatigué,
de nombreuses tâches et autre drops de changement de bobines sont
de la partie.
Les couleurs sont délavées et fort peu contrastées, à tel
point que l'on n'y voit quasiment plus rien lors des scènes de
nuit, les rendant littéralement nocturnes pour le coup.
Mais trève de blabla, une capture [1] parlant d'elle-même
: :
Cliquer sur l'image pour agrandir
Nous sommes à mille lieues de l'image lumineuse et incroyablement
belle et propre de l'édition japonaise qui aura nécessité plus
de deux années de restauration complète du master image
et de la bande son.
La bande sonore :
Mono d'origine ici proposé en Dolby Digital.
Doublage étranger oblige, les voix se voient mises en avant par
rapport à la musique passablement massacrée de Joe Hisaishi.
Elle accuse certes son âge, mais s'avère être parfaitement
intelligible et ne souffre d'aucun souffle ou autre problèmes
de saturation (à condition de ne pas pousser le niveau sonore,
cela va de soit)
Mais là aussi, à côté de l'excellente mono
japonaise d'origine de l'édition japonaise, il n'y a pas photo.
Le charcutage :
Tout d'abords, l'on commence directement par le film, exit
le carton pré-générique présentant les producteurs
et autres distributeurs du film, même sort pour celui consacré à la
WWF et son célèbre Panda, alors partenaire du film à l'époque.
Concernant le film en lui même, ça commence fort dès
les premières minutes avec un magnifique sucrage du générique
de début au profit d'un speech narré résumant le
passé apocalyptique de notre planète ainsi que la situation
actuelle, le tout calé directement sur les images qui suivent,
en temps normal, directement le générique montrant l'arrivée
de Nausicaä dans la Mer de la Dévastation (la forêt
polluée particulièrement toxique).
Speech suivi d'un carton noir présentant l'éditeur américain "Manson
International Presents" suivi d'un très laid et fort peu
discret "Warriors of The Wind" calée sur l'image du
film.
La seconde coupe sombre intervient peu après, supprimant diverses
séquences dont la fameuse nuée de spores tombant comme
de la neige.
Ainsi ce sont tout simplement les plus belles et
les plus émouvantes
scènes du film, notamment celles à caractère écologique
qui passent à la trappe pour ne laisser place qu'aux seules scènes
d'action et de guerre.
Quant au magnifique générique de fin nous décrivant
l'après-guerre, il se voit tout bonnement remplacer par des cartons
présentant les principaux crédits japonais en anglais,
master US oblige.
Le film durant à l'origine 1h56, ce n'est pas moins d'une bonne
vingtaine de minutes qui auront été victimes du massacre.
L'adaptation :
Bien entendu, les dialogues auront subi de nombreux changement par
rapport à la
version originale, que ce soit pour dissimuler les coupes sombres dans
le métrage, mentir sur certaines situations, voire se méprendre
complètement sur les enjeux, motivations et émotions de
nos divers protagonistes.
Vous proposer un récapitulatif exhaustif relevant de la gageure,
je vous en ferais grâce.
Les germanophiles pourront toujours se délecter de l’autopsie
détaillée opérée par le site cinéphile
suivant : Sternenkrieger
par TheLongestSite.de
Évidemment les noms français/américains ne sont
pas les noms d'origine:
- La Princesse Nausicaä devient la Princesse
Zandra
- Le Roi Jihl >>> Le Roi Zeal (prononcé "Zil")
- Yupa-sama (Lord Yupa) >>> Seigneur Yappa
- Kurotawa >>> Son Excellence
- La Reine Kushana >>> La Reine Selena (prononcé Célina)
- Le Prince Asbel >>> Martel (souhaitant sans doute arrêter
les Gorgones à Poitiers, n'est-ce pas)
- La Princesse Lastel >>> "" Listel
- Mito (pilote du gunship) >>> Axel
Les noms de lieux, d'objets
et d'animaux ne sont bien évidemment
pas en reste:
- Les Tolmèques deviennent ainsi les "Temaculums" (prononcé témaculome).
- Pejite >>> Prissilia (c'est d'une Cité et non d'une
chanteuse juvénile qu'il s'agit en l'occurrence)
- L'aile Moève >>> un simple "aileron"
- le Gunship >>> un bête "vaisseau"
- Les Ohmu >>> Les Gorgones Géantes (sic)
- Le "Fukai" ou "Mer de la dévastation" >>> une "jungle
toxique" voire "jungle" tout court.
Le doublage:
En dépit de cette adaptation passablement irrespectueuse de l’œuvre
originale, le doublage français se révèle être
de bonne qualité. Et ce quand bien même la correspondance
des voix par rapport à la VO ne joue clairement pas en sa faveur.
D'aucun serait surpris, entre autres, par la voix haut perchée
d'une Nausicaä/Zandra, de son roi de père, de la voix outrageusement
jeune de la sorcière ou bien encore de divers personnages secondaires,
comparés à leurs homologues japonaises.
Voici le casting français [2] de "La Princesse des Étoiles" :
- Princesse Zandra, un enfant, une vieille femme >>> Marie-Laure
Dougnac
- Prince Martel, un soldat de son Excellence >>> Pierre Laurent
- Seigneur Yappa, un vieux villageois, un soldat >>> Frédéric
Girard
- Le villageois au fusil, son Excellence, un homme de Martel >>> Jean
Louis Faure
- Narration, un vieux villageois, le roi Zeal >>> Raoul Delfosse
- Vieille femme aveugle, Reine Célina, Mère de Listel >>> Dany
Tayarda
- Un enfant, Princesse Listel, une petite fille >>> Annabelle
Roux
- Axel, un vieux villageois >>> Laurent Hilling
- Un vieux villageois, un homme de Martel >>> Jean-Pierre Mallardé
Il
va de soit qu'à l'occasion de la ressortie prochaine du film,
ce film bénificiera d'une bien meilleure adaptation et d'un doublage
autrement plus proche de l'originale.
[1] Merci à Suprême Clarté du forum DVDanime pour
la capture ^^
[2]Source: Arachnée et Kurama de www.planete-jeunesse.com
Informations complémentaires
- Comparaison japonaise : http://www.starleaf.net/~airami/other2.htm
- Fiche de l'édition allemande par l'office allemand du cinéma
: www.ofdb.de/view.php?page=film&fid=2697
- Etude détaillée du chartucage par le "Site Le Plus
Long" (en allemand) :
http://www.thelongestsite.de/Schnitt/WarriorsWind_Cut.html
Conclusion :
D'aucun s'interrogera quant à l'intérêt d'une telle
analyse à propos d'une censure pourtant vieille d'une vingtaine
d'années et dont on pourrait supposer qu'il y aurait prescription,
eu égard la situation actuelle.
C'est qu'au delà du caractère anecdotique qu'il semble
revêtir de nos jours, ce charcutage en règle, symptomatique
de l'irrespect affiché des importateurs américains vis-à-vis
des artistes et ayant droits japonais, Miyazaki (réalisateur),
Takahata (producteur exécutif), Tokuma et Kondo (producteurs)
en tête, aura passablement nuit à la découverte des
oeuvres suivantes du mythique studio d'animation japonais et ainsi retardé d'autant
la reconnaissance de ce dernier hors des frontières de son pays.
En effet, échaudé par cette terrible expérience,
Miyazaki et les membres du Studio Ghibli fraîchement créé (c'est
le succès de Nausicaä qui a permis sa création pour
rappel) ont tout simplement coupé cours à toute négociation
avec les étrangers et ont délibérément laissé tomber
toute idée d'exporter les films produits au sein de ce studio.
Ce n'est seulement que grâce à des initiatives de fans curieux
et d'intervenants passionnés dans le monde entier, qu'ils ont
petit à petit retrouver la confiance, notamment grâce aux
efforts des distributeurs français jusqu'à ce que Ghibli
signe l'accord historique qui lient désormais la Tokuma et Disney
(voire article
d'Animint à ce sujet).
Sans cet incident, nous n'aurions pas attendu trois ans pour découvrir "Princesse
Mononoke" dans nos salles obscures, dix-sept ans pour "Le Château
dans le ciel", quinze pour "Kiki, la petite sorcière".
Et le grand public français d'être, à cause de cela,
bien parti pour découvrir "Nausicaä de la Vallée
du Vent" à l'occasion du vingt-deuxième annniversaire
de sa création.
Aussi, et si vous souhaitez découvrir cette œuvre dans de
bonnes conditions, nous vous invitons à visiter le lien suivant
: Test
par DVDanime.net de Nausicaä Z2JP

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